Année 2051

Édition n°26 · vendredi 26 juin 2026

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2051 : ce que tenir une méthode coûte à ceux qui l'ont construite

2051 : ce que tenir une méthode coûte à ceux qui l'ont construite

Éditorial

Ce que 2051 confirme, c'est qu'une méthode qui réussit change de nature au moment précis où elle réussit. Les protocoles d'essai de Marie Lecomte dans les Côtes-d'Armor, validés en février, font désormais l'objet de demandes de formation — elle qui plaidait pour leur reconnaissance se retrouve en position de référente institutionnelle, confrontée à la rigidité que la reconnaissance confère. À Béziers, l'infirmière coordinatrice a obtenu un titre et une fiche de poste : ses décisions sont désormais tracées, auditables, et elle travaille autrement qu'avant, même si ses gestes sont les mêmes. Dans le Luberon, la doctrine des lectures conjointes fonctionne — là où quelqu'un accepte d'en être responsable. Ces trois histoires disent la même chose : formaliser une pratique, c'est la protéger et la contraindre dans le même geste.

Mais 2051 dit aussi autre chose : les institutions qui tiennent leurs périmètres produisent des effets que leurs concepteurs n'avaient pas prévus. Le tableau de bord sénatorial survit à une nouvelle majorité, mais trois élus des Hauts-de-France l'interrogent sur sa frontière entre contrôle et politique. Karim Amara remplit les tableaux que le Département lui impose, et doit désormais mesurer ce qui résistait précisément à la mesure. À Roubaix, OVHcloud entre en 2052 avec une doctrine documentée et défendue — ce n'est pas rien.

Ce que l'année laisse visible, c'est que les avancées réelles de cette période ne sont pas des basculements mais des tenues : tenir un périmètre, tenir une procédure, tenir une ligne. C'est moins spectaculaire que de gagner. C'est aussi ce qui dure.

À la une

3 articles à lire
Travail et économie2 min de lecture

Salle B, Safran-Toulouse, un jeudi de mars

Il est neuf heures trente quand Pierre Delmas pose son dossier sur la table de la salle B du bâtiment de direction de l'usine Safran-Toulouse. Il n'y a pas de délégué CGT. Depuis l'automne 2050, c'est une constante : la salle B a perdu sa troisième chaise syndicale, et personne ne semble pressé de la remettre.

À l'ordre du jour : l'intégration des trois postes stabilisés dans le plan de réindustrialisation que le ministère de l'Économie et de la Cohésion des territoires vient d'annoncer pour les Hauts-de-France. Pas pour Toulouse — mais le directeur des ressources humaines de Safran a convoqué Delmas pour lui expliquer que le plan national rouvre, indirectement, la question des protocoles de reconversion dans les filières aéronautiques.

Delmas écoute. Le DRH présente deux pages sur les enjeux de compétitivité et les besoins prévisibles en formation pour les filières batteries et hydrogène. Il ne dit pas que les trois postes toulousains seront étendus. Il dit que la « phase de stabilisation » mentionnée dans la note de cadrage de 2050 pourrait « évoluer selon les volumes » — la même formule qu'en septembre.

Delmas pose sa question directement : est-ce que les trois postes stables deviendront une référence pour d'autres lignes en 2052, ou est-ce que le plan national efface le périmètre local ? Le DRH ne répond pas à cette question. Il répond à une autre : que les filières décarbonées créent des opportunités que la direction examine.

Le délégué FO demande si la note de cadrage sera mise à jour. Le DRH dit oui, avant la fin du premier semestre.

Delmas reprend son dossier. Il note dans le registre du CSE : « Réunion du 13 mars 2051 — plan national évoqué, aucun engagement de périmètre local. Mise à jour note cadrage annoncée avant juin. » C'est peu. Mais c'est versé au registre.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Le plan Hauts-de-France au prisme du tableau de bord : l'institution face à l'annonce

Le plan de réindustrialisation annoncé par le ministère de l'Économie et de la Cohésion des territoires pour les anciens bassins sidérurgiques du Nord et du Pas-de-Calais a produit un effet immédiat et inattendu sur les travaux de la commission des lois du Sénat : il a relancé, dès la session d'automne 2051, un débat sur le périmètre du tableau de bord de suivi des décrets.

Le conflit est précis. Trois sénateurs de la nouvelle majorité, issus des Hauts-de-France, ont demandé que les décrets d'application liés au plan d'investissement soient intégrés au tableau de bord dès leur publication, avec un calendrier de suivi rapproché. Le nouveau président de la commission a transmis la demande à la secrétaire générale du gouvernement, conformément à la procédure établie. La réponse est arrivée en octobre : les décrets relevant d'un plan d'investissement annoncé mais non encore traduit en texte législatif voté ne peuvent pas être intégrés au périmètre défini par la commission — qui ne suit que l'exécution de textes déjà adoptés.

Les sénateurs demandeurs ont contesté cette interprétation. Ils y voient une rigidité qui prive le dispositif de toute utilité préventive face aux annonces gouvernementales. La secrétaire générale a maintenu sa position : le périmètre n'est pas une préférence, c'est la condition de neutralité du tableau de bord. Étendre le suivi aux engagements non législatifs transformerait l'outil de contrôle en instrument politique.

Bercy a produit, dans ce contexte, une note rappelant que la Cour des comptes elle-même avait émis des réserves sur le calendrier de rentabilité du plan — sans que ce signal externe ne modifie le désaccord interne à la commission.

Le nouveau président a clos le débat de session sans modifier le périmètre. La demande des trois sénateurs est versée au procès-verbal. Elle reviendra.

Numérique et technologie2 min de lecture

Le directeur technique d'OVHcloud : une année à tenir une position

En 2051, le directeur technique d'OVHcloud n'a pas changé de cap. Il a tenu une position, ce qui, dans le contexte du centre de Roubaix, est une forme d'action à part entière.

Depuis qu'avril 2050 avait ouvert le conflit avec le prospect hospitalier sur les logs bruts horodatés, la situation était entrée dans une paralysie que l'ANSSI arbitrait sans calendrier déclaré. Pendant un an, le directeur technique a refusé deux fois de rouvrir la négociation sur l'architecture de surveillance : une fois en décembre 2050, quand le prospect a proposé un accès partiel aux journaux de sondes sous supervision conjointe ; une fois en mars 2051, quand l'ANSSI a formulé une demande de documentation complémentaire sur les vecteurs d'exposition.

Son argument n'a pas varié : ouvrir la cartographie des sondes de détection, même partiellement, expose l'architecture à des risques systémiques qui dépassent le seul cas hospitalier. Il a tenu cette ligne devant l'équipe red team, devant la direction commerciale qui voyait le troisième prospect attendre, et devant les représentants de l'ANSSI lors d'une réunion technique en juin.

Ce qui a changé en 2051, c'est la dynamique autour de lui. Le second prospect — dont le contrat-cadre fonctionnait sans friction depuis un an — a renouvelé son engagement pour un deuxième cycle. Ce renouvellement a renforcé la position du directeur technique en interne : la preuve que le périmètre restreint peut tenir et se développer sans céder sur l'architecture. La direction commerciale, qui poussait vers un compromis sur les logs, a accepté de lier la stratégie de croissance à ce périmètre plutôt qu'à une extension précipitée.

L'arbitrage de l'ANSSI sur le conflit hospitalier n'est pas rendu à la fin de l'année. Le troisième prospect attend encore. Mais OVHcloud entre en 2052 avec une doctrine d'architecture documentée et défendue — ce qui, selon le directeur technique lui-même, est la seule chose qui ne se négocie pas.

Alimentation2 min de lecture

Préfinancement à Terre et Progrès : l'instrument tient, la FNSEA exige des comptes

L'instrument de préfinancement de récolte qu'André Lecomte avait présenté en octobre 2050 à la chambre d'agriculture de Chartres est entré en phase opérationnelle dès le début 2051. Adossé aux réserves de la coopérative Terre et Progrès en partenariat avec le Crédit Agricole Centre Loire, il a permis à une partie des adhérents de la Beauce thimeraisienne de recevoir une avance de récolte avant la mise sur marché — sans recourir aux négociants privés dont les délais de paiement reconfigurés avaient fragilisé leur trésorerie l'année précédente.

Mais à l'automne 2051, l'instrument est devenu le foyer d'un conflit ouvert que Lecomte n'a pas pu éviter.

La FNSEA, qui avait demandé des garanties de solidité financière dès l'annonce de l'outil, a durci sa position en septembre. Dans un courrier adressé à la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir, la fédération a mis en cause les critères d'accès fixés par le conseil d'administration de Terre et Progrès : selon elle, ces critères favorisent les exploitations déjà engagées dans des débouchés institutionnels — restaurants collectifs, marchés publics locaux — au détriment des agriculteurs indépendants qui souhaiteraient rejoindre la coopérative sans renoncer à leurs acheteurs habituels. La FNSEA y voit une clause de fidélité déguisée incompatible avec la liberté de commercialisation.

Lecomte a répondu publiquement lors de la réunion mensuelle de la coopérative à Chartres, début octobre : l'instrument est conçu pour stabiliser les exploitations qui s'inscrivent dans des débouchés de moyen terme, pas pour concurrencer le négoce. « Nous ne finançons pas l'indécision commerciale », a-t-il dit, sans chercher à ménager.

Claire Moreau, qui teste l'outil sur son exploitation depuis le printemps, soutient la logique de Lecomte. Mais plusieurs adhérents de taille intermédiaire hésitent encore : la flexibilité du négoce privé reste supérieure, même au prix d'une trésorerie plus tendue. La Confédération paysanne observe sans trancher. Le débat reprendra en chambre d'agriculture en janvier.

Culture et art2 min de lecture

Grand Est : dispute sur ce que l'art rural est censé produire

Ce n'est pas la coexistence de deux agents itinérants qui a provoqué la dispute, au printemps 2051. C'est la question que cette coexistence rendait impossible d'éviter : une résidence longue dans une commune rurale de Meurthe-et-Moselle et un accueil de trois jours dans une salle mosellane relèvent-ils du même geste artistique ? Et si non, lequel mérite le label, le financement, la reconnaissance institutionnelle ?

Le Syndicat national des scènes publiques a mis le sujet sur la table lors d'une réunion avec la DRAC Grand Est en avril. Sa position est tranchée : l'art en milieu rural ne se mesure pas à la fréquence des passages, mais à la transformation durable du rapport des habitants à une pratique. Une résidence de plusieurs semaines qui crée des complicités artistiques locales ne saurait être mise sur le même plan qu'un accueil labellisé qui remplit une case administrative. Le syndicat demande à la DRAC de réviser ses critères de comptabilisation des interventions territoriales.

La DRAC n'a pas cédé sur le fond. Elle a répondu, en juin, que ses critères reflètent une réalité de terrain : dans des communes dépourvues d'équipement culturel permanent, un passage régulier et bien préparé vaut davantage qu'une résidence exceptionnelle qui ne laisse pas de relais local. Ce que le syndicat appelle profondeur, la direction régionale l'appelle parfois absence de continuité opérationnelle.

Aurélie Steinbach, dont le travail de terrain en Meurthe-et-Moselle sert de référence implicite dans chaque argument syndical, n'est pas intervenue publiquement dans ce débat. Elle a transmis au syndicat une note sur ses conventions de résidence, sans commentaire. Le désaccord entre le syndicat et la DRAC porte désormais sur une question que ni l'un ni l'autre ne peut trancher seul : ce qu'une présence artistique en territoire rural est censée laisser derrière elle, et à qui revient de le définir.

Éducation et transmission2 min de lecture

DEPP, Lille, et la longue patience d'un représentant syndical

Le représentant SNUipp-FSU de Lille n'a pas le profil d'un homme pressé. Depuis 2048, il suit le dossier des grilles d'observation des néotitulaires avec une régularité que ses interlocuteurs au rectorat qualifient volontiers de « tenace ». En 2051, cette ténacité a produit quelque chose de concret — et quelque chose d'inattendu.

Les données que la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance avait promis de rendre publiques au printemps 2050 sont effectivement arrivées, au rectorat de Lille d'abord, puis formellement au groupe de travail paritaire en janvier 2051. Elles portent sur plusieurs cohortes de néotitulaires suivis sur trois ans dans les académies de Lille et de Lyon, avec des grilles d'observation différentes selon les sites. Ce que le représentant SNUipp avait défendu — que les données DEPP nourrissent une révision formelle du cadre national — semblait enfin trouver son moment.

En mai, le ministère a ouvert une consultation sur l'harmonisation des grilles. C'est la première fois qu'une telle consultation est documentée sur ce périmètre précis depuis les modifications de Lille reconnues en 2049 comme adaptation locale. Le représentant SNUipp y voit la confirmation de sa méthode : la patience procédurale finit par forcer l'agenda.

Mais le délégué SUD Éducation du Nord n'a pas changé de position. Pour lui, la consultation reproduit le problème qu'elle prétend régler : elle prend du temps pendant que des centaines de néotitulaires continuent d'être évalués selon des grilles inégales selon leur académie. Il a refusé de participer au groupe de travail. « On ne peut pas consulter sur l'égalité. On l'applique ou on ne l'applique pas. »

Le représentant SNUipp a participé seul. Il a apporté les données DEPP, les tableaux comparatifs, et une proposition de grille unifiée révisée. Le ministère doit rendre ses arbitrages avant la rentrée 2052. C'est une date. C'est déjà quelque chose qu'il n'avait pas l'année dernière.

Énergie et ressources2 min de lecture

Bretagne : les protocoles d'essai changent de statut, et leurs auteurs de rôle

Pendant plus d'un an, Marie Lecomte avait défendu ses protocoles d'essai comme une nécessité technique face à des modèles standard inadaptés aux nœuds complexes des Côtes-d'Armor. La Commission de régulation de l'énergie les avait acceptés à titre provisoire, sous condition de documentation rigoureuse cycle après cycle. Ce que l'année 2051 a changé, c'est que cette relation s'est inversée : ce ne sont plus les protocoles qui attendent d'être validés, ce sont les équipes régionales qui attendent d'être formées pour les appliquer.

La validation de la première phase d'essais est intervenue en février, après un dernier examen conjoint RTE-CRE à Rennes. Le calendrier d'activation des contrats de sous-traitants, suspendu depuis des mois, a suivi dans les semaines suivantes. Ce déblocage était attendu, mais son effet s'est révélé plus large que prévu : plusieurs collectivités bretonnes et deux opérateurs de zones littorales d'énergies marines ont aussitôt demandé à bénéficier d'un cadre similaire pour leurs propres configurations de réseau.

C'est là que le revirement se produit. Lecomte, qui s'était battue pour faire reconnaître la légitimité de ses protocoles, se retrouve désormais en position de ressource institutionnelle plutôt qu'en position de plaidoyer. Le Conseil régional de Bretagne lui a formellement demandé, en mai, de contribuer à la rédaction d'un cadre documentaire commun à destination des futures zones à configurations inédites. La CRE a soutenu cette demande. RTE a désigné Lecomte comme correspondante technique pour ce travail d'essaimage.

Ce n'est pas un rôle qu'elle avait anticipé. Dans un échange interne circulé cet été, elle notait que la méthode itérative qu'elle avait construite dans l'urgence était désormais citée comme modèle, « ce qui lui confère une rigidité qu'elle n'avait pas quand elle servait à tâtonner ». La question de savoir comment préserver la capacité d'adaptation d'un protocole devenu référence reste ouverte — et c'est précisément ce problème que les équipes de la prochaine zone littorale devront résoudre.

Lien social et communauté2 min de lecture

Marseille, quatorzième : quand les bilans chiffrés ne mesurent pas ce qu'Amara fait

Depuis l'ouverture du cinquième site dans le quatorzième arrondissement en octobre 2049, Karim Amara n'avait jamais eu à justifier son travail dans les termes que le Département lui imposait désormais. Le retournement de 2051 est venu de là : non pas des associations qui réclamaient une présence formelle, mais d'un cadre d'évaluation que la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône a durci en début d'année.

La révision des conventions de subventionnement, appliquée à l'ensemble des dispositifs de supervision directe au printemps, introduisait des indicateurs de résultats trimestriels : nombre de séances documentées, taux de présence, trajectoires individuelles tracées vers des dispositifs d'insertion ou de soin. Des outils conçus pour les services d'accompagnement à l'emploi, appliqués à un dispositif dont la valeur repose précisément sur l'écoute non dirigée et la régularité relationnelle.

Amara a rempli les premiers tableaux en mai. Il a noté, dans le bilan transmis à la Direction en juin, que la grande majorité des participants au quatorzième ne relevaient d'aucun dispositif d'insertion formalisable — non par échec, mais parce que leur présence répondait à autre chose : isolement, perte de repères, besoin d'un lieu où rien n'était exigé. La case « orientation vers un dispositif » restait vide. Ce vide, dans la grille départementale, ressemblait à de l'inefficacité.

La Direction n'a pas supprimé le financement. Elle a demandé un rapport complémentaire pour le troisième trimestre, avec une qualification narrative des situations non quantifiables. C'est une concession, mais elle déplace la charge : Amara doit désormais produire de la preuve là où sa méthode fonctionnait précisément parce qu'elle n'en demandait pas. Nadia Ferhat, consultée à titre informel, a résumé le problème sans ménagement : « On lui demande de mesurer ce qui résiste à la mesure. S'il y arrive, c'est que ce n'était déjà plus pareil. »

Mobilité et échanges2 min de lecture

Val-d'Isère, salle du conseil de la communauté de communes Oisans, un mardi de septembre

La salle est petite pour le nombre de dossiers empilés sur la table. Le directeur de Transisère est venu en déplacement depuis Grenoble — fait inhabituel pour une réunion de communauté de communes. C'est le signe que le dossier transmis au ministère délégué aux Transports au printemps n'est pas resté sans suite, même si la réponse n'a pas pris la forme espérée.

Depuis que la commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes avait renvoyé la question de la qualification du covoiturage informel au niveau national en mars 2050, les communautés de communes de montagne avaient pris l'habitude d'attendre. Mais en septembre 2051, un courrier du ministère précise que la question est « à l'étude dans le cadre d'une révision partielle du cadre réglementaire des mobilités actives » — sans calendrier, sans garantie.

Le directeur de Transisère présente ce courrier comme une ouverture. Les représentants des communautés du Grésivaudan le lisent comme une formule de classement administratif. Une élue d'Oz-en-Oisans dit, sans détour : « Ça fait un an que le dossier est documenté. La porte est à l'étude. Ça ressemble à une porte qui ne s'ouvre pas. »

Pourtant, une décision concrète sort de cette réunion. Transisère propose de créer, en dehors du cadre réglementaire litigieux, une expérimentation locale de recensement volontaire du covoiturage informel dans les bassins de mobilité hivernaux des stations d'altitude — sans subvention, sans reconnaissance juridique, mais avec un protocole de données partagées. Les communautés votent pour. Ce n'est pas la qualification demandée. C'est une façon de ne pas attendre indéfiniment que le cadre national se décide, tout en gardant le dossier vivant.

Le directeur repart avec les premiers engagements de participation. Le courrier ministériel reste dans le dossier, sans réponse.

Relations internationales2 min de lecture

Engagements sectoriels, lisibilité commune : la France face à l'exigence de systémicité

À l'approche d'une année électorale majeure, la question de la continuité des engagements internationaux de la France prend une résonance particulière dans les enceintes multilatérales. Le précédent Fensch-Moselle — architecture documentée, restitutions distinctes mais présentées en session commune — continue de circuler comme référence dans les discussions du Groupe des 77 sur la vérifiabilité des transferts de technologie. Mais ce que la délégation française défend à Genève et ce que ses partenaires demandent divergent sur un point central.

Les agences sectorielles — RTE, ANSSI, les équipes techniques engagées dans les protocoles d'essai bretons — portent des engagements précis, documentés, détachés des cycles électoraux. La Commission européenne a noté, dans son suivi de mi-année, que cette continuité institutionnelle produisait des effets concrets sur les dossiers techniques. Mais la coalition germano-nordique, dans les négociations sur le transfert technologique hydrogène, maintient sa demande de garanties de vérification croisée autonome — ce que la France ne propose pas encore de façon systémique.

Ce hiatus — des engagements sectoriels solides, une lisibilité d'ensemble insuffisante — structure la position française dans les négociations de fin d'année. La délégation défend la cohérence par accumulation : les preuves existent, domaine par domaine, agence par agence. Ses interlocuteurs demandent un cadre qui permette de lire ces preuves ensemble, sans avoir à reconstituer l'architecture au cas par cas. C'est un écart de méthode autant que de confiance. Il restera ouvert bien au-delà du prochain scrutin.

Santé et corps2 min de lecture

Béziers : l'infirmière coordinatrice obtient un titre, et perd un peu de sa liberté

L'année 2051 restera comme celle où le système informel des urgences de nuit à Béziers a cessé d'être informel — et où les soignants qui l'avaient construit ont compris ce que cela signifiait vraiment.

Après le rapport intermédiaire de juin 2050 qui recommandait de formaliser les pratiques de triage de l'infirmière coordinatrice, l'ARS Occitanie avait ouvert une négociation sur la redéfinition des attributions et des qualifications. Cette négociation a abouti au printemps 2051 : l'infirmière coordinatrice de nuit a reçu un titre officiel, un périmètre de décision documenté, et une fiche de poste révisée qui reconnaît ses responsabilités de pré-orientation. Le chef de service avait dit que ce qu'elle faisait allait bientôt avoir un nom. Il avait raison.

Ce bilan est réel. Les décisions d'orientation qu'elle prenait seule dans le couloir — selon des critères que personne ne vérifiait — sont maintenant tracées, référencées, susceptibles d'audit. Le Conseil départemental de l'Hérault, qui pressait l'ARS depuis deux ans, a salué la décision comme une étape vers l'extension du modèle à Sète. La Haute Autorité de santé attend les premiers résultats d'évaluation formelle avant de se prononcer sur la généralisation.

Mais l'infirmière coordinatrice elle-même a confié à une collègue en juillet que quelque chose avait changé dans sa façon de travailler. Pas dans ses gestes — les mêmes critères, les mêmes nuits. Dans sa tête : chaque décision porte maintenant un poids médico-légal qu'elle ne portait pas quand le système n'existait officiellement pas. « Avant, je faisais ce que je pensais juste. Maintenant, je fais ce que le protocole permet. C'est souvent la même chose. Pas toujours. »

La distinction est petite. Elle est aussi ce que la formalisation produit, inévitablement : elle protège et elle contraint, dans le même geste.

Territoire et habitat2 min de lecture

Luberon : une doctrine s'installe, et révèle ses limites

Un an après que Jean-Pierre Delacroix avait mesuré la transformation de son cabinet en instrument de facilitation procédurale, l'année 2051 dresse un premier bilan sobre de ce que la doctrine des lectures conjointes peut produire — et de ce qu'elle ne peut pas.

Dans les communes de Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence, la procédure s'est solidifiée. Une dizaine de dossiers d'autorisation agricole sur parcelles brûlées ont été instruits depuis le début de l'année selon le protocole croisé — données INRAE et relevés d'écologues de terrain traités conjointement, sans hiérarchie entre les deux corpus. Pour les communes disposant d'un élu référent capable de coordonner ces sources, la mécanique fonctionne. Les délais d'instruction ont nettement diminué sur ces dossiers. C'est le seuil franchi cette année : la procédure n'est plus expérimentale, elle est devenue la voie normale pour plusieurs préfectures du secteur.

Mais l'année a aussi révélé, sans détour, le revers de cet acquis. Les communes qui ne disposent pas de cette figure de coordination — souvent les plus petites, les moins dotées en ingénierie administrative — stagnent devant les mêmes dossiers qu'en 2050. Delacroix a continué d'intervenir à titre gracieux dans plusieurs d'entre elles pour débloquer des lectures conjointes restées lettre morte faute de porteur local. C'est ce qu'il appelle désormais « la condition de la figure » : la doctrine fonctionne là où quelqu'un accepte d'en être responsable, pas ailleurs.

L'essaimage vers d'autres contentieux — zones humides du delta du Rhône, landes régressives — s'est amorcé plus lentement qu'espéré. Les avocats spécialisés dans ces terrains ont contacté le cabinet, mais la transposition prend du temps : les sources contradictoires ne sont pas les mêmes, le grain de terrain diffère. Delacroix l'a dit sans ambages lors d'une rencontre avec des juristes de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur en juin : « Ce qu'on a construit dans le Luberon n'est pas un modèle exportable, c'est une méthode à réapprendre à chaque terrain. »

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS