Année 2052

Édition n°27 · samedi 27 juin 2026

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2052 : ce qui devient visible oblige à décider

2052 : ce qui devient visible oblige à décider

Éditorial

Ce que 2052 révèle, c'est la distance entre deux formes de réussite : réussir à faire exister quelque chose, et réussir à le rendre lisible pour ceux qui décident de son avenir. Cette distance traverse l'année de part en part. À Roubaix, l'arbitrage de l'ANSSI a enfin débloqué un dossier immobile depuis dix-huit mois — une victoire partielle, mais une victoire : le dossier recommence à bouger. À Marseille, Karim Amara a remis un rapport qui prouve que quelque chose se passe dans le quatorzième arrondissement, sans pouvoir prouver que c'est le dispositif qui le produit. La direction a maintenu le financement. Ce n'est pas un blanc-seing ; c'est une suspension du jugement, et la différence est considérable.

Dans le même temps, le Syndicat national des scènes publiques a changé de terrain pour obtenir ce qu'il n'avait pas obtenu en restant dans le périmètre de la DRAC Grand Est — en saisissant directement le ministère de la Culture avec des données précises. Une note ministérielle est attendue. Ce déplacement tactique dit quelque chose d'important : quand la méthode locale échoue, c'est parfois le niveau d'adresse qui doit changer, pas l'argument.

C'est peut-être là la leçon transversale de cette année. Les avancées réelles — la HAS qui formalise l'entrée dans les dispositifs de santé, l'arbitrage sénatorial qui tient son périmètre en année électorale, Delmas qui documente une porte entrouverte — ne viennent pas de coups de force. Elles viennent de la persistance à rendre visible ce qui existe, jusqu'à ce que quelqu'un soit contraint d'y répondre.

À la une

3 articles à lire
Territoire et habitat2 min de lecture

Dans le delta du Rhône, la doctrine Luberon se heurte à un terrain qui ne lui ressemble pas

Pendant deux ans, Jean-Pierre Delacroix avait accompagné l'installation des lectures conjointes dans le Luberon et les Alpes-de-Haute-Provence comme une méthode exportable. En 2052, il a dû renoncer à cette conviction.

Le retournement s'est amorcé au printemps, lorsque les premiers dossiers de zones humides du delta du Rhône ont commencé à circuler entre son cabinet marseillais et les avocats spécialisés contactés pour transposer la procédure. Sur les parcelles brûlées du Luberon, la logique était lisible : deux corps de données — INRAE d'un côté, écologues de terrain de l'autre — se complétaient selon une hiérarchie que le tribunal administratif de Marseille avait lui-même posée en 2049. Dans les zones humides camarguaises, cette hiérarchie s'effondre. Les sources sont trois, parfois quatre, contradictoires sur la temporalité, disputées sur les définitions des espèces indicatrices. Aucune figure référente n'a émergé pour tenir la coordination : les collectivités régionales peinent à désigner un interlocuteur, les communes riveraines du Rhône manquent de ressources administratives, et plusieurs dossiers d'autorisation agricole stagnent depuis le début de l'année sans que personne ne soit en mesure de déclencher la procédure.

Delacroix a transmis en juin une note à la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur signalant que l'extension de la doctrine aux zones humides nécessiterait non pas un effort de transposition mais une refondation partielle du cadre procédural — avec des référentiels d'espèces actualisés et un porteur institutionnel désigné pour chaque bassin. La DREAL a accusé réception sans délai de réponse annoncé.

Le revirement n'invalide pas la doctrine du Luberon. Il en précise les conditions : elle fonctionne là où quelqu'un accepte de tenir le fil. Dans le delta, ce quelqu'un reste à nommer.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Le directeur de Transisère, entre deux dossiers

Le directeur de Transisère n'avait pas prévu de passer l'année 2052 à défendre deux chantiers simultanément qui ne se ressemblent pas. Le premier est ancien, documenté, inscrit dans les procédures de la commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes : le protocole de déclaration de flux des employeurs du bassin chimique de Pont-de-Claix, adopté en 2048, a tenu sans contentieux ni révision depuis quatre ans. Le second est une expérimentation locale de recensement du covoiturage informel dans les bassins de mobilité hivernaux, lancée à titre transitoire en septembre 2051 dans les communautés de l'Oisans et du Grésivaudan.

En 2052, le premier dossier a produit un résultat concret inattendu. Plusieurs employeurs conventionnés du bassin chimique ont demandé, via la commission régionale, l'extension du protocole de flux à leurs sous-traitants directs — qui ne relevaient pas du périmètre initial. La commission a transmis la demande à Transisère en juin. Le directeur a répondu qu'une extension était techniquement possible si les sous-traitants concernés consentaient à intégrer le dispositif de déclaration. Deux refus ont déjà été enregistrés. Les discussions se poursuivent.

Sur le covoiturage informel, la situation est plus fragile. L'expérimentation de recensement volontaire lancée dans l'Oisans a produit ses premières données au printemps : plusieurs centaines de trajets déclarés par des conducteurs volontaires, sans aucun cadre juridique, sans subvention. Transisère a transmis ces données au ministère délégué aux Transports en avril, accompagnées d'une note méthodologique. Le ministère n'a pas répondu à l'automne. Le directeur a décidé de ne pas suspendre l'expérimentation pour autant — les communautés participantes ne lui ont pas demandé de la suspendre.

En décembre, lors du pic de pollution aux particules fines qui a frappé la région parisienne et rappelé la fragilité des politiques de report modal, plusieurs élus de montagne ont relancé leur demande de cadre national. Le directeur a noté la résurgence du débat sans en modifier son calendrier.

Santé et corps2 min de lecture

À Sète, la formalisation change de camp

Pendant deux ans, la HAS avait dit qu'elle attendait les premiers résultats de l'évaluation formelle du modèle de Montpellier avant d'autoriser l'extension à Sète. En 2052, les résultats sont arrivés — et le retournement vient de là où on ne l'attendait pas.

Le rapport d'évaluation, transmis en mars à l'ARS Occitanie et au Conseil départemental de l'Hérault, a confirmé les effets documentés du dispositif d'articulation médecine de ville et urgences développé au CHU de Montpellier : réduction des délais de pré-orientation, meilleure lisibilité des flux pour les équipes soignantes, satisfaction mesurée des médecins de ville impliqués. Sur ces bases, la HAS a rendu en juin une recommandation favorable à l'extension à Sète — sous conditions.

Les conditions ont constitué le revirement. La HAS n'a pas demandé que Sète reproduise le protocole montpelliérain à l'identique. Elle a explicitement recommandé que chaque site adaptateur désigne un référent clinique local chargé de documenter les écarts entre le protocole de référence et les pratiques effectives. En d'autres termes : la formalisation que Béziers avait traversée douloureusement — titre, fiche de poste révisée, responsabilités médico-légales tracées — devient désormais la condition d'entrée dans le dispositif pour tout nouveau site, et non le résultat tardif d'une mise en visibilité.

L'ARS Occitanie a transmis la recommandation au centre hospitalier de Sète en septembre. Les équipes soignantes du site y ont vu à la fois une opportunité et une charge : créer le rôle de référent clinique signifie le définir, le financer, et trouver qui l'occupera dans un contexte de tensions de recrutement persistantes sur le littoral héraultais.

Le docteur Ahmed Saïdi, depuis l'hôpital de la Timone, a reçu une demande de conseil méthodologique de Sète. Il a accepté de transmettre les outils de documentation développés à Marseille. La conversation a commencé.

Alimentation2 min de lecture

Chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir, salle 14, jeudi de janvier

À huit heures trente du matin, la salle 14 de la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir n'est pas encore pleine, mais les représentants de la FNSEA sont déjà installés au fond, à gauche. Claire Moreau arrive avec une chemise cartonnée sous le bras. La Confédération paysanne envoie un observateur qui prend place sans serrer de mains. Personne ne s'assoit côté FNSEA.

Le débat prévu en janvier porte sur les critères d'accès à l'instrument de préfinancement de récolte de Terre et Progrès, opérationnel depuis le début de l'année. La FNSEA avait formalisé ses objections à l'automne 2051 dans un courrier à la chambre : les critères, plaide-t-elle, favorisent les exploitations liées aux débouchés institutionnels — restaurants collectifs, marchés publics — au détriment de ceux qui vendent en circuits traditionnels. André Lecomte avait répondu depuis Chartres que l'instrument ne financait pas l'indécision commerciale. Le débat revient aujourd'hui dans ce format paritaire, avec une table arbitre que personne n'a voulu animer.

La matinée commence par un tour de table. Un adhérent de taille intermédiaire, dont l'exploitation jongle depuis deux saisons entre avances de Terre et Progrès et délais du négoce, prend la parole le premier. Il décrit la clause de fidélité non comme une contrainte idéologique mais comme une impossibilité pratique : certaines années, un acheteur privé rembourse plus vite. Il n'est pas là pour soutenir la FNSEA. Il est là parce que sa trésorerie l'oblige à poser la question.

Moreau écoute sans prendre de notes. Elle connaît ce profil d'exploitation depuis longtemps. Ce qu'elle observe, c'est que la FNSEA s'est emparée d'une vraie tension — la flexibilité contre la fidélité — pour en faire un argument de périmètre qu'elle n'aurait pas formulé seule.

Lecomte n'est pas là. Il a envoyé un message lu par la directrice de la coopérative : les critères ne bougent pas avant un bilan de la première campagne complète. La FNSEA demande que ce bilan soit rendu public avant l'assemblée générale de printemps. La chambre prend note.

Culture et art2 min de lecture

Grand Est : le syndicat obtient gain de cause sur les critères, la DRAC tient son cap

Le revirement de 2052 est venu du Syndicat national des scènes publiques — et il a pris tout le monde de court, y compris la DRAC Grand Est.

Depuis le printemps 2051, le désaccord portait sur la définition des interventions artistiques en milieu rural : résidence longue contre passage préparé, présence durable contre régularité documentée. La DRAC avait maintenu ses critères de comptabilisation en juin 2051, estimant que le passage régulier bien préparé valait davantage qu'une résidence exceptionnelle sans relais local. Le syndicat avait demandé une révision. Rien n'avait bougé.

En janvier 2052, le syndicat a changé de stratégie. Plutôt que de continuer à défendre la résidence longue comme critère supérieur dans les discussions avec la DRAC, il a saisi le ministère de la Culture directement, en s'appuyant sur les données comparatives produites par le fonds de co-production mutualisé du Grand Est : les conventions de résidence signées depuis 2049 en Meurthe-et-Moselle montraient une continuité de la relation entre artistes et communes que les passages labellisés ne généraient pas dans les mêmes proportions. Hélène Morvan, ministre de la Culture, a demandé à son cabinet de produire une note d'analyse d'ici l'été.

La DRAC Grand Est a appris l'existence de cette saisine en mars, par le ministère lui-même. Elle n'avait pas été consultée en amont. Son directeur a répondu par écrit que les données du fonds de co-production mutualisé ne couvraient qu'une partie du territoire et ne permettaient pas de tirer des conclusions généralisables.

Aurélie Steinbach, dont le travail en Meurthe-et-Moselle constitue le cœur des données invoquées, n'est pas intervenue dans ce nouvel épisode. Elle a transmis au syndicat, en réponse à une demande, un bilan actualisé de ses conventions. Elle l'a fait sans commentaire.

La note ministérielle est attendue à l'automne. La DRAC prépare sa réponse.

Éducation et transmission2 min de lecture

Rentrée 2052 : l'harmonisation des grilles entre dans le temps de l'arbitrage

L'année 2052 marque un seuil dans l'histoire longue du dossier des grilles d'observation des néotitulaires : pour la première fois depuis que les académies de Lille et de Lyon ont divergé dans leurs pratiques d'évaluation, une décision ministérielle est attendue avant la rentrée de septembre. La date a été posée en 2051. Elle tient.

Le groupe de travail paritaire constitué en janvier 2051, alimenté par les données de cohortes de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance, a rendu ses conclusions au printemps. Le représentant SNUipp-FSU de Lille, qui a porté ce dossier avec une régularité documentée depuis 2047, y a déposé une proposition de grille unifiée révisée. Le ministère a reçu ce document et s'est accordé jusqu'à la rentrée pour rendre ses arbitrages.

Ce qui a changé en 2052, c'est la nature de l'attente. En 2051, l'enjeu était de savoir si une consultation aurait lieu. Elle a eu lieu. En 2052, l'enjeu est de savoir ce que le ministère arbitrera dans la grille : maintenir des variations académiques encadrées dans un référentiel commun, ou adopter une grille nationale uniforme que le délégué SUD Éducation Nord appelait de ses vœux depuis le début — et que sa non-participation au groupe de travail n'a pas permis de défendre depuis l'intérieur.

Le délégué SUD n'a pas infléchi sa position. Il a maintenu que la consultation reproduisait le problème qu'elle prétendait régler : pendant que les syndicats négocient des nuances de grille, des centaines de néotitulaires continuent d'être évalués selon des critères inégaux selon leur académie de rattachement.

Le SNUipp, lui, a obtenu ce qu'il visait depuis 2047 : un arbitrage daté, une procédure documentée, une grille sur la table. Que l'arbitrage lui donne satisfaction ou non, le fait qu'une date existe est, pour lui, une victoire de méthode. Le ministère rendra sa décision avant septembre.

Énergie et ressources2 min de lecture

Zones marines : la méthode Lecomte face à ses premiers dissidents institutionnels

Depuis que Marie Lecomte a été désignée correspondante technique de RTE pour l'essaimage des protocoles itératifs, en février 2051, la méthode brevetée sur les nœuds complexes des Côtes-d'Armor circule dans les régions. En 2052, cette circulation a produit son premier conflit ouvert.

L'affrontement oppose RTE et la Commission de régulation de l'énergie sur un point précis : les opérateurs des zones littorales d'énergies marines de la façade atlantique — du Cotentin jusqu'aux approches de la Charente-Maritime — réclament que le cadre documentaire commun élaboré en Bretagne devienne contraignant pour leurs propres demandes de raccordement. La CRE s'y oppose. Dans une position transmise en septembre aux opérateurs concernés, elle rappelle que le cadre breton n'a été validé que comme documentation des adaptations nœud par nœud, et non comme grille d'instruction généralisable. Imposer ce cadre à des configurations différentes, plaide la CRE, reviendrait à transformer une méthode d'apprentissage en procédure rigide — exactement ce que Lecomte avait voulu éviter.

Les opérateurs atlantiques, eux, voient la situation autrement. Plusieurs ont fait valoir auprès du Conseil régional des Pays de la Loire que l'absence de cadre commun documenté allonge les délais de validation de leurs propres demandes de raccordement, parfois de plusieurs mois. Ils réclament moins une norme qu'une grille de lecture partagée, et considèrent que la position de la CRE les contraint à reprendre à zéro des démonstrations déjà produites en Bretagne.

Lecomte, depuis Rennes, est dans une posture inconfortable. Ceux qui lui demandent de trancher — les opérateurs atlantiques, certains services régionaux de RTE — lui confèrent une autorité qu'elle n'a pas et qu'elle n'a pas demandée. Sa note de contribution au cadre documentaire commun, remise au Conseil régional de Bretagne au printemps, a été lue par les opérateurs atlantiques comme un appui à leur demande. La CRE, elle, l'a lue comme un document technique non transposable.

L'arbitrage appartient à la CRE. Aucun calendrier n'a été communiqué.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Salle Clemenceau, mars 2052 : le tableau de bord face à l'année électorale

Ce matin de mars, dans la salle Clemenceau du Sénat, le nouveau président de la commission des lois ouvre la séance trimestrielle de suivi avec une phrase que ses prédécesseurs n'avaient pas eu à prononcer : « Cette réunion se tient en année électorale. Je rappelle que le périmètre du tableau de bord ne change pas selon les calendriers politiques. »

La phrase n'est pas anodine. L'élection présidentielle approche, et avec elle la pression habituelle sur les dispositifs de contrôle parlementaire : certains voudraient les alléger pour ne pas fragiliser le gouvernement sortant, d'autres voudraient les muscler pour documenter les promesses non tenues. Le tableau de bord, tel qu'il a été défini depuis sa fondation, ne fait ni l'un ni l'autre : il suit les décrets d'application des textes déjà adoptés, rien de plus.

Les trois sénateurs des Hauts-de-France qui avaient demandé l'intégration des engagements liés au plan de réindustrialisation renouvellent leur demande ce matin, en séance, sous une forme légèrement différente. Ils ne demandent plus l'extension permanente du périmètre. Ils demandent un rapport annexe, sans valeur normative, listant les décrets d'application des engagements gouvernementaux liés au plan — un document adjacent, publié simultanément mais distinct du tableau de bord.

La secrétaire générale du gouvernement, présente en observatrice comme à chaque séance depuis 2049, ne prend pas position immédiatement. Elle demande une semaine pour examiner si une telle annexe serait compatible avec la procédure sans en modifier la portée.

Bercy transmet en séance ses données du trimestre. Deux décrets retardés sont signalés. Aucun commentaire politique ne les accompagne. C'est exactement ce que le dispositif avait prévu.

Lien social et communauté2 min de lecture

Marseille : le rapport narratif d'Amara face à la direction, deux lectures d'un même vide

Le rapport complémentaire que la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône avait demandé à Karim Amara pour qualifier les situations non quantifiables du quatorzième arrondissement a été remis en mars 2052. Il a produit un conflit d'interprétation que ni la direction ni Amara n'avait tout à fait anticipé.

Amara avait pris la commande au sérieux. Son rapport décrit, sur une trentaine de pages sans tableau ni graphique, une douzaine de trajectoires individuelles — anonymisées — de personnes fréquentant le dispositif depuis plusieurs mois. Il montre comment la régularité du lien, le fait de revenir chaque semaine dans le même espace sans qu'on leur demande de justifier leur présence, a constitué pour certaines d'entre elles un point d'ancrage qui a précédé — parfois de plusieurs mois — toute démarche d'insertion formalisable. Il ne revendique pas de causalité. Il décrit.

La direction a reçu le document en avril. Sa réponse, formulée lors d'une réunion bilatérale en mai, a reconnu la qualité du travail. Elle a aussi posé la question qui divise : ce rapport prouve que quelque chose se passe, mais il ne prouve pas que c'est le dispositif qui le produit. Pour la direction, la question n'est pas malveillante — elle est institutionnelle. Si d'autres lieux produisent les mêmes effets sans financement dédié, le rapport ne justifie pas le financement.

Amara a répondu que cette question-là ne pouvait pas recevoir de réponse à partir de son seul dispositif, et qu'exiger cette preuve revenait à lui demander de concevoir une expérimentation contrôlée dans un espace qui fonctionnait précisément parce qu'il n'était pas expérimental.

Nadia Ferhat, consultée informellement par la direction, a dit qu'Amara avait raison sur le fond et tort sur la forme : le rapport donnait beaucoup à lire et rien à décider. La direction a maintenu le financement pour 2052. Elle a demandé un point d'étape à l'automne.

Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud 2052 : l'année où l'arbitrage de l'ANSSI a rendu son verdict

Ce que 2052 a changé dans l'histoire d'OVHcloud, c'est qu'une décision attendue depuis dix-huit mois a finalement été rendue. L'arbitrage de l'ANSSI sur le conflit des logs bruts avec le prospect hospitalier, suspendu depuis le printemps 2050, est arrivé en février — et il a tranché contre OVHcloud sur la forme, sans lui donner tort sur le fond.

L'ANSSI a conclu que la demande d'accès aux logs bruts horodatés formulée par le prospect hospitalier était juridiquement fondée au regard des obligations de traçabilité médico-légale définies par la réglementation en vigueur. Elle a simultanément reconnu que la position du directeur technique — refus d'exposer la cartographie des sondes de détection au motif que cela créerait une vulnérabilité systémique — relevait d'une logique d'architecture défendable. La décision recommande donc non pas une capitulation de l'un ou de l'autre, mais une médiation technique supervisée par l'ANSSI elle-même, avec un calendrier de six mois pour produire un accord d'accès partiel aux journaux sous conditions de compartimentage.

Le directeur technique de Roubaix a accepté d'entrer dans cette médiation. L'équipe red team a été sollicitée pour préparer un schéma de compartimentage. Ce n'est pas ce qu'il avait défendu depuis le début — il avait dit que la ligne ne se négociait pas. Mais la médiation supervisée lui permet de tenir l'architecture sans la livrer intégralement. C'est suffisamment différent d'une capitulation pour qu'il ait accepté.

La direction commerciale, qui poussait depuis deux ans vers un compromis accéléré, a vu dans l'arbitrage la validation de sa patience — ou de la sienne. Le second prospect, dont le contrat-cadre fonctionne depuis 2049, a renouvelé son engagement pour un troisième cycle annuel sans modification des termes. Le troisième prospect hospitalier attend la conclusion de la médiation avant de signer.

En 2052, OVHcloud sort d'un immobilisme forcé. Ce n'est pas une victoire. C'est un dossier qui recommence à bouger.

Relations internationales2 min de lecture

France en 2052 : l'architecture sectorielle à l'épreuve de l'année électorale

L'année électorale que traverse la France en 2052 n'a pas affaibli la posture internationale de ses agences sectorielles — RTE, ANSSI, les équipes techniques qui portent les engagements dans les enceintes multilatérales. Ce que la campagne présidentielle a en revanche rendu visible, c'est la fragilité structurelle d'un modèle où la continuité technique compense l'absence d'architecture lisible d'ensemble.

Dans les négociations du Groupe des 77 sur les transferts de technologie liés à l'hydrogène, la délégation française défend toujours la même position : les engagements sont réels, précis, vérifiables agence par agence. La coalition germano-nordique reconnaît la solidité des livrables sectoriels. Elle demande depuis deux ans un cadre permettant de les lire ensemble. La France ne l'a pas produit. En 2052, ce hiatus n'est plus perçu comme une maladresse de présentation. Il commence à être interprété, chez certains partenaires, comme une difficulté structurelle à gouverner des engagements dispersés depuis un centre politique en transition.

La Commission européenne, qui avait noté en 2051 que la continuité institutionnelle française produisait des effets concrets, a actualisé son appréciation : les effets sont là, les preuves s'accumulent, mais la vérification croisée autonome que demandent plusieurs États membres reste absente. Sans cette vérification, la crédibilité française demeure sectorielle — forte là où une agence identifiée porte un dossier précis, opaque partout ailleurs.

Le précédent de Fensch-Moselle continue de circuler comme référence dans les discussions multilatérales. Il illustre ce que la France sait faire. Il n'a pas encore démontré que ce savoir-faire est reproductible à l'échelle d'une architecture d'engagement cohérente. C'est cette démonstration-là qui attend, bien au-delà du scrutin de printemps.

Travail et économie2 min de lecture

Pierre Delmas, une décennie à tenir un périmètre qui n'est jamais devenu grand

Pierre Delmas a fêté ses vingt ans de présence chez Safran-Toulouse en mars, discrètement, dans les couloirs entre deux réunions. Il n'en a pas fait mention lors de la séance du CSE qui suivait. Ce n'est pas son style.

Ceux qui l'ont vu travailler depuis la clause Delmas de 2047 savent qu'il a construit sa posture syndicale sur une conviction simple : documenter ce qui existe plutôt que réclamer ce qui n'existe pas encore. Les trois postes redéployés — supervisés, pourvus, stabilisés — sont sa réussite la plus tangible. Pas la plus spectaculaire. À aucun moment la direction n'a accepté de les ériger en modèle pour d'autres lignes.

En 2052, ce statu quo a trouvé une forme d'issue inattendue. La note de cadrage industriel dont la mise à jour avait été promise par le DRH pour juin 2051 est finalement arrivée en janvier — avec six mois de retard. Elle ne mentionne pas l'extension des trois postes à d'autres lignes. Elle ne l'exclut pas non plus. Le document consacre deux paragraphes aux filières batteries et hydrogène dans le cadre du plan de réindustrialisation des Hauts-de-France, en signalant que des besoins de formation interne seront évalués d'ici la fin de l'année. Le délégué FO a aussitôt demandé que les trois postes existants soient cités comme expérience de référence dans cette évaluation. La direction a dit qu'elle prendrait note.

Delmas a enregistré l'échange au registre du CSE. Il l'a fait sans commentaire, sans entourer le mot « référence » au stylo, sans envoyer de note interne. La CGT, absente de la table depuis des années, a publié une analyse interne qualifiant l'ensemble de procédure sans portée.

Ce que Delmas voit dans la note de janvier, c'est une porte entrouverte qui n'avait pas été mentionnée en 2051. Pas une promesse. Une trace. Il a appris à distinguer les deux, et à travailler avec la seconde quand la première n'existe pas.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS