Année 2050

Édition n°25 · jeudi 25 juin 2026

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2050 : ce qui tient, ce qui devient visible, et ce que ça oblige

2050 : ce qui tient, ce qui devient visible, et ce que ça oblige

Éditorial

Ce que 2050 révèle, c'est qu'une procédure bien construite peut traverser les alternances, les changements de tête et les résistances — à condition que quelqu'un accepte de la tenir assez longtemps pour qu'elle devienne plus forte que ceux qui l'occupent. Le tableau de bord sénatorial survit à Isabelle Roux. Les protocoles des Côtes-d'Armor existent enfin sous un nom documenté. La lecture conjointe du Luberon s'installe dans les cabinets d'avocats et commence à essaimer vers d'autres terrains contentieux. Ce n'est pas de l'inertie institutionnelle — c'est de la permanence construite, et la différence est considérable.

Mais cette année dit aussi que la formalisation d'une pratique change la pratique. À Béziers, l'infirmière coordinatrice qui organisait le couloir de nuit selon des critères invisibles se retrouve au cœur d'une négociation sur les qualifications et les responsabilités médico-légales — parce que son système a cessé d'être invisible. À Roubaix, OVHcloud et un hôpital public se découvrent en désaccord irréductible sur ce qu'on appelle une trace : l'un voit une vulnérabilité, l'autre une obligation juridique. Ce que ces deux histoires partagent, c'est le même piège : rendre visible ce qui fonctionnait dans l'ombre oblige à décider ce qu'on en fait, et cette décision ouvre des conflits que la pratique informelle évitait précisément.

Enfin, Terre et Progrès a repris l'initiative qu'elle était en train de perdre, et à Toulouse, Delmas a obtenu que trois postes stables soient versés au registre — pas une victoire, mais quelque chose de documenté. L'année 2050 avance ainsi : par des prises de données, des procédures qui tiennent, et des conflits qui trouvent enfin leur bonne adresse.

À la une

3 articles à lire
Numérique et technologie2 min de lecture

Roubaix, printemps 2050 : qui possède les traces d'une attaque ?

La question était sur la table depuis plusieurs semaines, mais c'est en avril, lors d'une session de travail au centre technique d'OVHcloud à Roubaix, qu'elle a pris une forme concrète et irréductible. Le prospect hospitalier – infrastructure publique attendant depuis l'automne 2049 que sa certification avance – avait transmis une exigence formelle : obtenir une copie complète des journaux de sécurité produits lors de chaque audit. Pas un résumé, pas un rapport de synthèse. Les logs bruts, horodatés, retraçant chaque événement détecté pendant les cycles d'analyse de l'équipe red team.

La direction technique d'OVHcloud a refusé. L'argument n'est pas procédural – il est architectural. Communiquer les journaux bruts, c'est exposer la cartographie interne des sondes de détection, révéler quels vecteurs d'attaque l'infrastructure surveille en priorité, et lesquels elle ne surveille pas encore. Pour un opérateur dont la valeur tient à la robustesse de son périmètre certifié, livrer cette carte à un client – fût-il un hôpital public – crée une vulnérabilité que l'ANSSI elle-même n'a jamais exigée.

Le prospect hospitalier tient sa position pour des raisons également légitimes : en cas d'incident touchant ses données de patients, la responsabilité médico-légale de l'établissement supposera de produire une traçabilité complète. Un résumé d'audit ne suffit pas devant un tribunal judiciaire. Ce n'est pas une question de confiance – c'est une contrainte juridique que l'hôpital ne peut pas contourner.

L'ANSSI, saisie de la divergence, se retrouve à arbitrer un conflit pour lequel il n'existe pas de précédent sectoriel documenté dans le domaine de l'hébergement souverain de données de santé. L'agence a ouvert une procédure de clarification, sans calendrier annoncé. Le troisième prospect attend. La deuxième phase du plan de montée en charge est suspendue à cet arbitrage. Et dans la salle de Roubaix, les deux parties ont rangé leurs dossiers sans avoir bougé d'un centimètre.

