
2041 : ce qui a pris forme, et ce qui attend encore son auteur
Éditorial
2041 restera comme l'année où plusieurs dossiers longtemps suspendus ont enfin trouvé leur résolution — partielle, contrainte, mais réelle. Le Conseil d'État a tranché sur le ZAN, imposant à l'État de prouver ses propres devoirs avant d'exiger ceux des maires. La commission des lois du Sénat a transformé un outil de pression personnelle en institution collégialisée. À Carling, un site de stockage thermique a modifié le calcul opérationnel de tout un réseau. Ces avancées ne ressemblent pas à des victoires — elles ressemblent à des prises de forme : quelque chose qui tenait dans des intentions ou des jurisprudences incomplètes a finalement acquis contour et opposabilité.
Mais 2041 révèle aussi une géographie persistante du vide habité. À Safran-Toulouse, la médiation d'avril a produit des aménagements de poste concrets pour les ouvriers concernés — c'est acquis — sans que personne n'ait encore rédigé le texte législatif sur la surveillance algorithmique. À Sarcelles, les académies de Créteil et de Versailles ont appliqué leurs préconisations communes, sans que le désaccord pédagogique de fond ait bougé d'un centimètre. Les cadres avancent ; les arbitres, eux, continuent de différer.
Ce que cette édition rend visible, c'est moins une France bloquée qu'une France à deux vitesses institutionnelles : là où des acteurs précis ont accepté de décider — Roux au Sénat, Lecomte à Saint-Denis, Saïdi à la Timone —, des choses se sont déposées. Là où l'on attend encore le texte, la circulaire ou la ligne budgétaire, le paysage reste ouvert. Le mouvement existe. Il manque encore d'adresse.
À la une
3 articles à lireMoselle-Bretagne : l'extension RTE reprend, portée par un résultat inattendu
En février 2040, Marie Lecomte avait suspendu le déploiement breton de l'architecture décentralisée de RTE, attendant que les simulations intègrent les enseigne…
2 min de lecture →Travail et économieSalle de médiation, Toulouse, un jeudi d'avril 2041
La salle que la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Haute-Garonne a réservée pour la médiation ne ressemble à rien…
2 min de lecture →Territoire et habitatZAN : le Conseil d'État tranche, et le droit du sol change de visage
C'est une décision attendue depuis plus de trois ans qui est finalement tombée en juin 2041.
2 min de lecture →Moselle-Bretagne : l'extension RTE reprend, portée par un résultat inattendu
En février 2040, Marie Lecomte avait suspendu le déploiement breton de l'architecture décentralisée de RTE, attendant que les simulations intègrent les enseignements de la vague de froid de janvier. Dix-huit mois plus tard, le revirement est consommé — mais pas dans le sens que les sceptiques espéraient.
L'été 2041 a apporté deux éléments qui ont redistribué les cartes. D'abord, les simulations actualisées ont confirmé que les quatre procédures dégradées de janvier 2040 correspondaient à des scénarios déjà intégrés dans le modèle révisé : les écarts entre prévision et réalité observés par Lecomte tenaient à deux nœuds spécifiques du Grand Ouest, non à une fragilité structurelle de l'ensemble de l'architecture. Ensuite, l'inauguration en juin de l'unité de stockage thermique longue durée de Carling, en Moselle, a modifié le calcul opérationnel de la Commission de régulation de l'énergie. Le site a atteint ses premiers objectifs d'efficacité, et RTE y voit désormais un dispositif tampon capable de lisser les pics de demande qui avaient mis à l'épreuve les nœuds bretons en janvier 2040.
Le rapport de la CRE, dont l'extension était suspendue depuis avril 2040, a été actualisé en septembre 2041 : il valide la reprise du déploiement breton, à condition que les deux nœuds identifiés soient consolidés avant la mise en service. Lecomte, depuis le centre de dispatch de Saint-Denis, a signé la feuille de route révisée sans enthousiasme public mais sans objection enregistrée — elle avait posé ses conditions, elles ont été tenues.
Ce qui a basculé en 2041, c'est moins la confiance dans l'architecture que la capacité du système à apprendre de ses propres incidents. La Moselle, territoire longtemps identifié à la désindustrialisation du bassin houiller, entre dans le récit énergétique national par une porte inattendue : non comme site de production, mais comme régulateur thermique du réseau. Trois collectivités locales du bassin de Carling bénéficient déjà des premiers contrats d'approvisionnement stabilisé.
Salle de médiation, Toulouse, un jeudi d'avril 2041
La salle que la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Haute-Garonne a réservée pour la médiation ne ressemble à rien d'héroïque : tables pliantes, chaises en plastique beige, une fenêtre qui donne sur le périphérique. Ce jeudi matin d'avril 2041, Pierre Delmas, de la CFDT, est arrivé le premier. Le délégué CGT et le délégué FO sont entrés ensemble, sans le saluer.
Depuis la grève partielle d'avril 2040, la situation à l'usine Safran-Toulouse avait officiellement stagné. Officieusement, elle s'était durcie : une douzaine de dossiers de troubles musculosquelettiques avaient été déposés aux prud'hommes en fin d'année, et l'inspecteur du travail avait transmis son rapport documentaire à la direction régionale en janvier 2041. Quatrième mise en demeure depuis 2036 : la direction de Safran avait répondu en des termes identiques — cadences conformes aux accords en vigueur, surveillance algorithmique non plafonnée faute de texte contraignant.
C'est l'absence de révision législative qui a rendu la médiation nécessaire. Le ministère du Travail, qui avait ouvert le chantier au calendrier parlementaire 2040, n'a toujours pas déposé de projet en 2041 — Bercy invoque les contraintes budgétaires, le ministère invoque la complexité du dossier. Face à ce vide persistant, la direction régionale a pris l'initiative d'une médiation obligatoire sur les seuls aspects locaux : aménagement des postes documentés, protocole de rotation sur les lignes d'assemblage identifiées.
Pierre Delmas a accepté le périmètre restreint. Le bloc CGT-FO a signé à contrecœur, en faisant consigner dans le procès-verbal que la médiation ne valait pas accord sur le fond législatif. C'est une avancée concrète pour les ouvriers concernés — les premiers aménagements de poste entreront en vigueur dès juin. Mais la question de la surveillance algorithmique reste entière, suspendue à un texte que personne n'a encore rédigé.
ZAN : le Conseil d'État tranche, et le droit du sol change de visage
C'est une décision attendue depuis plus de trois ans qui est finalement tombée en juin 2041. Le Conseil d'État a rendu son arrêt sur la circulaire ZAN de février 2038 : la haute juridiction administrative a reconnu la validité de principe de la circulaire tout en posant des conditions d'applicabilité strictes, notamment l'obligation pour l'État de produire des corridors écologiques documentés avant toute mise en demeure préfectorale. L'absence de conclusions de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur, notée lors de l'audience de mars 2040, a pesé dans la balance : le Conseil a jugé que l'État ne pouvait sanctionner une commune sans avoir préalablement rendu ses propres études opposables.
Pour Jean-Pierre Delacroix, qui portait le dossier depuis l'audience de mars, c'est une victoire partielle mais nette. La doctrine qu'il défendait — les conditions d'applicabilité de la circulaire doivent être prouvées, pas présumées — est désormais inscrite dans la jurisprudence. Mais l'arrêt ne suspend pas la norme ZAN elle-même : il exige seulement que l'État produise ses devoirs avant d'exiger ceux des maires.
L'Association des maires de France, dont l'unité avait vacillé au fil des mois d'attente, a salué la décision comme une clarification attendue. Dans les Yvelines comme en Corrèze, plusieurs communes sous mise en demeure depuis 2039 disposent désormais d'un fondement juridique pour contester la procédure engagée contre elles — à condition que les DREAL régionales n'aient pas produit leurs études. En Provence-Alpes-Côte-d'Azur, la préfecture du Var, qui avait contourné la circulaire après les incendies de juillet 2039, se retrouve dans une position singulière : le Conseil n'a pas statué sur les dérogations d'urgence, renvoyant cette question à un contentieux distinct.
2041 marque ainsi un avant et un après dans la gouvernance foncière : pour la première fois depuis le vote de la loi, c'est l'État qui se retrouve tenu à ses propres engagements documentaires avant de pouvoir opposer la norme aux élus locaux.
Chartres contre Paris : la Confédération paysanne force le calendrier législatif
La commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale ne s'attendait pas à ce que le dossier revienne si vite. Après l'audition de février 2040 qui avait conclu sans calendrier de révision, la Confédération paysanne a changé de stratégie : plutôt que d'attendre un projet gouvernemental qui ne venait pas, elle a déposé en mars 2041, avec le soutien d'une trentaine de députés de sensibilités diverses, une proposition de loi portant sur les instruments de soutien à la planification alimentaire territoriale.
La FNSEA a répondu immédiatement. Pour son bureau national, le texte est une « tentative déguisée de remettre en cause la liberté contractuelle des coopératives » — une ligne défendue sans nuance depuis les défections de Sarthe et de Normandie début 2040. L'argument est simple : si les coopératives moins capitalisées ont abandonné leurs engagements de planification, c'est que le modèle était économiquement intenable, et aucun mécanisme législatif ne changera l'équation des intrants.
La Confédération rétorque que c'est précisément l'absence de mécanisme de compensation qui a produit les défections — et que le vide actuel conduit à une fragmentation irréversible des circuits territoriaux. André Lecomte, à Chartres, observe les deux camps avec une lassitude que ses proches qualifient désormais de lucidité : la coopérative Terre et Progrès a cessé de planifier les assolements, mais ses assemblées continuent de discuter de circuits courts, faute de mieux.
En octobre 2041, la commission des affaires économiques a inscrit la proposition à son ordre du jour d'examen pour le début 2042. Ce n'est pas encore un calendrier législatif, mais c'est la première fois depuis 2037 qu'un texte concret franchit le seuil du Palais-Bourbon sur ce sujet. La FNSEA a annoncé qu'elle déposerait des amendements de fond. Le conflit a changé de terrain : il se joue désormais dans les couloirs du Parlement, pas seulement dans les salles de coopératives.
Itinérances Grand Est : un an après, ce qui a tenu et ce qui manque encore
Septembre 2040, deux postes, un camion, trois circuits entre Épinal, Saverne et Wissembourg : c'était la réponse institutionnelle concrète que la DRAC Grand Est avait apportée à une question posée depuis le colloque de 2038 sur la médiation culturelle en milieu rural. Un an après, le bilan est plus nuancé que ce que les partisans et les sceptiques anticipaient chacun de leur côté.
Ce qui a tenu : les deux agents itinérants ont effectué l'ensemble de leurs tournées programmées. Dans plusieurs communes de moins de cinq mille habitants du massif vosgien et du piémont alsacien, des formes qui n'avaient pas été présentées depuis des années — cirque contemporain, conte musical, théâtre de rue — ont rencontré des publics qui n'avaient aucune raison de se déplacer à Nancy. La directrice de la scène nationale de Nancy, qui avait reconnu publiquement en 2040 l'aveu collectif d'une médiation sans moyens, a salué les retours de terrain sans en tirer de conclusions définitives sur la fréquentation de son établissement.
Ce qui manque encore : le modèle reste expérimental au sens littéral. Deux postes ne constituent pas un réseau. Le directeur de la DRAC Grand Est a transmis en juin 2041 une demande de pérennisation au ministère de la Culture, accompagnée d'un bilan des tournées. La ministre Hélène Morvan a reçu le document ; son cabinet n'a pas encore répondu sur le volet budgétaire. La demande de création de deux postes supplémentaires pour 2042 est au stade de l'examen, dans une enveloppe de fonctionnement qui n'a pas progressé.
La question de la programmation critique versus populaire, que les itinérances étaient censées reframer, reste posée : les formes les plus facilement reçues ont été les plus diffusées, sans que cela constitue une politique assumée. Ce que 2041 confirme, c'est que la logique de l'aller-vers peut fonctionner à petite échelle. Ce qu'elle ne résout pas encore, c'est sa propre survie budgétaire.
Sarcelles, rentrée 2041 : la dispute pédagogique sort enfin des salles de réunion
Ce n'est pas la directrice de l'école de Sarcelles qui a relancé le débat – c'est la rentrée elle-même. Depuis septembre 2041, les préconisations conjointes des académies de Créteil et de Versailles s'appliquent pour la première fois dans les zones d'éducation prioritaire du Val-d'Oise : une part explicite de transmission structurée garantie à chaque niveau, le reste des plages horaires laissé à l'appréciation des équipes. Sur le papier, un compromis. Dans les salles des maîtres, un affrontement.
Le représentant du SNUipp-FSU pour la circonscription a passé une partie de l'été à préparer la rentrée comme une confirmation de sa ligne : la transmission explicite fonctionne, les données de la DEPP depuis 2040 le prouvent, l'instruction ministérielle doit être claire et non optionnelle. Il est entré en septembre avec l'impression d'avoir enfin gagné quelque chose.
Le délégué SUD Éducation a regardé le même texte et y a lu une défaite déguisée. Pour lui, laisser aux équipes une latitude sur les plages non encadrées revient à reproduire les inégalités entre classes bien dotées et classes sous pression : les enseignants les plus expérimentés arbitreront différemment des néotitulaires, et les résultats continueront de diverger selon le profil socioéconomique des élèves – exactement ce que l'étude complémentaire de la DEPP avait documenté sans résoudre.
La directrice de Sarcelles a organisé en octobre une journée pédagogique consacrée aux nouvelles grilles d'inspection. Elle a présenté les deux lectures du texte sans trancher. Plusieurs enseignants l'ont interrogée sur la position « officielle » de l'établissement. Elle a répondu qu'il n'y en avait pas – que les grilles d'inspection étaient communes, mais que la controverse sur ce qu'on enseigne et pourquoi n'était pas de son ressort de régler.
C'est précisément ce que SUD Éducation lui reproche : une neutralité qui reconduit le statu quo. C'est précisément ce que le SNUipp-FSU lui reconnaît : une honnêteté sur les limites du cadre. Le désaccord de fond, lui, n'a pas bougé d'un centimètre.
Commission des lois : Roux contre Fauconnier, la bataille du suivi collégialisé
Depuis janvier 2040, Isabelle Roux avait imposé une règle simple à la commission des lois du Sénat : aucune lettre de mise en demeure ne sortirait sans co-signature de plusieurs membres de la commission. Pour Laurent Fauconnier, qui avait construit le suivi des décrets comme un outil de pression personnelle – des lettres portant son seul nom, des convocations unilatérales, une intensité qui tenait à son entregent autant qu'à la procédure –, la collégialité imposée par sa successeure était une dépossession en règle.
En 2041, le conflit entre les deux logiques a trouvé son terrain d'épreuve. En mai, la commission a engagé la procédure sur plusieurs décrets en retard significatif, portant sur des textes relatifs à la transition énergétique industrielle. La lettre co-signée par Roux et par plusieurs sénateurs aux profils politiques variés a été expédiée. Fauconnier, membre ordinaire depuis janvier 2040, a demandé en séance que son nom figure également sur le courrier – une manière de reprendre prise sur l'outil qu'il avait forgé. Roux a refusé : le format collégialisé fixe le nombre de signataires selon un protocole adopté en janvier, pas selon les souhaits individuels.
L'échange a duré moins de dix minutes, mais il a tranché quelque chose. Plusieurs sénateurs présents ont rapporté que Fauconnier n'a pas insisté – et que son silence valait admission. La lettre est partie sans lui.
Bercy a transmis un calendrier de publication avant la fin du mois. Deux décrets ont suivi avant l'automne. Le résultat a donné raison à Roux sur le fond : la procédure tient sans lui. Ce que Fauconnier avait construit comme un rapport de force personnalisé est devenu une institution – plus robuste, moins saillante, et définitivement hors de sa main.
Marseille reprend l'initiative, mais pas comme prévu
Pendant toute l'année 2040, la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône avait observé Clermont-Ferrand. Le cadre partenarial formalisé en juin 2040 autour des jardins partagés — sept communes, reconnaissance légère, pas de tableau de bord, pas d'obligation de résultat — semblait être la formule que Marseille cherchait depuis l'impasse de Saint-Mauront. Légère, transférable, non absorbante.
Le revirement de 2041 n'est pas venu de la Direction des solidarités. Il est venu de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a ouvert en janvier un appel à manifestation d'intérêt sur la prévention de l'isolement des personnes âgées dans les quartiers prioritaires — en s'inspirant explicitement, dans les documents de cadrage, du modèle Clermont-Ferrand. L'ancienne coordinatrice intérimaire de la Maison Pour Tous de Saint-Mauront, qui continuait d'animer son groupe d'accompagnement scolaire du mardi sans statut formel, a reçu l'appel à manifestation d'intérêt par une connaissance de la Direction des solidarités.
Elle ne l'a pas déposé seule. Avec deux associations du quartier, elle a constitué un collectif informel et répondu à l'appel en mars. La réponse de la préfecture est arrivée en juillet : financement partiel pour dix-huit mois, périmètre limité à l'axe intergénérationnel, sans création de poste permanent. C'est exactement la « reconnaissance légère » que la Direction des solidarités avait identifiée à Clermont-Ferrand — ni absorption, ni abandon.
Le basculement de 2041, c'est que l'initiative n'est pas venue du Conseil départemental mais de la préfecture. La Direction des solidarités observe désormais deux expérimentations en cours sur son territoire, sans en piloter aucune. À Toulouse, le silence institutionnel persiste. Dans les Hauts-de-Seine, une légère baisse des accidents routiers en 2039 a relancé des discussions sur les effets du lien social dans les mobilités quotidiennes — mais aucun dispositif formel ne s'en est encore saisi.
Salle du conseil de Pont-de-Claix, un mardi de novembre 2041
La salle du conseil municipal de Pont-de-Claix, à huit kilomètres au sud de Grenoble, est plus petite que celle de Sassenage. Ce mardi de novembre 2041, une trentaine de personnes s'y sont réunies : des élus de la commune, deux représentants de Grenoble Métropole, un délégué de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, et une quinzaine d'habitants du plateau industriel est.
L'objet de la réunion n'était pas la ZFE elle-même — après deux scénarios rejetés en avril 2040 et dix-huit mois de statu quo consolidé, personne ne venait rouvrir ce débat-là. Il s'agissait d'une ligne de covoiturage courte distance entre Pont-de-Claix et le pôle d'échanges de Grenoble-Échirolles, financée sur fonds propres par la Métropole et deux employeurs du bassin chimique. Pas d'investissement lourd, pas de bus supplémentaire : une application de mise en relation des salariés, trois points de dépôt identifiés, un système de garantie de retour pour les cas d'imprévus.
Le président de Grenoble Métropole a présenté le dispositif comme « une réponse partielle à une situation qui n'a pas évolué depuis deux ans ». Le maire de Sassenage, prévenu mais non présent, avait envoyé un message lu en séance : il saluait l'initiative tout en maintenant sa position sur l'absence de solutions alternatives suffisantes pour ses administrés.
Le covoiturage ne remplace pas un réseau de bus. Il ne résout pas l'équation des ménages de Vizille qui roulent en Crit'Air 3 et ne peuvent pas se payer un véhicule conforme. Mais c'est la première décision concrète prise sur le territoire métropolitain depuis le double rejet d'avril 2040 — et trois employeurs du bassin industriel ont signé la convention de financement avant la fin de la séance.
Le directeur technique d'OVHcloud : l'homme qui a choisi de ne pas choisir
Il est entré chez OVHcloud en 2031, recruté pour restructurer la chaîne de validation de sécurité après la crise de 2029. En dix ans, il a construit quelque chose d'assez rare dans l'industrie du cloud : une réputation fondée non sur la vitesse de déploiement, mais sur l'irréprochabilité des cycles d'audit. C'est cette réputation qui est désormais au cœur de la tension qui traverse le centre technique de Roubaix.
Le rapport d'évaluation des risques que son équipe avait préparé à l'automne 2040 pour le prototype d'automatisation des audits a été transmis à l'ANSSI en janvier 2041. La réponse est arrivée en avril : l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information ne valide pas le prototype en l'état, mais ouvre une procédure d'accompagnement pour identifier les conditions d'une certification partielle — périmètre restreint, cas d'usage délimités, audits humains maintenus en parallèle sur les infrastructures critiques.
La réponse de l'ANSSI n'est ni un feu vert ni un refus : c'est une invitation à redécouper le problème. Le directeur technique a présenté cette position à son équipe red team en mai avec un commentaire minimal : « On travaille dans le périmètre qu'ils nous donnent. » Plusieurs ingénieurs seniors ont interprété cela comme un renoncement à l'ambition initiale du prototype. Lui le présente comme un pragmatisme de long terme.
En octobre 2041, deux clients industriels qui avaient rebasculé vers des infrastructures américaines en 2039 ont demandé à être reçus à Roubaix. Leurs contrats américains arrivaient à renouvellement, et les questions de conformité européenne au Digital Services Act avaient alourdi les procédures de leur côté. Ce n'est pas un retournement commercial — les discussions sont à peine ouvertes. Mais c'est la première fois depuis deux ans que la lenteur d'OVHcloud redevient un argument, plutôt qu'un handicap.
Avant la présidentielle, la France cherche son registre dans un monde qui négocie sans elle
À l'approche d'une élection présidentielle dont l'enjeu de politique étrangère s'annonce plus central qu'il ne l'était il y a cinq ans, la France navigue avec une posture internationale paradoxale que 2041 n'a pas résolue.
La COP 2040 avait confirmé le glissement : Paris comme producteur de textes universels, la coalition germano-nordique comme garant des engagements vérifiables. Ce partage des rôles, que certains au Quai d'Orsay qualifiaient encore de « spécialisation complémentaire », est de plus en plus lu par les partenaires comme une asymétrie durable. La fiabilité du réseau électrique français, testée mais non pleinement validée lors de l'hiver 2039-2040, continue d'alimenter les réserves de ceux qui voyaient la France comme nœud continental énergétique.
Sur le numérique, la procédure d'accompagnement ouverte par l'ANSSI sur le prototype d'OVHcloud révèle une tension structurelle que la Commission européenne suit attentivement : la France plaide pour une application rigoureuse du Digital Services Act, mais sa propre capacité d'exécution technique reste questionnée par des partenaires qui constatent les rebasculages vers des infrastructures américaines.
Dans ce contexte, l'ouverture du cycle présidentiel pousse les acteurs diplomatiques à anticiper — non sur les programmes, mais sur la continuité des engagements multilatéraux. La délégation française aux réunions préparatoires de la prochaine session climatique a maintenu ses positions d'arbitrage, sans que la coalition germano-nordique modifie ses propres priorités d'exécution. La pertinence française en médiation reste réelle ; son autorité à peser sur les modalités d'exécution, elle, continue de s'éroder.
Droit à l'ignorance prédictive : 2041, l'année où le pansement a craqué
Depuis la note de cadrage de juin 2039, le docteur Ahmed Saïdi rédigeait ses fiches de traçabilité — deux pages par cas, une par une, dans les marges d'un service des urgences de la Timone qui n'avait pas gagné un seul poste. En dix-huit mois, une accumulation s'est produite que ni la Haute Autorité de santé ni l'ARS Île-de-France n'avaient anticipée : les fiches sont devenues un corpus.
En mars 2041, le chef de service des urgences de la Timone a transmis à la HAS un bilan interne d'une vingtaine de cas documentés depuis juillet 2039. Non pour se plaindre de la charge — Saïdi avait explicitement refusé ce cadrage — mais pour montrer que les situations où le droit à l'ignorance prédictive entrait en tension avec l'urgence vitale formaient une catégorie cohérente, répétable, et que le protocole existant ne permettait pas de la traiter de façon uniforme entre médecins.
La HAS a convoqué un groupe de travail en juin. Le Conseil national de l'Ordre des médecins, dont la position s'était rapprochée de celle de la HAS depuis 2038 sans jamais fusionner, a accepté d'y participer. C'est la première fois depuis la recommandation de mai 2038 que les deux institutions siègent ensemble sur ce dossier. L'ARS Île-de-France, qui attendait une circulaire interministérielle depuis trois ans, a transmis à son tour une note au ministère signalant que d'autres établissements franciliens avaient développé des pratiques divergentes — certains ignorant les fiches, d'autres les appliquant à des cas qui ne le justifiaient pas.
Le ministère de la Santé a annoncé en octobre 2041 la mise en chantier d'un protocole national révisé, pour une présentation devant la HAS au premier trimestre 2042. C'est moins que ce que Saïdi demandait implicitement en commençant ses fiches. C'est plus que tout ce que le pansement administratif avait produit depuis dix-huit mois.
Sources
Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.
- Convention Citoyenne pour le Climat
- Solagro
- GIEC
- RTE
- France Stratégie
- Commission européenne
- Commission de l'intelligence artificielle
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
- DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
- INSEE
- DREES
- CEVIPOF
- RAMSES (IFRI)
- Ministère de la Culture - DEPS