
2045 : la France apprend que tenir ses engagements vaut mieux que les proclamer
Éditorial
En 2045, la France a confirmé quelque chose qu'elle apprenait depuis plusieurs années sans l'avoir encore formulé : les décisions qui durent ne sont pas celles qui imposent, mais celles qui acceptent d'être vérifiées par d'autres. À l'échelle internationale, l'accord franco-allemand sur l'hydrogène vert en est l'illustration la plus lisible — Paris ne pilote plus seul, il documente et rend compte. Ce glissement, engagé depuis la concession de novembre 2044 sur les réseaux décentralisés, produit des effets concrets : un protocole signé, des sites retenus, un comité mixte de suivi. Ce n'est pas un repli ; c'est une adaptation du rôle d'arbitre à l'exigence de crédibilité que tous les partenaires, au nord comme au sud, posent désormais comme condition d'écoute.
Ce même mouvement traverse les institutions domestiques. La procédure sénatoriale de suivi des décrets énergétiques, reformulée et consolidée, a rendu son premier bilan complet sans crise ni retrait — et sans celui qui l'avait construite. Laurent Fauconnier est parti ; le dispositif tient. À Roubaix, OVHcloud a découvert que nommer précisément ce qu'un périmètre certifié couvre — et ce qu'il ne couvre pas — est devenu un argument commercial là où c'était hier une concession. La spécification honnête vaut mieux que la promesse générique.
Mais l'année n'est pas uniformément apaisée. À Toulouse, la table ronde sur les conditions de travail tourne sans la CGT depuis plusieurs mois, et le Ministère du Travail n'a fixé aucune date. À Marseille, l'essaimage du modèle de Saint-Mauront bute sur ce que la transmission ne peut pas mécaniser : une présence ne se met pas en formulaire. 2045 a avancé, inégalement, sur les terrains où l'on avait accepté d'être tenu pour responsable de ses résultats.
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La réunion commence à quatorze heures dans la salle de tests du centre technique d'OVHcloud à Roubaix.
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Il y aura un avant et un après dans l'histoire du réseau décentralisé breton.
2 min de lecture →L'accord franco-allemand sur l'hydrogène, révélateur d'une diplomatie qui change de registre
Le protocole de coopération industrielle signé en 2045 entre le ministère de la Transition écologique et la Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe sur l'hydrogène vert est, en lui-même, un document de portée modeste : deux sites pilotes, un engagement financier sur trois ans, des premières unités qui ne seront opérationnelles qu'en 2047. Mais il révèle quelque chose de plus significatif sur la posture internationale de la France.
Depuis la concession de novembre 2044 sur la vérifiabilité externe des réseaux électriques décentralisés, Paris a cessé de résister aux demandes d'exécution observable que la coalition germano-nordique portait depuis plusieurs années. Ce retournement ne s'est pas traduit par un grand discours de doctrine : il se manifeste dans des protocoles techniques signés avec des agences sectorielles, dans des engagements bilatéraux assortis de mécanismes de suivi. L'accord sur l'hydrogène en est un exemple : la vérification des avancées sur les deux sites pilotes est confiée à un comité mixte franco-allemand, avec restitution annuelle aux partenaires européens concernés.
Au sein de la délégation française à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ce glissement est analysé avec attention. La France reste productrice de normes reconnues. Elle accepte désormais, au cas par cas, que ces normes soient accompagnées de mécanismes de vérification externe. Ce n'est pas une capitulation : c'est une adaptation du rôle d'arbitre à une exigence de crédibilité que ses partenaires, au nord comme au sud, posent désormais comme condition d'écoute. Le Groupe des 77 avait conditionné tout transfert de technologie à cette vérifiabilité. La France a dit oui sur les réseaux. Elle dit oui sur l'hydrogène. La ligne bouge, prudemment.
Roubaix, salle de tests, un mardi de mars
La réunion commence à quatorze heures dans la salle de tests du centre technique d'OVHcloud à Roubaix. Autour de la table : le directeur technique, les trois membres permanents de l'équipe red team, et la responsable du troisième client — une société de services industriels spécialisée dans la gestion d'infrastructures critiques — dont le contrat a été signé en juillet 2044. L'ordre du jour est le premier bilan d'exploitation du périmètre certifié, six mois après la mise en production.