Relations internationales2 min de lecture

Après Fensch-Moselle : la France teste la valeur de ses précédents

La restitution franco-allemande de novembre 2049 avait produit deux documents distincts présentés en session commune – un format accepté par les partenaires, même s'il ne correspondait pas à ce que la coalition germano-nordique avait demandé. En 2050, cette architecture est mise à l'épreuve d'un contexte plus exigeant : les négociations multilatérales sur le transfert de technologie hydrogène au sein du Groupe des 77 ont placé le précédent de Fensch-Moselle sous une loupe que Paris n'avait pas tout à fait anticipée.

Le Groupe des 77 observe les divergences de format entre Paris et Berlin comme un indicateur de vérifiabilité réelle des engagements. Que la France produise ses propres documents d'audit, séparés des protocoles allemands, est interprété de deux façons selon les délégations : certaines y voient une garantie d'indépendance institutionnelle ; d'autres y lisent une façon de maintenir le flou sur les résultats effectifs. La délégation française a défendu à Genève, lors d'une session technique en mai, que les agences sectorielles – RTE, ANSSI – portent des engagements détachés des cycles électoraux. L'argument est reçu, mais il n'efface pas la question de la vérifiabilité croisée.

Ce que 2050 révèle, c'est que la crédibilité documentée à Fensch-Moselle n'est pas automatiquement transférable à d'autres enceintes. Chaque nouvelle négociation réexamine si le précédent tient. La Commission européenne, qui a suivi de près le dossier de certification OVHcloud et les tensions sur les protocoles bretons de RTE, note que la continuité institutionnelle française produit des effets concrets – mais que ces effets demeurent sectoriels, pas systémiques. La France démontre qu'elle peut tenir des engagements techniques dans la durée. Elle n'a pas encore démontré qu'elle peut en garantir la lisibilité commune avec ses partenaires.

Santé et corps2 min de lecture

L'infirmière coordinatrice de nuit, ou comment une pratique sort de l'ombre

Pendant dix-huit mois, elle a organisé le couloir des urgences de Béziers selon des critères que personne n'avait écrits. Un patient qui peut attendre va à gauche. Un patient qui ne peut pas est orienté différemment – pas vers le circuit standard, mais vers un parcours que l'équipe a progressivement construit, séance après séance, sans validation de l'ARS Occitanie ni de la Haute Autorité de santé. Le système fonctionnait parce qu'il était invisible.

En 2050, il ne l'est plus. La mission d'évaluation que l'ARS avait finalement validée à l'automne 2049 – calée sur les critères du CHU de Montpellier – a démarré en janvier. Les évaluateurs ont passé plusieurs semaines dans le service. Ce qu'ils ont trouvé dans le couloir de nuit n'était pas exactement ce qu'ils cherchaient : un protocole informel robuste, porté par une professionnelle dont le rôle officiel ne couvre pas les décisions d'orientation qu'elle prenait chaque nuit.

Le rapport intermédiaire, transmis à l'ARS en juin, a produit une situation inconfortable. Les évaluateurs recommandent de formaliser les pratiques observées, mais notent qu'une formalisation à l'identique supposerait de redéfinir les attributions de l'infirmière coordinatrice – ce qui ouvre une négociation sur les niveaux de qualification et les responsabilités médico-légales. Le Conseil départemental de l'Hérault, qui avait financé la mission, presse l'ARS d'aller vite. La HAS, elle, attend les résultats complets avant de se prononcer sur une éventuelle extension à Sète.

L'infirmière coordinatrice, elle, continue ses nuits au même rythme. Elle a reçu les évaluateurs avec courtoisie, répondu à leurs questions avec précision. Ce qu'elle pense de l'issue probable, elle le garde pour elle. Mais depuis le rapport intermédiaire, le chef de service lui a dit une phrase qu'elle n'avait pas entendue depuis dix-huit mois : « Ce que tu fais a maintenant un nom. »

Alimentation2 min de lecture

Terre et Progrès plie sur la trésorerie, mais tient sur les engagements

La réunion s'est tenue en salle 14 de la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir à Chartres, début octobre 2050. André Lecomte, président de la coopérative Terre et Progrès, avait demandé la convocation lui-même – chose rare, lui qui depuis deux ans préférait laisser la Confédération paysanne pousser les dossiers. Ce soir-là, il a annoncé que Terre et Progrès allait proposer à ses adhérents un instrument de préfinancement de récolte, adossé à ses propres réserves et à un partenariat avec le Crédit Agricole Centre Loire.

C'est le retournement que personne n'avait prévu. Depuis juin 2049, le glissement vers le négoce privé s'accélérait : deux exploitations de taille significative avaient quitté le giron coopératif, non sur les prix, mais parce que les délais de paiement ne correspondaient plus à leur trésorerie. La Confédération paysanne avait demandé un débat en chambre d'agriculture. La FNSEA observait. André Lecomte, lui, avait travaillé dans l'intervalle.

Le dispositif présenté n'est pas une révolution : il permet aux adhérents d'obtenir une avance sur récolte avant la mise en marché, selon des critères définis par le conseil d'administration de Terre et Progrès. La flexibilité offerte par les négociants privés – qui avancent des fonds sans condition de volume – reste supérieure. Lecomte ne prétend pas rivaliser sur ce terrain. Il défend autre chose : que les exploitations moyennes qui tiennent aux débouchés institutionnels – restaurants scolaires, collectivités – n'aient pas à choisir entre fidélité coopérative et survie de trésorerie.

Claire Moreau, dont l'exploitation a traversé ces arbitrages depuis deux saisons, a soutenu la proposition en chambre. Elle est l'une des premières à tester l'instrument dès la récolte d'automne. Le débat n'est pas clos – la FNSEA a réclamé des garanties sur la solidité financière du dispositif – mais Terre et Progrès a repris l'initiative qu'elle était en train de perdre.

Culture et art2 min de lecture

Aurélie Steinbach et la question du deuxième poste : une réponse qui change tout

Aurélie Steinbach dirige la scène nationale de Nancy depuis onze ans. Elle a vu passer plusieurs directeurs de la DRAC Grand Est, deux cycles de révision du fonds de co-production mutualisé, et une série de comités pilotage dont elle sortait chaque fois avec moins que ce qu'elle avait demandé et plus que ce qu'elle craignait de perdre. Le mail qu'elle avait envoyé au lendemain du comité de septembre 2049 – demander l'ouverture d'un deuxième poste d'agent itinérant pour la saison 2050 – était resté sans réponse formelle pendant des mois.

En avril 2050, la réponse est arrivée. Pas celle qu'elle attendait. La DRAC Grand Est n'a pas financé un deuxième poste itinérant rattaché à Nancy. Elle a ouvert un poste distinct, rattaché à la DRAC elle-même, avec un périmètre d'intervention centré sur les communes de Moselle et du Bas-Rhin – hors du territoire historiquement couvert par l'agent de Meurthe-et-Moselle. La DRAC a justifié ce choix par la nécessité de ne pas concentrer l'essaimage sur un seul pôle.

Si Steinbach a bien reçu la décision comme un gain – il y a maintenant deux agents itinérants en Grand Est – la structure change quelque chose : le deuxième poste ne dépend pas d'elle, ne rend pas compte à la scène nationale, ne sera pas formé selon la méthode d'aiguillage qu'elle a documentée avec l'agent de Meurthe-et-Moselle. Le Syndicat national des scènes publiques, qui s'opposait au fléchage des demandes, s'est abstenu de commenter – la DRAC lui a donné raison sur la forme sans lui demander son avis sur le fond.

Steinbach a rencontré le nouvel agent en juin, à sa propre initiative. Elle lui a transmis les conventions de résidence produites depuis trois ans. Il a pris note. Ce que les deux postes feront ensemble, ou séparément, reste à inventer.

Éducation et transmission2 min de lecture

Données DEPP : le syndicat qui les veut, et celui qui s'y oppose

La réunion paritaire s'est tenue dans une salle du rectorat de Lille, un jeudi de mars 2050. À l'ordre du jour, un seul point : que faire des données de cohortes que la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance doit rendre publiques d'ici quelques semaines sur les néotitulaires de la vague deux, suivis depuis la rentrée 2047. Trois ans de données. Des centaines d'enseignants observés dans des académies qui appliquent des grilles différentes. Le représentant du SNUipp-FSU a posé ses documents sur la table le premier.

Sa position est celle qu'il défend depuis mars 2049 : les résultats DEPP doivent nourrir une révision formelle du cadre national des grilles d'observation. Si les cohortes montrent que les néotitulaires évalués avec les critères qualitatifs de Lille progressent autrement que ceux évalués avec les critères gestuels de Créteil, alors le ministère a une obligation de tirer les conséquences. Procédure, documentation, consultation syndiquée – le calendrier peut être long, mais il doit exister.

Le délégué SUD Éducation Nord a attendu qu'il finisse. Puis il a répondu. Pour SUD, la question n'est pas ce que les données diront, mais ce qu'on en fera. Mobiliser des cohortes pour établir qu'une grille produit de meilleurs résultats que l'autre, c'est accepter que des néotitulaires soient hiérarchisés selon l'académie où le hasard les a affectés. Le résultat DEPP ne neutralise pas l'inégalité de traitement – il la documente après coup, quand le mal est fait.

Le représentant du SNUipp a répondu que refuser les données, c'est refuser tout levier de transformation. SUD a maintenu que le levier demandé – préavis de grève déposé en janvier – reste l'égalisation immédiate des grilles, pas leur évaluation différée.

Aucune des deux positions n'a bougé à l'issue de la séance. Les données DEPP arrivent quand même. Ce que chaque camp en fera, c'est une autre réunion.

Énergie et ressources2 min de lecture

Côtes-d'Armor : l'année où les protocoles ont enfin un nom

Il aura fallu attendre le premier semestre 2050 pour que les trois nœuds complexes des Côtes-d'Armor reçoivent des protocoles d'essai qui leur correspondent vraiment. C'est la bascule de cette année dans le dossier breton : non pas l'activation des contrats ni la mise en service des équipements, mais le fait que RTE et la Commission de régulation de l'énergie disposent désormais d'un cadre documentaire commun, construit en dehors des outils de simulation standard qui s'étaient révélés inadaptés aux interdépendances locales du réseau de distribution.

Marie Lecomte, ingénieure RTE au siège régional de Rennes, a porté ce travail pendant plus d'un an. La méthode retenue – associer les équipes mixtes RTE-CRE à des cycles d'essai itératifs plutôt qu'à une validation en une passe – a produit des résultats que ni l'un ni l'autre camp n'anticipait tout à fait. Certains comportements de réseau dans les Côtes-d'Armor ne se lisaient pas dans les modèles ; ils ont dû être documentés empiriquement, séance après séance. Le Conseil régional de Bretagne, qui attendait depuis l'automne 2049 un calendrier ferme, a finalement reçu en juin 2050 une feuille de route révisée : l'activation des contrats est maintenant conditionnée à la validation de la première phase de protocoles, attendue avant la fin de l'année.

La valeur de cet apprentissage dépasse le seul cas breton. À la CRE, la posture a changé : là où l'agence imposait des adaptations des outils existants, elle accepte désormais que certains nœuds justifient des protocoles inédits. Ce précédent intéresse les équipes techniques d'autres régions confrontées à des configurations comparables – notamment dans les zones littorales à forte densité d'énergies marines.

Les sous-traitants des deux sites prolongés en phase préparatoire ont enfin reçu un calendrier de reprises d'activité. Pas encore des dates fixes, mais une séquence lisible. Pour le Conseil régional, c'est une première depuis deux ans.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Le tableau de bord sans Roux : quand l'outil survit à sa conceptrice

Isabelle Roux ne préside plus la commission des lois du Sénat depuis le renouvellement de novembre 2050. Elle a passé la main à son successeur après six ans à la tête d'un dispositif qu'elle avait hérité fragile et qu'elle laisse installé. Le tableau de bord de suivi des décrets – périmètre défini par des textes votés, recours au Conseil d'État documenté, bilans trimestriels publiés sans attendre les orientations du gouvernement en place – continue de fonctionner. C'est le retournement de cette année : ce n'est plus Roux qui fait tenir l'outil, c'est l'outil qui valide que Roux avait raison.

Le premier bilan présenté par le nouveau président de la commission, en décembre 2050, a repris la même forme que les précédents : un tableau structuré, un état des décrets en retard, une liste de ceux honorés dans le semestre. Trois sénateurs de la nouvelle majorité ont tenté, lors de la séance de passation, de proposer un « allègement des indicateurs ». La secrétaire générale du gouvernement a rappelé que le périmètre est défini par des textes votés – les mêmes qui avaient contraint la précédente majorité. La proposition a été retirée sans vote.

Ce n'est pas une victoire éclatante. C'est quelque chose de plus discret et de plus solide : une procédure qui a survécu à deux alternances et à un changement à sa tête. Bercy, qui avait au départ résisté à la colégialisation des délais de décrets, produit désormais ses données dans le format standardisé sans commentaire particulier.

Roux a fait une déclaration brève lors de la passation : « Ce dispositif n'appartient à personne, et c'est pour ça qu'il peut appartenir à tout le monde. » Le nouveau président de commission a repris la phrase dans son premier communiqué. Intentionnellement ou non, il a ainsi signalé qu'il n'entendait pas s'en affranchir.

Lien social et communauté2 min de lecture

Quatorzième arrondissement : quand les associations veulent entrer dans la méthode

Le basculement est daté : c'est en février 2050, lors d'une réunion de bilan organisée par la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qu'un collectif d'associations du quatorzième arrondissement a formulé pour la première fois une demande que Karim Amara n'attendait pas. Trois structures – une association de médiation interculturelle, un collectif de parents d'élèves actif depuis plusieurs années dans le quartier, une épicerie solidaire implantée rue de la Maurelette – réclamaient non plus d'être des relais du dispositif de supervision directe, mais d'en devenir co-animateurs à part entière. Avec rémunération, mandat formel, voix délibérative sur les orientations des séances.

La demande n'était pas sans fondement : pendant les six premiers mois d'existence du cinquième site, ce sont ces mêmes structures qui avaient permis au dispositif de trouver ses premiers appuis dans un quartier aux réseaux fragmentés. Amara le reconnaît sans détour. Ce qu'il conteste, c'est la traduction institutionnelle de cette contribution. La méthode transmise par Nadia Ferhat repose sur une posture d'écoute que la co-animation risque de transformer en animation partagée – avec des intérêts associatifs qui ne coïncident pas toujours avec ceux des habitants les moins organisés.

La Direction des solidarités s'est retrouvée à arbitrer un conflit qu'elle n'avait pas anticipé. Elle a commandé une note juridique sur les modalités de rémunération des bénévoles structurants dans les dispositifs départementaux – une question qui dépasse le seul cas du quatorzième. La note est attendue pour l'automne.

Ce que 2050 a révélé, c'est que l'essaimage d'une méthode produit aussi des revendications sur sa propriété. Amara tient le cadre. Les associations tiennent leur demande. Et le Conseil départemental tient le rôle d'arbitre qu'il n'avait pas choisi.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Covoiturage informel : la commission régionale tranche, le Grésivaudan perd la bataille juridique

La commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes avait enregistré la demande des communautés de communes du Grésivaudan en juillet 2049 sans calendrier. En mars 2050, elle a rendu sa position : le covoiturage informel pratiqué par les salariés hors conventions patronales ne relève pas du périmètre du protocole de déclaration de flux adopté en 2048. Cette pratique reste hors cadre – ni interdite, ni reconnue, ni subventionnable via les dispositifs de mobilité régionaux.

Les représentants des communautés de communes du Grésivaudan avaient plaidé que l'absence de qualification juridique créait une zone grise fragilisant leurs propres dispositifs de mobilité subventionnée : des salariés du bassin chimique de Pont-de-Claix organisaient des trajets informels qui concurrençaient, sans s'y substituer, les lignes conventionnées. Le directeur de Transisère avait acté la demande tout en maintenant que ce type de pratique ne pouvait entrer dans son périmètre opérationnel sans cadre légal national.

La décision de la commission ne ferme pas le dossier – elle le renvoie vers le haut. Pour que le covoiturage informel soit qualifié et potentiellement intégré aux schémas de mobilité subventionnée, il faudrait une modification du cadre réglementaire national. La commission régionale n'a pas ce pouvoir, et elle l'a dit explicitement dans son avis de mars.

Le maire de Sassenage, qui observait le dossier depuis son lancement, a résumé la situation lors d'une réunion intercommunale en avril : « On a obtenu une réponse claire. Ce n'est pas celle qu'on voulait, mais au moins on sait où est la porte. » Les communautés du Grésivaudan ont acté l'avis et transmis une note au ministère délégué chargé des Transports. Sans illusion sur les délais – mais avec un dossier documenté.

Territoire et habitat2 min de lecture

Jean-Pierre Delacroix, l'avocat qui lit deux cartes à la fois

Il y a deux ans, Jean-Pierre Delacroix plaidait devant le tribunal administratif de Marseille pour que les données de terrain des écologues du Luberon aient le même poids que les modélisations agrégées de l'INRAE. Il avait obtenu une distinction, pas une hiérarchie : les deux corpus sont désormais complémentaires, et les communes doivent les lire ensemble avant toute autorisation agricole sur parcelles brûlées. En 2050, Delacroix mesure ce que cette décision a changé dans sa pratique quotidienne.

Depuis le début de l'année, son cabinet traite une série de dossiers d'autorisation sur les communes du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence riveraines du massif. La procédure de lecture conjointe s'est installée – non sans friction. Les maires doivent commander des relevés parcellaires aux écologues mandatés, puis les croiser avec les cartes pluviométriques de l'INRAE. Certaines communes, sous-dotées en ingénierie administrative, peinent à organiser cette double instruction. Delacroix s'est retrouvé à accompagner gratuitement plusieurs d'entre elles pour débloquer des dossiers qui stagnaient, faute de savoir quel bureau saisir en premier.

Ce glissement – de l'avocat plaidant contre une institution à l'avocat facilitant la procédure qu'il a contribué à créer – n'est pas anodin. Delacroix le reconnaît avec une ironie tranquille : « Quand on obtient une doctrine, il faut encore apprendre à s'en servir. » Ce qu'il observe, c'est que la méthode fonctionne là où les communes disposent d'un élu référent capable de coordonner les deux sources d'expertise. Là où cette figure manque, la lecture conjointe reste sur le papier.

Plus significatif encore : d'autres contentieux territoriaux commencent à invoquer le précédent du Luberon. Des avocats spécialisés dans les zones humides du delta du Rhône et des zones de landes régressives en Provence-Alpes-Côte d'Azur ont cité la distinction établie par le tribunal de Marseille dans des mémoires récents. Delacroix reçoit leurs appels. Il répond, mais prévient : transposer la méthode prend du temps, et chaque terrain a ses propres sources contradictoires.

Travail et économie2 min de lecture

Safran-Toulouse : la réunion de septembre a eu lieu, et elle n'a rien réglé

Pierre Delmas avait demandé la réunion de septembre par écrit, en mai. La direction de Safran-Toulouse avait répondu « besoins opérationnels courants » sans fixer de date. La date est venue quand même – le 18 septembre 2050, dans une salle de l'usine, sans le délégué CGT qui avait refusé de siéger tant que la direction n'aurait pas reconnu formellement que les trois postes redéployés depuis 2048 constituaient une compensation partielle des suppressions d'emploi de 2045.

Delmas, de la CFDT, a ouvert la séance sur un constat simple : la clause dite « Delmas » était honorée depuis deux ans, les trois postes étaient stabilisés, mais aucun engagement d'extension aux autres lignes de l'usine n'avait été formulé. Le délégué FO, assis en face, a rappelé que la garantie courait jusqu'au bilan de janvier 2048 – et que depuis, les postes tenaient par la seule décision opérationnelle de la direction, non par un texte.

La direction a présenté un document de trois pages intitulé « Note de cadrage – consolidation industrielle 2050-2052 ». Aucune mention d'extension de protocole. Aucune mention de négociation sur les lignes adjacentes. Le directeur des ressources humaines a parlé de « phase de stabilisation » et de « réexamen en 2052 selon les volumes ». Delmas a pris note. FO a demandé que la note soit versée au registre du comité social et économique. La direction a accepté.

La CGT, absente, a publié le lendemain une note interne : « Ce que la direction appelle stabilisation s'appelle clôture. Les trois postes tiennent. L'extension est enterrée. » Delmas ne conteste pas l'analyse. Ce qu'il défend, c'est que trois postes stables valent mieux qu'une promesse non documentée. Le désaccord entre les deux syndicats sur ce point dure depuis l'origine du protocole – et il n'est pas près de se refermer.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS