Année 2044

Édition n°19 · vendredi 19 juin 2026

Participer
2044 : ce qui tient, c'est ce qui accepte d'être reformulé

2044 : ce qui tient, c'est ce qui accepte d'être reformulé

Éditorial

En 2044, la France a appris quelque chose de précis sur elle-même : les décisions qui tiennent ne ressemblent pas à celles qu'on attendait. Marie Lecomte supervise des mises en service réelles en Finistère nord — après trois ans de procédures, la CRE a accordé son feu vert formel, et les collectivités bretonnes activent leurs contrats sans attendre qu'on les y invite. À Marseille, le tribunal administratif a partiellement donné raison aux communes varoises sur la qualité des délimitations de corridors écologiques, infligeant à la DREAL une injonction de terrain que personne ne contestera devant un juge. Ce sont des victoires concrètes, inégales, que leurs bénéficiaires qualifient prudemment de 'premières étapes' — mais qui produisent des effets mesurables.

Là où les choses avancent moins, c'est précisément là où la décision dépend d'un consensus que personne ne contrôle seul. La table ronde sur la traçabilité des gestes en métallurgie s'est fracturée non sur un désaccord de fond, mais sur un court-circuit de terrain : un protocole local qui ressemblait trop à la solution nationale pour ne pas la menacer. Le parlement tâtonne sur le financement des transitions agroécologiques. La procédure de cosignature sénatoriale a survécu à sa première contestation doctrinale — reformulée, donc plus solide — mais personne n'a célébré publiquement ce qui ressemble pourtant à une victoire institutionnelle.

2044 confirme ainsi une forme d'apprentissage collectif : ce qui tient, c'est ce qui accepte d'être reformulé. Ce qui se bloque, c'est ce qui attend d'être parfait avant d'exister.

À la une

3 articles à lire
Culture et art2 min de lecture

Décines, une salle de musée comme mémoire industrielle

Mercredi matin, dans la grande salle du musée de la Métamorphose énergétique de Décines. Une classe de troisième du collège Ampère de Villeurbanne écoute une médiatrice expliquer comment la centrale thermique de Cusset a progressivement laissé place à des installations photovoltaïques sur ses anciens toits. Les élèves s'arrêtent devant une photo de 2031 montrant des ouvriers démonter des turbines à vapeur : l'un d'eux reconnaît son quartier en arrière-plan.

Ce musée, ouvert depuis quelques mois à peine, est déjà devenu une escale régulière pour les établissements scolaires du Rhône. Le conseil départemental et la préfecture ont soutenu l'institution financièrement, mais c'est une fondation régionale privée qui en assure la gestion opérationnelle. La directrice artistique a fait un choix délibéré : aucune œuvre de commande, uniquement des archives documentaires, des témoignages sonores et des objets récupérés sur des sites industriels en reconversion. Le résultat est sobre, presque austère — et c'est peut-être ce qui le distingue des musées de science plus spectaculaires.

Cette ouverture intervient dans un contexte où la directrice de la scène nationale de Nancy continue, à quelques centaines de kilomètres, de se battre pour que les tournées itinérantes du Grand Est ne dépendent plus d'une reconduction contractuelle annuelle. À Décines, le modèle est différent : une institution ancrée dans un lieu précis, financée par plusieurs partenaires, sans vocation itinérante. Hélène Morvan, ministre de la Culture, n'a pas fait le déplacement pour l'inauguration, mais son cabinet a transmis un message de soutien.

Ce qui retient l'attention des professionnels du secteur, c'est moins le musée lui-même que la question qu'il pose implicitement : peut-on raconter une transformation industrielle sans la romancer ? La médiatrice referme son dossier. Les élèves, eux, ont déjà repéré l'atelier de reconstitution de circuits électriques au fond de la salle — et s'y ruent.

Lien social et communauté2 min de lecture

La travailleuse sociale du premier lundi : portrait d'une présence qui a changé d'échelle

Elle s'appelle Nadia Ferhat. Elle est travailleuse sociale au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône depuis onze ans, affectée depuis deux ans à la supervision mensuelle de la Maison Pour Tous du quartier Saint-Mauront. Le premier lundi de chaque mois, de dix heures à midi, elle s'installe dans la salle du fond, écoute, oriente, note. Elle repart sans compte rendu standardisé. C'est l'accord passé avec la Direction des solidarités : une présence, pas un reporting.

En 2044, son rôle a changé sans que son titre change. La Direction des solidarités a reçu en janvier la demande formelle de trois Maisons Pour Tous d'autres arrondissements de Marseille pour bénéficier du même dispositif. La demande émanait non pas des associations elles-mêmes, mais de travailleurs sociaux du département qui avaient entendu parler du modèle et voulaient l'appliquer. Ferhat a été sollicitée pour documenter sa pratique — pas pour la théoriser, mais pour expliquer concrètement comment elle organise ses deux heures.

L'exercice l'a confrontée à une limite : ce qu'elle fait est difficile à formaliser sans le vider de son contenu. Elle écoute sans grille. Elle oriente sans base de données. Elle pose des questions qui n'ont pas de case dans les systèmes de suivi du département. Mettre cela par écrit pour un public qui cherche un protocole reproductible, c'est risquer de produire un formulaire à la place d'une présence.

Elle a finalement rédigé une page et demie, qu'elle qualifie de « repères » plutôt que de procédure. La Direction des solidarités a accepté d'expérimenter le modèle dans deux Maisons Pour Tous du 13e arrondissement à partir de septembre. Les bénévoles de Saint-Mauront, informés de l'essaimage, ont exprimé une réserve simple : ils espèrent que le premier lundi restera le premier lundi, et que Ferhat sera là.

Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud : la certification complète comme horizon ou comme leurre ?

Le désaccord s'est cristallisé au printemps, dans une salle de réunion du centre technique d'OVHcloud à Roubaix. D'un côté, la direction commerciale, qui voulait annoncer à un troisième client industriel que le périmètre certifié par l'ANSSI allait s'étendre rapidement vers une couverture intégrale. De l'autre, les ingénieurs seniors de l'équipe red team, qui rappelaient que la certification partielle avait précisément été construite comme un périmètre rigoureux — et que l'élargir sans documentation supplémentaire revenait à vider la spécification de sa valeur.

Ce conflit, jusqu'alors contenu dans les couloirs, est devenu explicite quand le troisième client a posé une question directe lors d'un audit : la carte des cas d'usage couverts allait-elle évoluer dans les douze mois à venir, et selon quel calendrier ? La direction commerciale avait préparé une réponse optimiste. L'équipe technique avait préparé une réponse différente. Les deux versions ont été présentées simultanément, par erreur, dans deux documents séparés envoyés le même jour.

L'ANSSI a été informée de l'incident. Elle n'a pas ouvert de procédure formelle, mais a demandé un point de clarification sur la gouvernance interne des engagements de certification. C'est cette demande qui a, paradoxalement, tranché le débat interne : OVHcloud a dû formaliser par écrit quelle équipe avait autorité sur les déclarations publiques relatives au périmètre certifié. La réponse retenue — l'équipe technique, avec validation red team obligatoire avant tout engagement commercial — a donné gain de cause aux ingénieurs.

Le troisième client a signé son contrat en juillet, sur la base de la spécification technique, pas de la promesse d'extension. La direction commerciale a perdu la bataille du calendrier. Mais le directeur technique, interrogé en interne, a mis en garde contre une lecture trop rapide : la pression pour élargir la certification ne disparaîtra pas avec cet arbitrage. Elle reviendra dès le prochain appel d'offres.

Alimentation2 min de lecture

L'archipel tient, le parlement tâtonne : bilan d'une année suspendue

En Eure-et-Loir, les contrats bilatéraux de la coopérative Terre et Progrès ont tenu une troisième année consécutive. Les collectivités qui approvisionnent leurs restaurants scolaires via ces engagements directs ont renouvelé leurs commandes sans tambour ni clairon, certaines en élargissant les volumes. Ce que personne n'avait prévu, c'est que ce modèle — délibérément dépourvu de planification centrale — allait passer l'année 2044 sans que le débat parlementaire sur son financement public aboutisse à quoi que ce soit de contraignant.

À la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, le texte porté par la Confédération paysanne a franchi une étape de procédure au printemps, sans qu'un vote décisif soit programmé avant l'automne. Les élections législatives de l'année ont absorbé le calendrier parlementaire du premier semestre, repoussant les auditions de fond. Claire Moreau, qui avait témoigné devant la commission lors des sessions précédentes, a dû patienter : sa demande d'un fonds pluriannuel garantissant les transitions agroécologiques n'a pas trouvé de rapporteur disponible entre février et septembre.

André Lecomte, lui, n'a plus attendu. Dans une réunion à huis clos avec des élus de la communauté de communes du Thymerais, il a exposé sans détour sa doctrine : « Le filet n'arrivera pas avant que le modèle soit irréfutable. Alors on le rend irréfutable. » La FNSEA, dont la méfiance à l'égard des contrats bilatéraux restait distante, a cessé d'attaquer frontalement le dispositif — sans pour autant le soutenir. Ce silence, inédit, a été noté par plusieurs observateurs agricoles.

Le bilan de 2044 pour l'alimentation territoriale est donc celui d'une avancée de périmètre : l'archipel s'est stabilisé, de nouveaux engagements ont été signés, et la pression sur le parlement s'est maintenue. Mais la question du financement public reste entière, et personne dans l'hémicycle ne s'y est encore clairement engagé.

Éducation et transmission2 min de lecture

Inspection contre adaptation : le bras de fer entre l'académie et les équipes de terrain

D'un côté, le corps d'inspection de l'académie de Créteil, qui défend les grilles d'évaluation mises en place pour mesurer la conformité des néotitulaires aux gestes prescrits par la circulaire de juillet 2042. De l'autre, les équipes pédagogiques de terrain — et leur porte-parole le plus actif, le délégué SUD Éducation — qui soutiennent que ces grilles mesurent l'obéissance, pas la compétence.

Le conflit, latent depuis décembre 2043, est devenu public en janvier 2044, lorsque SUD a transmis à la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance une note documentée : sur un échantillon d'établissements en zones prioritaires de l'académie, une part significative des néotitulaires les mieux notés par l'inspection obtenaient des résultats inférieurs à leurs pairs moins bien évalués. La DEPP a répondu qu'elle prendrait connaissance du document. Elle ne s'est pas prononcée.

Le représentant SNUipp-FSU a refusé de cosigner la note de SUD, estimant qu'elle contestait des outils que le syndicat avait contribué à construire. Pour SNUipp, l'extension des zones prioritaires aux académies de Lille et Lyon, prévue pour la rentrée 2044, devait se faire sans remettre en cause le protocole en cours de déploiement. « Corriger le tir en marchant, pas avant de démarrer », résume son représentant.

C'est sur cette ligne de fracture que la directrice de l'école de Sarcelles est intervenue lors d'une réunion d'équipe en février : elle a présenté ses propres observations sur les néotitulaires qui « répondent à l'évaluation sans transmettre autrement ». La réunion n'a rien décidé. Mais le corps d'inspection de Créteil a reçu depuis lors une demande du ministère : réviser les grilles avant le déploiement lillois et lyonnais. La réponse est attendue pour l'été.

Énergie et ressources2 min de lecture

Marie Lecomte : l'année où le dossier a franchi la table

Il y a quatre ans, Marie Lecomte portait une feuille de route que personne à la Commission de régulation de l'énergie ne voulait signer. Il y a vingt mois, elle déposait à Paris cent vingt pages de documentation technique sur les nœuds bretons, face à deux représentants de la CRE qui avaient fait le déplacement depuis la capitale sans concéder quoi que ce soit. En janvier 2044, elle est à Rennes lorsque tombe la décision : la CRE donne son accord formel au déploiement des premiers nœuds du réseau décentralisé breton.

L'accord n'est pas un blanc-seing. Il couvre un premier lot de sites, les mieux documentés, dans le Finistère nord et les Côtes-d'Armor. Les nœuds les plus complexes, ceux dont les sous-traitants avaient accumulé des retards de câblage, restent en examen. La CRE a assorti sa décision d'un protocole de vérification trimestriel : toute mise en service doit être précédée d'un audit des onduleurs et d'une validation des incidents mineurs répertoriés depuis 2042. Lecomte avait accepté cette condition dès octobre 2043 ; la voir formalisée ne la surprend pas.

Ce qui la surprend davantage, c'est la vitesse avec laquelle les collectivités bretonnes activent leurs contrats d'anticipation. Le Conseil régional de Bretagne publie un communiqué sobre mais précis : les premiers sites seront opérationnels avant la fin du premier trimestre. Plusieurs communes littorales qui avaient suspendu leurs décisions d'investissement dans l'autoconsommation collective attendaient ce signal. Elles le reçoivent.

Lecomte passe le mois de février entre Brest et Saint-Brieuc, à coordonner les équipes de terrain. Le différend avec la CRE n'est pas soldé pour autant : les nœuds du second lot, notamment en Morbihan, attendent toujours leur validation. Mais pour la première fois depuis 2041, elle supervise des mises en service réelles, et non plus des procédures. C'est une différence qu'elle ne cherche pas à qualifier — elle l'éprouve simplement, sur le terrain.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Quand le Conseil d'État a retouché la procédure de cosignature

La bascule est passée presque inaperçue. En mars 2044, le Conseil d'État a rendu un avis — non publié au Journal officiel mais immédiatement connu des services concernés — sur la portée juridique de la procédure de cosignature des décrets de transposition énergétique suivis par la commission des lois du Sénat. L'avis ne remettait pas en cause la procédure elle-même, instituée depuis 2041 sous la présidence d'Isabelle Roux. Il en contestait le périmètre : selon le Conseil d'État, certains décrets co-suivis par la commission relevaient en réalité d'une compétence réglementaire pure du gouvernement, sans que le contrôle parlementaire intermédiaire ait de base textuelle suffisamment solide.

L'avis a produit un effet immédiat au sein de la commission. La secrétaire générale du gouvernement, lors d'une réunion technique en avril, a indiqué que Bercy souhaitait en tirer les conséquences : retirer du périmètre de cosignature une série de décrets d'application relevant du seul pouvoir exécutif. Roux a refusé net. Non par attachement à la procédure pour elle-même, mais parce que le retrait proposé aurait retiré du champ de suivi précisément les textes les plus susceptibles de déraper dans leur exécution territoriale.

Le désaccord a occupé tout le printemps. Laurent Fauconnier, depuis son siège, a joué un rôle discret mais décisif : il a convaincu deux membres de la commission issus de sensibilités opposées de co-signer une note d'interprétation alternative, qui proposait de distinguer le contrôle politique du suivi technique — le second restant dans le périmètre de la commission sans constituer une intervention dans la compétence réglementaire.

En septembre, Bercy a accepté cette lecture. La procédure a été maintenue, mais reformulée : elle devient explicitement un dispositif de suivi d'exécution, et non de cosignature au sens strict. Ce déplacement sémantique, que personne n'a célébré publiquement, constitue pourtant le vrai bilan de 2044 pour la gouvernance : la procédure a survécu à sa première contestation doctrinale, non pas intacte, mais reformulée — ce qui la rend, paradoxalement, plus difficile à attaquer.

Mobilité et échanges2 min de lecture

La navette d'Échirolles face aux bus du réseau : un succès qui dérange

La navette de covoiturage entre Échirolles et le bassin chimique de Pont-de-Claix fonctionnait depuis janvier avec une régularité que ses promoteurs n'espéraient pas si vite. Deux départs le matin, deux retours le soir, taux d'occupation nettement au-dessus des projections. C'est précisément ce succès qui a déclenché la friction.

Au printemps, Grenoble Métropole a reçu une note formelle de Transisère, l'opérateur du réseau de cars interurbains de l'Isère, signalant que la navette employeurs d'Échirolles desservait des arrêts situés à moins de quatre cents mètres de lignes régulières existantes — sans contribution tarifaire au financement du réseau public, sans convention avec l'autorité organisatrice, et sans les contraintes réglementaires auxquelles les opérateurs de transport public sont soumis. La note concluait sur un mot que ses rédacteurs avaient pesé : « concurrence déloyale ».

Le président de Grenoble Métropole s'est retrouvé dans une position inconfortable. Il avait soutenu l'extension du modèle, documenté par le maire de Sassenage comme méthode transférable. Mais valider des navettes employeurs sans cadre conventionnel revenait à fragiliser la délégation de service public que la Métropole venait de renouveler avec Transisère. Les deux logiques étaient incompatibles sur le même périmètre.

La discussion s'est tenue en juin, en commission transport. Transisère demandait soit l'arrêt de la navette, soit son intégration dans un dispositif de complémentarité tarifaire formalisé — ce qui impliquait un calendrier de négociation et des coûts de coordination que les deux employeurs n'avaient pas anticipés. Le maire de Sassenage, invité à s'exprimer, a défendu la méthode sans en défendre la généralisation non encadrée.

À l'automne, aucune décision n'avait encore été rendue. La navette tourne toujours. Mais la Métropole a gelé toute nouvelle extension du modèle dans l'attente d'un cadre juridique — et le maire de Sassenage, dont la méthode était citée en exemple en janvier, se retrouve dans une zone grise qu'il n'avait pas anticipée.

Relations internationales2 min de lecture

Vérifiabilité climatique : la France cède un périmètre, gagne un sursis

La session d'automne de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a produit, en novembre 2044, un résultat que personne dans la délégation française n'avait formellement anticipé : Paris a accepté, pour la première fois, de soumettre un périmètre précis de ses engagements climatiques à un mécanisme de vérification externe indépendant.

Ce basculement n'est pas venu de la coalition germano-nordique, dont la pression sur la vérifiabilité était connue et absorbée depuis plusieurs sessions. Il est venu d'ailleurs — d'un groupe de délégations du Sud global, conduites notamment par des représentants du G77, qui avaient fait de la symétrie de vérification une condition de leur soutien aux transferts de technologie bas-carbone portés par l'Union européenne. La formule qu'ils ont fait circuler en commission technique était directe : pas de vérification, pas de transfert. La coalition germano-nordique, qui n'attendait pas d'alliés de ce côté-là, a laissé le mouvement se faire sans intervenir.

La délégation française s'est retrouvée isolée sur une position qu'elle ne pouvait plus tenir sans perdre le levier diplomatique qu'elle défendait précisément — son rôle de médiateur crédible entre blocs. Le chef de délégation a demandé une suspension de séance. Deux heures plus tard, il revenait avec une concession calibrée : la France acceptait que ses engagements sur les réseaux électriques décentralisés — le périmètre breton, les protocoles sectoriels associés — soient soumis à une revue par les pairs documentée et opposable, lors de la session 2026 du cycle quadriennal.

La coalition germano-nordique a accepté l'accord sans le célébrer. Les délégations du Sud global ont obtenu une clause de révision des modalités de transfert technologique. La France, elle, a changé de posture pour la première fois en plusieurs cycles — non par conviction, mais parce que le coût du refus était devenu supérieur au coût de la concession. Ce calcul, fait à huis clos, structure désormais une relation nouvelle avec ses partenaires. Ce qu'elle en fera dépendra de ce que les équipes de terrain auront à montrer d'ici 2026.

Santé et corps2 min de lecture

La salle d'attente de la Timone, un matin de février

Couloir du service de neurologie de l'hôpital de la Timone, à Marseille, un mardi matin de février 2044. Ahmed Saïdi reçoit en consultation une patiente de soixante-deux ans adressée par un neurologue de Perpignan, à qui la patiente avait elle-même demandé d'être orientée vers un centre référent pour la thérapie génique SLA. Le médecin de Perpignan avait joint à son courrier une question directe : la procédure d'autorisation était-elle finalisée ?

Saïdi répond en consultant son écran. La réponse de l'ANSM est arrivée en décembre 2043 : procédure accélérée validée, autorisation conditionnelle accordée pour les centres de référence en neurologie déjà équipés. La Timone figure sur la liste. Le CHU de Marseille est prêt. Ce qui ne l'est pas, c'est le reste.

La patiente de Perpignan sait qu'elle sera prise en charge ici. Ce qu'elle ignore encore, c'est que l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'ARS Île-de-France ont interprété différemment les modalités d'orientation des patients hors CHU. À Paris, l'AP-HP a formalisé une procédure d'aiguillage depuis les hôpitaux généraux. En région, certains établissements attendent une instruction qui n'est pas venue. Le résultat concret : des patients potentiellement éligibles à la thérapie ne savent pas vers quel médecin se tourner, et des médecins généralistes ne savent pas qu'ils peuvent adresser.

La Haute Autorité de santé doit rendre ses conclusions sur le remboursement avant la fin de l'année. Saïdi a soumis en janvier une contribution au processus d'évaluation médico-économique : il y documente les inégalités d'accès géographique, non comme un argument éthique, mais comme une variable de coût à long terme. La patiente de Perpignan, elle, a rendez-vous dans trois semaines pour le bilan préthérapeutique. Elle fait partie des cas qui ont trouvé leur chemin. D'autres n'en sont pas encore là.

Territoire et habitat2 min de lecture

Le tribunal de Marseille rend son verdict sur les corridors du Var

Salle d'audience 7 du tribunal administratif de Marseille, un matin de mars 2044. Le président de la formation de jugement lit pendant près de vingt minutes. Jean-Pierre Delacroix, assis au premier rang du public, note sur son carnet les termes exacts à mesure qu'ils tombent. À sa gauche, deux représentants de communes varoises qui avaient fondé leur recours sur la mauvaise qualité des études de corridors écologiques produites par la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Le jugement est partiellement favorable à la DREAL — et partiellement à rebours de ce que Delacroix avait espéré. Sur la question de l'inexécution, la formation valide la position de l'État : les études déposées au printemps 2043 répondent aux exigences formelles posées par le tribunal en janvier 2042. L'argument selon lequel l'État n'avait pas respecté ses obligations ne tient plus. C'est la confirmation de ce que Delacroix avait anticipé depuis un an : l'asymétrie s'est bel et bien renversée.

Mais sur la qualité des délimitations, la formation donne partiellement raison aux communes requérantes. Les périmètres définis pour deux corridors traversant la garrigue varoise sont jugés insuffisamment motivés sur le plan méthodologique : la DREAL a utilisé des modélisations sans validation de terrain. Le tribunal enjoint à l'administration de produire, dans un délai qu'elle fixera elle-même, des compléments s'appuyant sur des relevés in situ.

Pour Delacroix, c'est une demi-victoire qu'il refuse de qualifier de défaite. « Le combat change de forme, pas de nature », dit-il en quittant la salle. La DREAL, pour sa part, prend acte sans communiquer — elle a six mois pour organiser les relevés de terrain que le tribunal exige. Les communes varoises, elles, ont obtenu un renvoi partiel qu'elles n'espéraient plus depuis l'automne 2043.

Travail et économie2 min de lecture

La table ronde métallurgie déraille, et c'est la CGT qui en sort changée

Personne n'avait prévu que ce serait la CGT qui ferait basculer la table ronde de branche. Depuis septembre 2042, les syndicats s'étaient installés autour d'une discussion sur la traçabilité des gestes de travail dans la métallurgie — sans texte, sans accord à signer, juste une présence acceptée. Pierre Delmas y voyait une consolidation fragile mais réelle. FO y voyait une posture d'attente. La CGT, elle, avait accepté d'être là en disant clairement qu'elle ne signerait rien sans cadre légal.

Au printemps 2044, lors d'une session à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Haute-Garonne, quelque chose a rompu. Un délégué CGT de l'usine Safran-Toulouse a présenté, sans en avoir averti ses propres confédéraux, un protocole local de rotation adapté que son équipe avait négocié directement avec la direction. Le document ressemblait, dans ses grandes lignes, à ce que Pierre Delmas défendait depuis deux ans.

Le résultat a été immédiat et brutal : la délégation confédérale de la CGT a suspendu sa participation à la table ronde, estimant que la présentation du protocole toulousain court-circuitait la négociation nationale. FO, qui observait, a refusé de prendre position. Le ministère du Travail a exprimé des regrets polis et annoncé une reprise des travaux « dès que les conditions seraient réunies » — formule que Delmas a reçue comme ce qu'elle était : un renvoi sans date.

L'ironie de la situation n'échappe à personne : c'est l'accumulation de cas concrets comme Safran qui avait permis à la CGT d'entrer dans la discussion, et c'est un cas concret de Safran qui l'en a fait sortir. La table ronde existe encore sur le papier. Elle ne s'est pas réunie depuis le mois d'avril. Delmas a rangé ses notes et attend.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de la Culture - DEPS
  • France Stratégie