Le résultat est net : le périmètre restreint défini lors de la certification ANSSI a tenu. Aucun incident de sécurité n'a requis une escalade au-delà des procédures prévues. L'outil d'automatisation des audits, conçu en interne par l'équipe red team, a traité les cycles de vérification dans des délais inférieurs à ce que le contrat garantissait. La responsable du troisième client, qui avait exprimé des réserves initiales sur la granularité du périmètre couvert, reconnaît en séance que la carte des cas couverts et non couverts lui a permis d'anticiper ses propres décisions d'architecture.
Ce qui change en 2045, c'est la demande. Deux nouveaux prospects industriels ont sollicité OVHcloud en se référant explicitement à la certification partielle comme argument de confiance, et non plus comme limitation à surmonter. La direction commerciale, qui avait cherché l'année précédente à accélérer l'extension du périmètre certifié, a changé de registre : elle présente désormais la spécification lisible — ce que le périmètre couvre, ce qu'il ne couvre pas — comme un avantage différenciant face aux certifications génériques de concurrents.
L'équipe red team a pris note de ce renversement sans le célébrer. Dans la salle, le directeur technique clôt la réunion sur un point d'ordre : la documentation du troisième client sera transmise à l'ANSSI dans le cadre du cycle annuel de suivi. Il pose la date. Elle est fixée.
Bretagne : l'année où le réseau décentralisé a vraiment commencé à servir
Il y aura un avant et un après dans l'histoire du réseau décentralisé breton. L'avant, c'était la procédure : des années de friction avec la Commission de régulation de l'énergie, des centaines de pages de documentation, des protocoles d'audit trimestriels négociés à l'usure. L'après a commencé au premier trimestre 2045, quand les premiers nœuds du Finistère nord et des Côtes-d'Armor sont entrés en service réel — non comme expérimentation, mais comme infrastructure permanente alimentant les contrats que les collectivités bretonnes avaient signés en anticipation.
Marie Lecomte, qui supervise le déploiement depuis le siège régional de RTE à Rennes, décrit 2045 comme une année de vérité technique plutôt que procédurale. Les onduleurs ont subi leurs premiers cycles complets d'audit sous le protocole trimestriel imposé par la CRE, et les incidents mineurs signalés en début d'année — câblage sur deux sites du Finistère — ont été traités dans les délais prévus par le protocole, sans qu'aucun ne remette en cause la décision de mise en service. C'est précisément ce que la CRE avait exigé comme preuve de maturité opérationnelle.
L'événement nouveau de l'année tient en un protocole signé en juin avec la Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe dans le cadre de l'accord franco-allemand sur l'hydrogène vert : la vallée de la Fensch, en Moselle, a été retenue comme site pilote complémentaire, et RTE fournit une assistance technique sur l'intégration de la production d'hydrogène décentralisé dans les nœuds existants. Pour Lecomte, ce rapprochement valide rétrospectivement les choix architecturaux faits à Carling il y a plusieurs années : un réseau conçu pour l'apprentissage peut aussi accueillir de nouveaux usages sans être refondé.
Le second lot morbihannais reste en examen à la CRE. Les collectivités concernées, qui avaient vu leurs voisines du Finistère activer leurs contrats, ont transmis leurs propres demandes de calendrier. La CRE n'a pas encore répondu formellement. Lecomte préfère ne pas s'avancer : elle a appris à compter les décisions rendues, pas celles attendues.
Le silence de la FNSEA se fissure
Pendant deux ans, le silence de la FNSEA sur le modèle d'archipel bilatéral avait été noté comme un signe favorable par ses promoteurs. André Lecomte, qui avait construit patiemment ses contrats directs entre la coopérative Terre et Progrès à Chartres et les collectivités de l'Eure-et-Loir, y voyait une neutralité bienveillante. Cette lecture était inexacte.
Au printemps 2045, la FNSEA a rompu son silence — non par une attaque frontale, mais par un document de position interne transmis aux chambres d'agriculture régionales, rendu public par voie de presse. Le texte reconnaissait la légitimité des contrats bilatéraux comme outil complémentaire, tout en posant une condition explicite : que ces contrats n'alimentent pas un cadre législatif contraignant pour l'ensemble de la filière. C'est précisément ce que la Confédération paysanne demande au Parlement depuis plusieurs années, et c'est ce que la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale s'apprête à examiner lors du vote décisif prévu à l'automne.
Pour Claire Moreau, qui représente les exploitants engagés dans les contrats pluriannuels, le document de la FNSEA change le rapport de force sans le renverser : « Ils reconnaissent que ça fonctionne. Ils veulent juste que ça reste volontaire. » La nuance est décisive pour le calendrier parlementaire. Plusieurs élus de la commission, qui hésitaient à adopter un mécanisme contraignant faute de consensus professionnel, voient dans la position de la FNSEA une ouverture vers un dispositif incitatif plutôt que réglementaire.
Le financement, lui, reste l'impasse centrale. Aucune enveloppe budgétaire n'a été fléchée pour accompagner une éventuelle loi. André Lecomte, qui a cessé d'attendre Paris pour développer ses contrats locaux, regarde l'automne parlementaire avec une attention mesurée : l'archipel qu'il a construit n'a pas besoin de la loi pour fonctionner, mais la loi pourrait l'étendre bien au-delà de l'Eure-et-Loir.
La directrice de Nancy, cinq ans après le modèle réduit
En 2040, quand la DRAC Grand Est a lancé ses tournées itinérantes, la directrice de la scène nationale de Nancy avait salué l'initiative sans y croire tout à fait. Elle avait raison d'être prudente, et tort d'être sceptique : le modèle a tenu, mais pas comme elle l'espérait.
Cinq ans plus tard, les deux agents itinérants de la DRAC couvrent toujours les mêmes périmètres stabilisés — Saverne et Épinal principalement, avec des incursions sur Wissembourg selon les disponibilités. Le troisième poste en Meurthe-et-Moselle, proposé en 2043 par une scène nationale qui espérait élargir le réseau, n'a pas été créé. Hélène Morvan, ministre de la Culture, a fait savoir au début de 2045 que l'enveloppe déconcentrée ne permettait pas de nouveau poste avant la prochaine révision budgétaire, sans en préciser le calendrier.
Ce que la directrice de Nancy a obtenu, en revanche, est plus discret mais plus durable : depuis la rentrée 2044, les communes de moins de deux mille habitants desservies par les tournées peuvent accéder à un fonds de co-production mutualisé, abondé par la scène nationale et par les communes elles-mêmes, qui permet de financer les formes artistiques les plus demandées — cirque, conte, musiques de territoire. Ce dispositif n'existait pas dans les arbitrages initiaux de la DRAC. Il est né d'une négociation patiente entre la directrice, le directeur de la DRAC Grand Est et les maires de six communes alsaciennes.
Au Syndicat national des entreprises artistiques, on cite désormais le cas Grand Est comme exemple d'hybridation réussie entre politique régionale et initiative de terrain — sans en tirer une doctrine. La directrice de Nancy, elle, a cessé de demander un statut pérenne pour les agents itinérants. Elle a commencé à documenter ce que le fonds de co-production permet de financer. Ce sont des preuves d'une autre nature, pour un autre combat.
Au collège Ampère, ce que l'élève reçoit quand le script lâche
Il est neuf heures vingt. Dans la salle B14 du collège Ampère de Villeurbanne, une classe de cinquième travaille sur la décomposition d'un problème de proportionnalité. La néotitulaire qui l'enseigne a suivi les modules de formation du protocole de transmission explicite déployé à la rentrée 2044 dans l'académie de Lyon. Elle reformule les consignes, vérifie oralement à mi-parcours, annote les erreurs sur papier avant la correction collective. Les gestes sont là, reconnaissables.
Puis un élève du fond lève la main et pose une question de travers — pas fausse, mais décalée, qui suppose que la règle s'applique différemment selon les cas. La néotitulaire marque un temps, abandonne la phrase qu'elle avait commencée, construit un contre-exemple à voix haute, puis revient au fil de la séance. L'ensemble dure peut-être trois minutes. Pour les élèves, c'est la partie la plus dense du cours : plusieurs notent quelque chose sans qu'on le leur ait demandé.
Ce moment ne figurait pas dans le protocole. Il ne le contredit pas non plus. Il existe dans cet entre-deux que les chercheurs de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance peinent à capturer dans leurs grilles de suivi : l'instant où ce que l'enseignant sait vraiment se rend visible, non par conformité aux gestes prescrits, mais parce qu'une question imprévue l'a rendu nécessaire.
La DEPP suit les établissements de l'extension lyonnaise depuis la rentrée. Ses premiers éléments de bilan, attendus au premier semestre 2046, tenteront de répondre à une question que le débat syndical entre SNUipp-FSU et SUD Éducation pose depuis des années sous une forme institutionnelle : est-ce que les élèves apprennent mieux ? La salle B14 ne le saura pas avant. La néotitulaire, elle, a repris le fil de sa leçon. Les élèves ont continué à travailler.
La procédure reformulée a tenu. Fauconnier l'a quittée.
Il y a un an, Laurent Fauconnier avait réussi l'essentiel : convaincre Bercy d'accepter une reformulation de la procédure de suivi des décrets de transposition énergétique, sauvant le dispositif d'une contestation doctrinale qui aurait pu l'enterrer. Sa note d'interprétation alternative — la distinction entre contrôle politique et suivi technique — avait fourni à la secrétaire générale du gouvernement le vocabulaire qui manquait pour reformuler sans céder.
En 2045, cette procédure reformulée a produit son premier bilan annuel complet sous sa nouvelle forme. Isabelle Roux, présidente de la commission des lois du Sénat, a présenté en mars le tableau de bord trimestriel devant la commission en séance publique — une première. Vingt-trois décrets de transposition énergétique suivis, dix-sept conformes au calendrier, six faisant l'objet d'une demande de clarification adressée aux ministères compétents. Aucun retrait. Aucune crise.
Fauconnier, lui, n'était plus là pour la présentation. Après avoir occupé la présidence de la commission des affaires européennes du Sénat de manière informelle depuis plusieurs années, il a accepté en janvier 2045 une mission de médiation institutionnelle auprès du Conseil d'État sur un dossier de transposition réglementaire sans lien avec la procédure qu'il avait construite. C'est une sortie discrète, cohérente avec sa méthode : il n'a jamais cherché à incarner publiquement ce qu'il avait mis en place.
Isabelle Roux n'a pas commémoré son départ. Elle a simplement continué. La procédure tient désormais sur ses propres appuis institutionnels — les tableaux nominaux, les séances trimestrielles, la distinction contrôle-suivi inscrite dans le règlement intérieur de la commission. Ce que Fauconnier avait voulu éviter — que le dispositif repose sur un homme — est accompli. Ce qu'il avait voulu construire fonctionne sans lui.
Marseille : ce que l'essaimage a changé, et ce qu'il menace
En janvier 2044, trois Maisons Pour Tous d'arrondissements de Marseille avaient formulé une demande formelle pour adopter le modèle de supervision mensuelle mis en place à Saint-Mauront. Un an plus tard, le bilan est contrasté : deux d'entre elles ont effectivement intégré Nadia Ferhat à leur rythme mensuel, selon des modalités proches de l'original. La troisième a reçu, à la place, une version procéduralisée du dispositif — une fiche de suivi d'orientation, un formulaire de signalement, un protocole de compte rendu trimestriel.
C'est cette troisième version qui préoccupe la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Non pas parce qu'elle aurait été imposée : elle a été élaborée par un travailleur social d'un autre secteur qui voulait « faire comme Ferhat » mais qui ne disposait pas de la même latitude institutionnelle. Le résultat ressemble à ce que Ferhat avait précisément voulu éviter : une présence remplacée par un outil, une écoute convertie en cases.
Ferhat elle-même a tiré une ligne nette lors d'une réunion de coordination départementale au printemps : les deux sites où elle intervient directement tiennent. Le troisième est un modèle différent, peut-être utile, mais pas le même. Elle a refusé d'y apposer son nom dans les documents de présentation internes. Ce refus, net et sans éclat, a été entendu par la Direction des solidarités, qui a décidé de ne pas généraliser le formulaire avant d'avoir évalué les deux sites qui fonctionnent selon la pratique originale.
Le premier lundi de septembre, Ferhat était dans la salle du fond à Saint-Mauront, de dix heures à midi. Les bénévoles réguliers étaient là. Les habitants du quartier aussi. Rien n'avait changé dans la pièce. Dehors, la question de ce qui peut être transmis sans être vidé restait entière.
Dans le bassin de Pont-de-Claix, les employeurs n'ont pas attendu l'arbitrage
La commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes a tenu sa première séance d'instruction en avril, et son avis n'est pas attendu avant l'automne. Dans l'intervalle, les employeurs du bassin chimique de Pont-de-Claix ont continué d'organiser leurs flux pendulaires comme si le litige entre Transisère et le maire de Sassenage ne les concernait pas directement — ce qui, dans les faits, est à moitié vrai.
Depuis que la navette dessert les horaires de pointe entre Échirolles et le bassin chimique, plusieurs responsables des ressources humaines du secteur ont recomposé leur politique de déplacement sans attendre de cadre collectif. Un des cinq employeurs du dispositif a étendu ses plages de télétravail partiel précisément pour lisser les pics d'utilisation de la navette et éviter des tensions aux horaires les plus chargés. Un autre, dont le site est légèrement excentré par rapport aux arrêts actuels, a organisé un covoiturage informel en interne pour couvrir le dernier kilomètre — solution qui fonctionne, mais que ni Transisère ni la Métropole ne savent comment qualifier juridiquement.
C'est là que le litige tarifaire révèle ses effets concrets : non pas sur la navette elle-même, qui tourne et dont le taux d'occupation aux heures de pointe reste soutenu, mais sur les pratiques qui se greffent autour d'elle. Ces pratiques informelles remplissent des interstices que les lignes régulières n'ont jamais couverts, et que la convention initiale n'avait pas anticipés. Transisère les signale dans son dossier comme preuve d'une concurrence élargie. Le maire de Sassenage y voit au contraire la démonstration que la navette crée de la mobilité nouvelle plutôt qu'elle n'en capte.
L'expertise indépendante mandatée par la commission régionale devra trancher cette lecture des flux. D'ici là, le président de Grenoble Métropole maintient son attente explicite. Les cinq employeurs, eux, ont reconduit leur participation pour l'année — sans commentaire public sur le litige.
Ahmed Saïdi, un an après l'autorisation : construire l'accès là où il n'existait pas
Quand l'ANSM a accordé son autorisation conditionnelle à la fin 2043, Ahmed Saïdi pensait que le plus dur était fait. Un an et demi après, il sait que l'autorisation n'était que le début d'un autre travail.
Depuis l'hôpital de la Timone, à Marseille, il suit une dizaine de patients engagés dans le protocole thérapeutique, mais son activité principale en 2045 est moins clinique qu'organisationnelle. La Haute Autorité de santé a rendu ses conclusions sur le remboursement au printemps : la prise en charge intégrale par l'Assurance maladie est confirmée pour les patients traités dans les centres de référence en neurologie. La décision était attendue, elle est bienvenue. Ce qu'elle ne résout pas, c'est le chemin qui mène jusqu'à ces centres.
Saïdi a consacré une partie de l'année à documenter les parcours réels des patients éligibles : combien ont été orientés par leur médecin généraliste, combien ont trouvé le centre par eux-mêmes, combien ont abandonné faute d'information. Ce travail de traçage, qu'il conduit informellement avec deux neurologues de régions différentes, a révélé que l'ARS Île-de-France et l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur maintiennent des protocoles d'aiguillage significativement différents — l'une délègue aux hôpitaux généraux de proximité, l'autre centralise sur les centres référents. Les deux approches produisent des délais comparables pour les patients bien informés, mais creusent un écart important pour ceux qui dépendent entièrement de leur médecin traitant.
En juin, Saïdi a présenté ces constats à la HAS lors d'une audition préparatoire à une instruction nationale sur l'harmonisation des protocoles d'aiguillage. La HAS a pris acte. Une instruction commune aux ARS est en cours de rédaction — sans calendrier ferme de publication. Saïdi note les progrès réels : le remboursement tient, la Timone reste opérationnelle, les premiers patients traités se portent bien. Il attend l'instruction comme on attend quelque chose d'important dont on ne maîtrise pas le rythme.
Delacroix, l'homme qui a appris à gagner autrement
Il y a cinq ans, Jean-Pierre Delacroix plaidait l'inexécution. Son argument était simple, presque mécanique : l'État ne produisait pas ses pièces, les recours tombaient, les communes varoises gagnaient par défaut. Cette stratégie a fonctionné pendant deux ans, puis s'est retournée contre lui lorsque la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur a livré une documentation complète au tribunal administratif de Marseille. L'avocat a dû réinventer son approche à mi-parcours.
En 2045, ce virage est consommé. Le tribunal administratif de Marseille a rendu, au printemps, une décision partielle sur la qualité des délimitations de corridors écologiques dans la garrigue varoise : il a enjoint la DREAL de produire des validations terrain complémentaires sur plusieurs périmètres contestés, sans pour autant invalider l'ensemble du dossier. C'est exactement ce que Delacroix avait réclamé dans ses conclusions révisées, mais c'est aussi nettement moins qu'une victoire totale. Les communes qu'il représente — une douzaine réparties entre le Var et les Bouches-du-Rhône — ont désormais un levier concret, pas un blanc-seing.
Ce qui a changé dans la pratique de Delacroix, c'est la nature des arguments qu'il mobilise. Il ne mise plus sur les délais de l'administration : il scrute la robustesse scientifique des modélisations. Depuis l'injonction de printemps, il a mandaté deux écologues indépendants pour contre-expertiser les périmètres retenus en zone de garrigue — une démarche que l'Association des maires de France observe avec attention, plusieurs autres territoires ayant des contentieux ZAN en cours.
La prochaine audience, prévue à l'automne devant le tribunal administratif de Marseille, portera sur la révision des périmètres hydrauliques intégrant les zones de rétention identifiées après les crues de novembre 2043. Delacroix sait que le dossier a changé de nature : il n'est plus un recours d'opposition, il est devenu une procédure de co-construction forcée. Ce n'est pas ce qu'il avait prévu. C'est ce qui fonctionne.
La table ronde sans la CGT : qui décide des règles du jeu ?
La salle de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Haute-Garonne, à Toulouse, a retrouvé ses participants habituels en janvier 2045 — à une exception près. La CGT n'est toujours pas revenue. Depuis la suspension d'avril 2044, consécutive à la présentation non coordonnée du protocole de rotation par le délégué de Safran-Toulouse, la confédération maintient sa position : elle ne reprendra sa place que si les protocoles d'entreprise sont explicitement subordonnés à un cadre de branche, et non l'inverse.
Pierre Delmas, secrétaire confédéral CFDT, a tenté en mars une formulation de compromis : les protocoles locaux existants seraient documentés comme « contributions expérimentales » à une négociation de branche dont la CGT co-piloterait le cadre. La délégation CGT confédérale a étudié la proposition. Elle ne l'a pas rejetée publiquement, mais n'a pas non plus confirmé son retour à la table.
Ce qui s'est joué pendant ces douze mois, c'est une dispute de légitimité plus qu'une divergence de fond sur les conditions de travail. Le protocole Safran tient : les troubles musculosquelettiques n'ont pas réapparu, la direction de l'usine a confirmé la reconduction du dispositif pour une troisième année. Mais c'est précisément ce succès qui cristallise le désaccord. FO, qui avait refusé de prendre position lors de la suspension de la CGT, a fait savoir discrètement qu'un accord de branche partiel — couvrant les seuls postes documentés par les protocoles d'entreprise existants — lui semblerait acceptable.
Le Ministère du Travail a enregistré cette ouverture sans fixer de date. Une reprise de table ronde élargie, intégrant FO dans un rôle d'intermédiaire, est évoquée pour l'automne. La CGT n'a pas dit non à cette configuration. Delmas a rangé son avant-projet de formulation. Il attend.
Sources
Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.
- Convention Citoyenne pour le Climat
- Solagro
- GIEC
- RTE
- France Stratégie
- Commission européenne
- Commission de l'intelligence artificielle
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
- DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
- INSEE
- DREES
- CEVIPOF
- RAMSES (IFRI)
- Ministère de la Culture - DEPS