Année 2046

Édition n°21 · dimanche 21 juin 2026

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2046 : ce qui tient, c'est ce qu'on accepte de documenter et de corriger

2046 : ce qui tient, c'est ce qu'on accepte de documenter et de corriger

Éditorial

2046 aura été l'année où tenir une position a coûté plus cher que de la réviser — et où cette révision a parfois produit quelque chose de plus solide que l'intransigeance initiale. À la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur, la révision partielle des périmètres ZAN sur les garrigues varoises est venue avant l'injonction judiciaire, non après : c'est une concession qui a changé la nature du dossier. À RTE, Marie Lecomte a résisté puis cédé sur la documentation morbihannaise — et les collectivités ont leurs contrats, le protocole est plus robuste qu'avant. À Roubaix, le directeur technique d'OVHcloud a appris à vendre ce qu'il refusait naguère de promettre : un périmètre limité, lisiblement tenu. Ce sont trois histoires différentes, mais elles partagent la même logique : la crédibilité ne vient pas de la promesse globale, elle vient de ce qu'on accepte de documenter, de contester et, le cas échéant, de corriger.

Cette logique traverse aussi les institutions. Isabelle Roux a tenu son tableau de bord sénatorial contre Bercy sans céder d'un décret. Nadia Ferhat a obtenu l'extension de son modèle à Marseille non par conviction doctrinale des élus, mais parce que le modèle concurrent avait épuisé son opérateur. À Safran-Toulouse, en revanche, la direction a demandé trois semaines supplémentaires et les postes vides dans l'atelier n'ont pas encore leur réponse. Toutes les lignes tenues ne gagnent pas — mais celles qui avancent en 2046 sont celles où quelqu'un a accepté d'être tenu pour responsable de ses résultats.

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3 articles à lire
Culture et art2 min de lecture

Grand Est : le fonds mutualisé tient sa première année, et la question du troisième poste revient

Un an après sa mise en place, le fonds de co-production mutualisé du Grand Est — négocié entre la directrice de la scène nationale de Nancy, le directeur de la DRAC Grand Est et les maires de six communes d'Alsace et des Vosges — a produit ses premiers effets concrets. En 2046, trois projets de cirque et deux de conte ont été coproduits et tournés dans des communes de moins de deux mille habitants, dont deux que les agents itinérants n'avaient pas pu atteindre depuis 2041 faute de budget de déplacement suffisant.

La directrice de la scène nationale de Nancy, qui avait documenté la création du fonds comme modèle de financement partagé, a présenté en septembre un bilan intermédiaire au Syndicat national des scènes publiques lors de ses journées Grand Est. Le modèle suscite un intérêt réel dans d'autres régions — plusieurs directeurs de scènes nationales ont demandé la documentation complète du montage juridique et financier. Selon le syndicat, l'hybridation réussie Grand Est constitue l'une des rares innovations de gouvernance culturelle de la période qui n'ait pas nécessité de financement central supplémentaire.

Mais la question du troisième poste à la DRAC — celui en Meurthe-et-Moselle que la ministre Hélène Morvan n'avait pas créé en février 2045, faute d'enveloppe déconcentrée suffisante — est revenue sur la table à la rentrée 2046. Les deux agents contractuels en poste peinent à couvrir l'ensemble des périmètres Saverne-Épinal en plus des nouvelles communes intégrées au fonds. La directrice de Nancy a transmis une note formelle au cabinet de la DRAC en octobre, avec des données de charge détaillées.

La baignade collective dans la Seine en juillet, événement relayé jusqu'en province, avait rappelé que certaines dynamiques culturelles tiennent moins aux structures qu'à ce que les habitants décident d'en faire. En Grand Est, c'est l'inverse : les structures ont tenu, mais elles attendent les moyens humains pour ne pas s'essouffler.

Lien social et communauté2 min de lecture

Marseille : la Direction des solidarités change de cap sur l'évaluation des sites Ferhat

Pendant plus d'un an, la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône avait maintenu sa position : évaluer les deux sites de supervision directe de Nadia Ferhat — Saint-Mauront et un second arrondissement — avant toute généralisation, et conserver le formulaire procéduralisé du troisième arrondissement comme modèle alternatif. Le revirement de 2046 est venu de là où personne ne l'attendait.

En mars, le travailleur social en charge du troisième arrondissement, celui qui avait accepté d'appliquer la version procéduralisée refusée par Ferhat, a démissionné de sa mission. Dans son courrier interne, il expliquait que les outils — fiches de suivi, protocoles de signalement, comptes rendus trimestriels — produisaient de la traçabilité sans produire de lien, et que le volume administratif l'empêchait d'exercer ce pour quoi il avait accepté le poste. La Direction des solidarités a difficilement trouvé un remplaçant.

Ce départ a changé le calcul institutionnel. Sans opérateur volontaire sur le modèle procéduralisé, la Direction ne pouvait plus maintenir sa comparaison entre les deux approches. En juin, après consultation de Ferhat, elle a acté l'extension du modèle direct à deux sites supplémentaires — non par conviction doctrinale, mais par défaut opérationnel. Ferhat a accepté, à la condition explicite que les nouveaux sites ne soient pas activés avant qu'elle ait pu former les bénévoles réguliers et établir un premier rythme de supervision.

L'évaluation formelle des deux sites originaux n'a pas encore produit ses conclusions. La Direction l'a repoussée à début 2047, le temps d'intégrer les quatre sites dans un même bilan. Ferhat, elle, a repris ses premiers lundis de mois dans les nouveaux arrondissements. Elle n'a pas attendu le rapport.

Énergie et ressources2 min de lecture

Morbihan : le second lot breton décroche son feu vert, au prix d'une révision de méthode

Pendant près de deux ans, Marie Lecomte avait maintenu la même ligne vis-à-vis de la Commission de régulation de l'énergie : les nœuds du Morbihan respectaient les mêmes principes que ceux du Finistère nord et des Côtes-d'Armor, entrés en service réel au premier trimestre 2045. Le protocole trimestriel d'audit des onduleurs avait tenu sans incident. L'architecture décentralisée avait prouvé sa robustesse. Il fallait simplement aller plus vite.

La CRE n'a pas partagé cette lecture. En janvier 2046, après plusieurs mois d'examen, elle a conditionné son accord sur le second lot à une modification substantielle de la documentation de câblage pour deux sites du centre Morbihan, jugés plus complexes que les premiers nœuds bretons en raison de leur raccordement à des unités de stockage thermique héritées de la reconversion de sites industriels. Lecomte, depuis le siège régional de RTE à Rennes, a d'abord résisté publiquement à cette demande, la qualifiant d'exigence sans précédent dans le cadre du protocole existant.

Le revirement est survenu en mars. Face à l'impossibilité d'activer les contrats des collectivités morbihannaises — plusieurs d'entre elles avaient anticipé la mise en service dans leur planification budgétaire —, RTE a accepté de produire la documentation complémentaire demandée. La CRE a accordé son accord formel en juin, sous réserve d'un audit renforcé lors du premier cycle trimestriel.

La concession n'est pas anodine : elle revient à admettre que le protocole unifié, que Lecomte avait défendu comme suffisant, ne couvre pas tous les cas de figure d'une architecture décentralisée en expansion. Pour la direction technique de RTE, c'est un apprentissage coûteux — mais les collectivités du Morbihan ont leurs contrats, et les nœuds complexes sont désormais couverts par un cadre plus robuste que celui qui avait suffi en Finistère.

Alimentation2 min de lecture

Stockage de printemps : la bataille silencieuse entre coopératives et négoce privé

Dans la plaine beauceronne, le printemps 2046 a produit une récolte de colza supérieure aux prévisions. Le résultat aurait pu être une bonne nouvelle sans réserve. Il a plutôt relancé un conflit latent que les bonnes années ont tendance à exacerber plutôt qu'à calmer : qui décide où le grain attend, et à quel prix.

La coopérative Terre et Progrès, dont André Lecomte préside le conseil d'administration depuis une décennie, dispose de silos suffisants pour absorber la récolte de ses adhérents. Mais une fraction significative des exploitants du plateau du Thymerais a cette année livré directement à deux négociants privés, attirés par des conditions de stockage différé plus souples et une prime à la qualité que la coopérative n'a pas proposée. Lecomte n'a pas caché son irritation lors de l'assemblée de juillet : selon lui, ce comportement affaiblit la capacité collective de la coopérative à négocier les prix en fin d'année, en dispersant les volumes au moment où la concentration aurait le plus de valeur.

Les négociants concernés, dont l'un est installé à Dreux depuis plusieurs générations, rejettent cette lecture. Ils font valoir que les adhérents de Terre et Progrès restent libres de leurs choix de commercialisation dès lors qu'ils respectent les apports minimaux statutaires — et que la coopérative n'a pas révisé ses barèmes de stockage depuis plusieurs campagnes.

La Confédération paysanne, qui suit le dossier depuis ses propres contentieux sur la planification alimentaire, a refusé de prendre parti. Elle observe que la tension entre mutualisation coopérative et liberté contractuelle individuelle est précisément ce que le débat parlementaire sur les contrats bilatéraux n'a pas tranché.

Lecomte a convoqué une réunion extraordinaire du conseil d'administration pour novembre. Les négociants n'y seront pas invités. Le rapport de force reste ouvert — mais c'est la coopérative qui a perdu des volumes cette année, et c'est elle qui devra expliquer comment elle compte éviter de les perdre encore.

Éducation et transmission2 min de lecture

La directrice de Sarcelles : six ans à tenir une ligne sans que personne ne la lui ait demandée

En septembre 2040, quand les académies de Créteil et Versailles avaient engagé l'extension de la transmission structurée aux zones prioritaires, la directrice de l'école de Sarcelles avait accueilli le dispositif avec une réserve que ses collègues avaient qualifiée de prudence de façade. Elle connaissait les outils, elle en acceptait le principe — mais elle insistait pour que les grilles d'inspection laissent une marge aux enseignants face aux imprévus de classe.

Six ans plus tard, cette réserve est devenue un dossier. Après l'épisode du collège Ampère de Villeurbanne en 2045 — où un néotitulaire avait construit un contre-exemple à voix haute pour répondre à une question imprévue d'élève, un geste que les grilles peinaient à catégoriser —, le corps d'inspection de Créteil avait relancé sa demande de révision des critères d'évaluation. La réponse du ministère était attendue au premier semestre 2046.

Elle est arrivée en mai, sous forme d'un document de cadrage qui reconnaît la légitimité de la demande sans en modifier les grilles : les inspecteurs sont invités à « tenir compte du contexte de classe » lors de la notation, sans que cette instruction soit formalisée dans les outils eux-mêmes. La directrice de Sarcelles, interrogée par la DEPP dans le cadre du suivi de l'extension lyonnaise, a répondu par écrit que le document ne changeait rien à sa pratique quotidienne — ce qu'elle faisait depuis 2040 consistait précisément à préparer ses néotitulaires à tenir le protocole et à en connaître les limites.

Le SNUipp-FSU a salué le document de mai comme un premier pas. SUD Éducation l'a contesté comme insuffisant, réitérant que les outils d'évaluation continuent de mesurer la conformité aux gestes plutôt que l'efficacité pédagogique. La DEPP attend les premiers éléments de bilan de l'extension lyonnaise pour l'hiver. La directrice de Sarcelles, elle, a repris ses observations de rentrée.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Sénat : Roux contre Bercy, la bataille du tableau de bord trimestriel

La procédure de suivi des décrets de transposition énergétique avait prouvé sa solidité institutionnelle au bilan d'Isabelle Roux en mars 2045 — vingt-trois décrets examinés, dix-sept conformes au calendrier, six ayant nécessité des clarifications, aucun retrait. En 2046, c'est ce même bilan qui est devenu l'objet d'un conflit ouvert avec Bercy.

La querelle a éclaté en février, lors de la préparation du second bilan annuel. La secrétaire générale du gouvernement a transmis à la commission des lois du Sénat une note interne contestant le périmètre du tableau de bord trimestriel : selon Bercy, plusieurs des décrets suivis par la commission relèvent de la compétence réglementaire pure et échappent au contrôle parlementaire au sens strict. La note demandait à Roux de restreindre le tableau de bord aux seuls textes ayant une base législative explicite.

Roux a refusé, de manière tout aussi nette qu'elle l'avait fait en mars 2044 sur la cosignature. Elle a fait valoir devant la commission, en séance publique en avril, que la distinction entre contrôle politique et suivi technique — validée dans le règlement intérieur après la reformulation de septembre 2044 — couvre précisément ces décrets, et que l'avis de Bercy ne lie pas la commission. Plusieurs membres de la commission ont soutenu sa position, y compris des sénateurs qui avaient exprimé des réserves sur le dispositif l'année précédente.

Le Conseil d'État, sollicité par Bercy pour un second avis, a rendu sa réponse en juin : il ne contredit pas la reformulation de 2044 et laisse la question du périmètre à l'appréciation des deux institutions. Bercy n'a pas insisté. Le bilan d'avril 2046 a couvert les mêmes décrets que celui de 2045. Roux a publié le tableau de bord sans modification de périmètre.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Salle de réunion, commission régionale de mobilité, Lyon, un jeudi d'octobre

La commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes avait reçu le rapport de l'expertise indépendante sur les flux du bassin de Pont-de-Claix en août, trois semaines avant la date initialement prévue. Le document avait circulé entre les membres sans être rendu public. Ce jeudi d'octobre 2046, la salle de réunion de la commission à Lyon accueillait pour la première fois depuis le début du litige le président de Grenoble Métropole, le maire de Sassenage, deux représentants des cinq employeurs du bassin chimique, et le directeur de Transisère.

L'expertise avait tranché sur un point précis : les flux générés par le covoiturage informel interne aux entreprises et par la navette Échirolles-Sassenage ne se superposaient pas aux lignes régulières de Transisère sur les créneaux concernés. La concurrence alléguée par Transisère depuis 2044 était réelle sur le papier tarifaire, mais marginale en termes de passagers détournés. L'opérateur public récupérait d'ailleurs une partie des usagers en dehors des heures de pointe.

Transisère n'a pas accepté ce résultat sans réagir. Son directeur a maintenu que le principe de la convention signée avec les employeurs crée un précédent juridique problématique pour l'ensemble du réseau régional, indépendamment des flux constatés. Le président de la Métropole, qui attendait cet avis depuis le gel des extensions de juin 2044, a demandé que la commission acte formellement la levée du gel sur les nouvelles conventions employeurs.

La commission a voté à une majorité nette pour lever le gel, tout en conditionnant toute nouvelle convention à une déclaration préalable de flux auprès de Transisère. Le maire de Sassenage a signé la déclaration de reconduction pour l'année suivante avant même de quitter la salle.

Numérique et technologie2 min de lecture

Le directeur technique d'OVHcloud : un homme qui a appris à vendre ce qu'il refusait de promettre

En 2040, quand le directeur technique d'OVHcloud avait reçu dans la salle de test du centre de Roubaix les premiers ingénieurs de l'ANSSI pour discuter de certification partielle, il n'avait pas caché son inconfort. Ce qu'on lui proposait — certifier un périmètre restreint, explicitement délimité, avec des exclusions lisibles — ressemblait à un aveu de limite là où il aurait voulu une démonstration de robustesse globale.

Six ans plus tard, cette trajectoire personnelle s'est inversée de manière suffisamment nette pour qu'il en parle lui-même, lors d'une présentation interne à l'équipe red team en avril 2046. Il y a décrit comment il avait progressivement cessé de voir la spécification lisible comme une concession et commencé à la traiter comme un actif : les deux nouveaux prospects entrés en contact fin 2045 avaient explicitement cité la granularité du périmètre certifié comme critère de choix, dans un contexte où d'autres opérateurs leur proposaient des engagements génériques non vérifiables.

Le cycle annuel de documentation avec l'ANSSI, dont le quatrième rendez-vous s'est tenu en juin 2046, a confirmé ce retournement. La red team, qui avait longtemps vu dans l'automatisation des audits un risque de dilution de la rigueur, a intégré les deux nouveaux formats de rapport exigés par les prospects sans friction. L'un des deux prospects a signé un contrat-cadre en septembre — sur un périmètre plus étroit encore que celui du troisième client, mais avec des clauses de révision annuelle permettant une extension documentée.

Le directeur technique a noté dans sa présentation d'avril : « On ne certifie pas ce qu'on fait. On certifie ce qu'on peut tenir. » L'équipe red team l'a reprise sans le commenter. C'est devenu, à Roubaix, quelque chose qui ressemble à une doctrine.

Relations internationales2 min de lecture

Hydrogène, normes, élections : la France à l'épreuve de sa propre crédibilité

À l'approche de l'élection présidentielle de 2047, la posture internationale de la France porte les traces de deux années de glissement discret mais mesurable. Les sites pilotes franco-allemands de Fensch-Moselle n'ont pas encore produit d'hydrogène vert à l'échelle industrielle — l'opérationnalité reste fixée à 2047 — mais le comité mixte franco-allemand a rendu sa première restitution annuelle devant les partenaires européens en juin 2046. C'est la première fois que Paris documente publiquement l'état d'exécution d'un engagement climatique bilatéral devant des tiers observateurs.

Ce mécanisme, modeste en apparence, a produit un effet de signal dans les négociations préparatoires à la prochaine session de la Convention-cadre des Nations Unies. La délégation française, qui avait négocié prudemment son glissement vers la vérifiabilité externe depuis novembre 2044, est désormais citée par plusieurs partenaires du Groupe 77 comme exemple d'adaptation du modèle normatif français à l'exigence de traçabilité que le Sud global pose comme condition d'écoute sur les transferts de technologie.

Mais l'échéance présidentielle crée une incertitude que les partenaires nordiques et la Commission européenne observent sans la nommer : les engagements pris dans un registre technique et sectoriel — hydrogène, réseaux décentralisés, certification numérique via OVHcloud — tiennent parce qu'ils ne dépendent pas d'un arbitrage politique de sommet. Leur continuité après un scrutin n'est pas garantie par des traités, mais par des protocoles d'agences. C'est précisément la fragilité que la coalition germano-nordique avait identifiée dès 2038. La France a comblé une partie de l'écart de crédibilité — il reste à voir si les institutions qui portent ces engagements survivront à la prochaine alternance.

Santé et corps2 min de lecture

SLA : l'instruction commune des ARS publiée, les disparités d'accès partiellement résorbées

En 2046, l'instruction commune que la Haute Autorité de santé avait annoncé préparer à l'issue de l'audition du docteur Ahmed Saïdi en juin 2045 a finalement été publiée, au début du printemps. Le document — signé conjointement par l'ARS Île-de-France et l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur — harmonise les protocoles d'aiguillage des patients éligibles à la thérapie génique SLA vers les centres de référence, en fixant une procédure commune d'évaluation préthérapeutique.

C'est un acquis que Saïdi ne célèbre qu'en partie. Le texte résout l'asymétrie la plus visible — Île-de-France délèguait aux hôpitaux généraux de proximité quand Provence-Alpes-Côte d'Azur centralisait sur les centres référents —, mais il ne traite pas la question plus profonde qu'il avait soulevée devant la HAS : l'accès dépend encore largement du médecin traitant et de l'information qu'il détient. Des patients bien informés, avec un neurologue référent actif, continuent d'accéder au traitement dans des délais acceptables. Les autres attendent.

Depuis la confirmation du remboursement intégral par l'Assurance maladie au printemps 2045, le nombre de patients orientés vers la Timone a augmenté. Saïdi et son équipe ont dû adapter leur organisation : les consultations préthérapeutiques sont désormais concentrées deux jours par semaine, avec un neurologue coordinateur dédié aux dossiers entrants d'autres régions. Ce dispositif informel tient, mais il repose sur des ressources non fléchées.

La HAS a pris note des remontées de Saïdi sur l'information des médecins traitants et envisage une campagne de sensibilisation auprès des réseaux de neurologie en ville. Aucun calendrier ferme n'a été annoncé. Ce que 2046 a définitivement installé, en revanche, c'est la légitimité du traçage des parcours patients comme outil de pilotage — Saïdi continue de documenter, et la HAS l'écoute.

Territoire et habitat2 min de lecture

ZAN : l'année où la garrigue a forcé l'État à retravailler ses cartes

L'audience d'automne 2046 devant le tribunal administratif de Marseille avait été inscrite au calendrier depuis la décision de printemps 2045, qui avait enjoint la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur à produire des validations terrain complémentaires sur les périmètres de garrigue contestés. Cette année, le dossier a franchi un seuil que la seule procédure judiciaire n'aurait pas suffi à atteindre.

Les écologues indépendants mandatés par Jean-Pierre Delacroix ont rendu leur contre-expertise en juin : leurs relevés de terrain dans plusieurs communes du Var et des Bouches-du-Rhône ont confirmé plusieurs incohérences dans les modélisations initiales de la DREAL, notamment sur la continuité des corridors en zones de reboisement post-incendie. Le rapport, soigneusement documenté, n'invalide pas l'ensemble des périmètres — il en conteste une fraction significative, suffisante pour que la DREAL engage une révision partielle avant l'audience.

C'est là le fait nouveau de 2046 : pour la première fois depuis le début du contentieux varois, la DREAL a elle-même amendé ses délimitations sans attendre une injonction judiciaire supplémentaire. La co-construction que le tribunal avait qualifiée de « forcée » l'année précédente est devenue, au moins sur ce dossier, une pratique acceptée. L'Association des maires de France, qui suivait la procédure avec une attention croissante, a pris note : plusieurs autres collectivités engagées dans des contentieux ZAN similaires ont sollicité les mêmes écologues indépendants.

Delacroix, à l'issue de l'audience d'automne, n'a pas parlé de victoire. La révision des périmètres hydrauliques liés aux zones de rétention des crues de 2043 reste ouverte, et le tribunal n'a pas encore statué sur ce volet. Mais le dossier a changé de nature : ce qui se jouait encore l'an dernier sur la seule qualité des documents se négocie désormais aussi sur le terrain. Pour les communes qui avaient engagé la procédure comme seul recours, c'est un résultat concret, même partiel.

Travail et économie2 min de lecture

Safran-Toulouse : quand l'automatisation force le calcul de l'emploi

Dans l'atelier d'assemblage de l'usine Safran-Toulouse, les néons du plafond éclairent depuis le printemps 2046 trois postes de travail que personne n'occupe plus. Les bras robotisés qui les ont remplacés assemblent les sous-ensembles de réducteurs à une cadence que la direction qualifie d'optimisée. C'est ce mot — optimisée — qui a mis le feu à la séance de négociation du mardi de septembre.

La direction avait présenté en août un plan de transformation de la ligne d'assemblage partiel, prévoyant l'extension de l'automatisation à une nouvelle série de postes d'ici la fin de l'année. Le document ne mentionnait pas de suppressions nettes d'effectif : il parlait de « redéploiement » vers des fonctions de supervision et de maintenance des équipements. Pierre Delmas, pour la CFDT, avait demandé dès la réception du document que le nombre de postes concernés soit précisé et que les affectations de redéploiement soient garanties nominativement avant toute décision.

Le délégué CGT, lui, avait posé une question plus directe : combien de salariés redéployés vers la supervision disposeraient réellement d'un poste en douze mois, et qui en répondrait si les formations promises ne débouchaient sur rien de concret ? La direction n'avait pas répondu lors de la première séance. Elle avait renvoyé à un document complémentaire que les syndicats n'ont pas reçu avant la réunion de septembre.

Ce mardi, la séance s'est tenue avec ce vide au centre de la table. Delmas a refusé de discuter du calendrier d'extension tant que les garanties de redéploiement n'étaient pas formalisées. FO a soutenu cette position sans l'avoir annoncé. La CGT a exigé un engagement écrit de la direction sur l'effectif supervisé dans dix-huit mois.

La direction a demandé un délai de trois semaines. Les syndicats ont accepté. Personne n'a parlé de victoire. Les trois postes vides dans l'atelier attendent toujours leur réponse.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS