
2053 : quand la reconnaissance ne dit pas ce qu'elle engage
Éditorial
Ce que 2053 révèle d'abord, c'est le prix singulier de la reconnaissance. À Saint-Brieuc, Marie Lecomte assiste à la réunion où son travail est adopté, transformé, réduit — sans qu'on lui demande de valider les coupes. À Roubaix, le directeur technique d'OVHcloud signe un contrat qu'il n'aurait pas signé il y a trois ans, parce que son équipe a su cloisonner sans céder. À Blagnac, les trois postes documentés par Delmas sont cités dans une évaluation et disputés aussitôt par les syndicats qui en interprètent le sens. Ce que ces histoires ont en commun, c'est que la reconnaissance d'un acquis ne règle jamais la question de ce qu'il signifie pour la suite.
L'autre dynamique de l'année, c'est celle du porteur absent. Dans le delta du Rhône, la DREAL accuse réception, le Gard renvoie au Rhône, le Rhône renvoie à l'État : le dossier stagne parce qu'aucune institution n'accepte la responsabilité de le tenir. À Sète, la condition que la HAS a posée — un référent clinique — se retourne contre les sites les moins dotés, faute de fléchage de financement. La condition juste peut devenir le verrou qui bloque ceux qu'elle était censée protéger.
Mais 2053 n'est pas une année d'impuissance. La grille nationale d'observation des néotitulaires existe, elle s'applique à la rentrée. Le tableau de bord sénatorial traverse une troisième alternance et commence à être cité comme procédure de référence. Le protocole de flux du bassin chimique de Pont-de-Claix est désormais étendu sans débat. Ce qui avance, cette année, avance précisément parce que quelqu'un a accepté d'en être responsable — et tenu.
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3 articles à lireLa note ministérielle divise : la DRAC Grand Est refuse de céder sur les critères
La note que le cabinet de la ministre de la Culture attendait depuis l'automne 2052 a été rendue en mars 2053.
2 min de lecture →Lien social et communautéPoint d'étape, salle de réunion 114, Conseil départemental des Bouches-du-Rhône
Octobre 2053, neuvième étage du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, salle 114.
2 min de lecture →Numérique et technologieOVHcloud après la médiation : ce que l'architecture a cédé, ce qu'elle a tenu
La médiation technique supervisée par l'ANSSI s'est achevée en août 2053, six mois après son ouverture.
2 min de lecture →La note ministérielle divise : la DRAC Grand Est refuse de céder sur les critères
La note que le cabinet de la ministre de la Culture attendait depuis l'automne 2052 a été rendue en mars 2053. Elle n'a pas tranché en faveur du Syndicat national des scènes publiques — mais elle n'a pas non plus validé sans réserve la position de la DRAC Grand Est. Le résultat est un document qui reconnaît la pertinence des données du fonds mutualisé de co-production tout en refusant d'en tirer une révision immédiate des critères nationaux de labellisation des interventions territoriales.
Le syndicat avait fait valoir que les conventions résidence en Meurthe-et-Moselle — celles qu'Aurélie Steinbach documentait depuis des années — produisaient des effets durables que les passages labellisés ne généraient pas. La note ministérielle reconnaît que les données sont solides et localement significatives. Elle indique qu'elles ne sont pas généralisables sans une consultation élargie à d'autres régions.
La DRAC Grand Est a interprété cette conclusion comme une validation de sa position : ses critères restent en vigueur, le passage régulier bien préparé conserve sa reconnaissance institutionnelle. Le directeur de la DRAC a transmis une note interne à ses équipes en avril indiquant que la réponse ministérielle « confirme la pertinence du cadre existant tout en ouvrant un espace de dialogue ».
Le syndicat conteste cette lecture. Il a répondu à la ministre en mai que reconnaître la solidité des données sans en tirer de conséquence procédurale revenait à demander une preuve supplémentaire indéfiniment. Il demande l'ouverture d'une consultation inter-DRAC avant la fin de l'année.
Aurélie Steinbach, dont le travail terrain nourrit implicitement chaque argument du syndicat, continue de transmettre ses conventions à la demande des parties. Elle n'est pas intervenue publiquement sur la note ministérielle. Les deux agents itinérants du Grand Est travaillent ensemble depuis trois ans. Ce que la note ne règle pas, c'est la question qu'elle pose : quel type de preuve suffira.
Point d'étape, salle de réunion 114, Conseil départemental des Bouches-du-Rhône
Octobre 2053, neuvième étage du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, salle 114. Nadia Ferhat est assise à gauche de la table, un dossier fermé devant elle. Karim Amara est en face d'un responsable de la Direction des solidarités et de deux chargés de mission. La réunion a commencé par dix minutes de retard.
C'est le point d'étape annoncé depuis le printemps. Le rapport complémentaire que Amara avait remis en mars 2052 — une trentaine de pages de trajectoires anonymisées, de régularités observées, de liens qui avaient précédé des démarches — avait produit une question que la direction n'avait pas su trancher : le rapport prouve-t-il quelque chose sur le dispositif, ou seulement sur ce qui se passe dans le quatorzième ? Le financement avait été maintenu. La question restait ouverte.
En 2053, Amara n'a pas produit de nouveau rapport. Il a continué le travail. Les cinq sites fonctionnent. Le quatorzième a absorbé une rotation de bénévoles — deux ont arrêté, trois ont rejoint — sans perdre sa régularité. Ferhat a accompagné deux nouveaux bénévoles dans leurs premières semaines, à leur demande.
Ce que la direction expose ce matin, c'est une question budgétaire : le financement du dispositif arrive à sa prochaine échéance de révision en début 2054. Le point d'étape sert à déterminer si les conditions d'un renouvellement sont réunies. La direction rappelle que le rapport de 2052 avait été jugé qualitatif mais non conclusif sur la causalité.
Amara écoute. Puis il dit : « Vous demandez si le dispositif produit quelque chose. Je vous demande si vous en connaissez un autre, dans ce quartier, qui tienne depuis sept ans sans incident majeur. »
Ferhat ne dit rien. Elle avait dit la même chose différemment, en informel, l'année passée. La direction prend note. Le renouvellement n'est pas acté. Il n'est pas refusé non plus.
OVHcloud après la médiation : ce que l'architecture a cédé, ce qu'elle a tenu
La médiation technique supervisée par l'ANSSI s'est achevée en août 2053, six mois après son ouverture. Le résultat est un retournement partiel — ni la capitulation que le directeur technique d'OVHcloud avait refusée depuis 2050, ni la victoire d'architecture que son équipe red team avait défendue.
Le schéma de compartimentage négocié avec le prospect hospitalier et validé par l'ANSSI prévoit un accès partiel aux journaux d'événements selon une partition technique : les logs d'authentification et de session sont accessibles en lecture à l'équipe sécurité du prospect, avec horodatage, sans exposer la cartographie des sondes de détection. La cartographie reste propriété exclusive d'OVHcloud, consultable uniquement par l'ANSSI en cas d'incident déclaré.
C'est ce que le directeur technique avait refusé depuis le début sous une forme plus large. L'accord actuel tient parce que le compartimentage donne au prospect hospitalier ce dont il a besoin pour ses obligations médico-légales, sans livrer la topologie complète du système de détection. L'équipe red team a mis trois mois à construire le schéma technique ; elle l'a défendu comme une solution, pas comme un compromis.
Le revirement tient à un déplacement de cadre : le directeur avait dit pendant des années que l'architecture ne se négociait pas. Elle ne s'est pas négociée — elle a été cloisonnée. La distinction est réelle et lui a permis de signer sans se déjuger.
Le contrat avec le prospect hospitalier a été finalisé en septembre. Le second prospect, dont le contrat-cadre courait depuis 2049, a renouvelé son engagement pour un nouveau cycle au même moment — preuve, selon la direction commerciale, que la patience avait une valeur marchande que l'équipe technique avait eu raison de protéger. Le centre de Roubaix entre en 2054 avec trois clients actifs pour la première fois.
Claire Moreau, entre deux logiques : le bilan d'une exploitante qui a choisi
Claire Moreau a souscrit à l'instrument de préfinancement de Terre et Progrès dès la première campagne. Ce n'était pas une évidence. Elle connaît une douzaine d'exploitants du plateau beauceron qui ont fait l'autre choix — garder la flexibilité des négociants privés, accepter les délais de paiement en échange de la liberté de vendre à qui offrait le meilleur prix au bon moment.
En 2053, le bilan de campagne est là. Moreau peut comparer. Pour elle, la trésorerie s'est stabilisée sur les mois qui suivent la récolte, là où elle devait auparavant jongler entre avances bancaires et attentes. Ses voisins qui ont opté pour les négociants privés ont parfois mieux vendu sur des fenêtres courtes, parfois subi des délais qui les ont fragilisés. Il n'y a pas de bonne réponse simple. Ce qu'il y a, c'est deux stratégies qui reflètent deux manières de lire le risque.
Ce qui intéresse Moreau cette année, c'est moins le bilan chiffré que ce qu'il révèle des choix de ses voisins. La clause de fidélité aux débouchés institutionnels — restaurants collectifs, marchés publics — a fonctionné pour ceux qui avaient déjà orienté leur production vers ces filières. Pour les autres, elle a représenté une contrainte réelle, pas une mesure de protection. Ce clivage traverse la coopérative sans que personne ne le nomme vraiment à voix haute lors des assemblées.
Moreau elle-même hésite sur ce qu'elle en pense. Elle renouvellera sa participation à l'instrument l'année prochaine. Mais quand un exploitant de taille intermédiaire lui a demandé en mars si elle lui conseillait de souscrire, elle a répondu par une question : à qui est-ce qu'il vendait habituellement, et est-ce qu'il pouvait s'y tenir deux ans de suite. La réponse à cette question, pas celle d'André Lecomte, était la bonne entrée dans la décision.
La grille nationale arrive : le SNUipp gagne, mais pas comme prévu
L'arbitrage était attendu avant la rentrée de septembre 2053. Il est arrivé en juillet, soit deux ans après que le groupe de travail paritaire a remis ses conclusions au ministère de l'Éducation nationale. Le résultat produit un retournement que ni le SNUipp-FSU ni le délégué SUD Éducation du Nord n'avaient pleinement anticipé.
Le ministère a opté pour une grille nationale unifiée des observations des néotitulaires, assortie d'une plage de modulation académique encadrée. Le référentiel commun est celui que le représentant SNUipp-FSU de Lille avait défendu dans le groupe de travail depuis janvier 2051 : critères qualitatifs tirés des données DEPP, validation par les corps d'inspection selon un protocole documenté. La plage de modulation — une variation de l'ordre d'un quart des indicateurs — est ce que le ministère a ajouté pour ménager les académies qui avaient développé des adaptations locales, dont Lyon.
Pour le représentant SNUipp, c'est une victoire de méthode autant que de fond. Il avait parié sur la procédure documentée, sur la patience, sur le dépôt de données comparatives. La grille nationale existe. Elle a une date. Elle s'applique à la rentrée 2053 pour tous les néotitulaires nouvellement affectés.
Le revirement, c'est que cette victoire invalide rétrospectivement la non-participation du délégué SUD. En restant hors du groupe de travail pour refuser de « consulter à la place d'égaliser », SUD n'a pas empêché l'arbitrage d'avoir lieu — il a seulement renoncé à en façonner le contenu. La plage de modulation académique que SUD juge inacceptable est précisément ce qu'une participation au groupe de travail aurait pu réduire.
Le délégué SUD Éducation Nord, informé de la décision avant sa publication officielle, n'a pas modifié sa position publiquement. Il a simplement dit que l'égalisation partielle restait une inégalité. Les centaines de néotitulaires évalués à la rentrée selon la nouvelle grille ne le sauront probablement pas.
À Saint-Brieuc, une réunion ordinaire où quelque chose a changé de main
Le siège du Conseil régional de Bretagne, salle des commissions du bâtiment Martenot à Saint-Brieuc, un mardi de février 2053. Marie Lecomte est assise du côté des invités pour la première fois depuis deux ans. Elle n'a pas demandé la parole en premier.
La réunion porte sur le déploiement du cadre documentaire commun aux nouvelles zones littorales — façade atlantique et Morbihan nord — que RTE et la Commission de régulation de l'énergie ont accepté de négocier conjointement à partir des protocoles d'essai bretons. Lecomte avait construit ces protocoles dans les Côtes-d'Armor ; elle en avait fait valider l'usage dans des configurations que les standards habituels ne couvraient pas. Cette reconnaissance lui avait valu le titre de correspondante technique pour l'essaimage.
Ce matin, le représentant de RTE présente une version révisée du cadre documentaire. Plusieurs adaptations ont été intégrées — certaines issues de retours de terrain des opérateurs atlantiques, d'autres négociées directement avec la CRE lors de séances de travail auxquelles Lecomte n'avait pas participé. Deux des ajustements contredisent des principes qu'elle avait défendus dans la version initiale : l'un sur les cycles d'essai itératifs, réduits à deux au lieu de trois pour des raisons de coûts opérationnels ; l'autre sur la composition des équipes mixtes, désormais facultative pour les sites de moins d'une certaine taille.
Lecomte prend des notes. Quand le représentant de la CRE lui demande son avis, elle dit que les adaptations sont techniquement défendables mais qu'elles réduisent la capacité d'apprentissage du dispositif. Que c'est précisément cet apprentissage qui avait justifié les protocoles au départ. La CRE note. Le Conseil régional note. Le document reste tel quel.
En sortant, elle dit à un collègue de RTE : « La méthode a été reconnue. Ce n'est plus la mienne. » Ce n'est pas une plainte. C'est un constat que ceux qui construisent des choses finissent par apprendre à formuler.
Le tableau de bord survit à une troisième alternance : retour sur une procédure devenue constitutionnelle
Salle Clemenceau, commission des lois du Sénat, premier trimestre 2053. Le président de la commission ouvre la séance trimestrielle de suivi des décrets avec une phrase que ses prédécesseurs n'avaient pas eu à prononcer : « Ce dispositif a traversé trois alternances. Il ne nous appartient pas. Il appartient à la procédure. »
C'est peut-être là le moment où quelque chose bascule dans la trajectoire du tableau de bord. Pas une décision spectaculaire — une formulation. Depuis que la secrétaire générale du gouvernement, en juillet, avait noté dans une communication interne que la continuité du format Bercy constituait désormais un exemple de procédure institutionnelle stabilisée, le dispositif avait franchi un seuil discret : il n'était plus seulement survivant, il était cité comme référence.
La question du rapport annexe, portée depuis deux ans par les sénateurs des Hauts-de-France, revient pourtant en séance d'automne. Le nouveau gouvernement issu du scrutin de printemps n'a pas pris position. Les trois sénateurs reformulent leur demande avec précision : un document distinct, sans valeur normative, publié simultanément au tableau de bord, listant les décrets d'application d'engagements gouvernementaux non législatifs. Rien qui touche au périmètre du tableau lui-même.
La secrétaire générale examine la compatibilité depuis septembre. Elle n'a pas répondu. Ce silence dit quelque chose d'important sur la distinction que le dispositif a réussi à incarner : entre une norme stabilisée, qui s'impose à tout gouvernement, et un engagement politique, qui se renouvelle à chaque mandature. Le rapport annexe, s'il existait, serait du second registre. Le tableau de bord est du premier.
Le président de la commission a inscrit la question à l'ordre du jour de décembre. Il n'a pas pris position sur le fond. Il attend l'arbitrage de la secrétaire générale, et c'est précisément ce que le dispositif demande à ses gardiens successifs : ne pas décider ce que la procédure doit décider à leur place.
Protocole de flux, covoiturage, cadre national : le bilan 2053 d'une année de résultats contrastés
L'année 2053 s'achève sur un double bilan pour Transisère et les territoires qu'il coordonne en Auvergne-Rhône-Alpes : un acquis concret du côté du bassin chimique de Pont-de-Claix, et une attente prolongée du côté du covoiturage informel en montagne.
Sur l'extension du protocole commun de déclaration de flux aux sous-traitants directs des employeurs conventionnés du bassin chimique, la négociation a abouti au premier semestre. Deux des entreprises sous-traitantes qui avaient d'abord refusé ont finalement intégré le protocole en mars, après que le directeur de Transisère a accepté une clause de révision annuelle des données partagées. L'extension est désormais effective pour la grande majorité des flux du bassin. La commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes l'a actée en session de mai sans débat particulier — signe, selon le directeur, que le sujet avait été suffisamment préparé pour ne plus faire litige.
La situation du covoiturage informel est plus terne. Les données de l'expérimentation de recensement volontaire dans les bassins hivernaux de l'Oisans, transmises au ministère délégué aux Transports en avril 2052, n'avaient toujours pas reçu de réponse en début 2053. En juin, un courrier du ministère a informé Transisère que la note méthodologique était « en cours d'examen dans le cadre d'une réflexion plus large sur les mobilités actives en zones de montagne ». Aucun calendrier.
L'élue de la communauté de communes de l'Oisans, qui avait voté l'expérimentation en 2050 avec l'espoir qu'elle ouvrirait un cadre national, a demandé en session d'automne si Transisère entendait la poursuivre une troisième saison sans réponse ministérielle. Le directeur a dit oui — les données existent, les conducteurs volontaires sont fidèles au protocole, et abandonner l'expérimentation ne produirait rien que l'absence de données. L'élue a voté pour la reconduction.
Après l'élection, la France retrouve une voix — mais toujours pas une architecture
La présidentielle de printemps 2053 a renouvelé les équipes au sommet de l'État français, sans modifier structurellement la posture internationale que les agences sectorielles portaient depuis plusieurs années. RTE et l'ANSSI continuent de défendre leurs engagements dans les enceintes multilatérales avec la même régularité documentée qu'avant le scrutin. La coalition germano-nordique, qui réclamait depuis deux ans un cadre de lecture d'ensemble des engagements français, a enregistré la continuité comme un signal positif — sans pour autant retirer sa demande.
Le groupe des 77, en session de septembre à Genève, a donné à la délégation française une occasion de démontrer que la transition politique n'avait pas fragilisé les livrables sectoriels sur les transferts de technologie hydrogène. La démonstration a été convaincante sur le plan technique. Elle n'a pas répondu à la question que la Commission européenne posait dans sa note de juillet : la France produit des preuves domaine par domaine ; elle ne produit toujours pas de cadre permettant de les lire ensemble.
Le précédent de Fensch-Moselle continue de circuler comme référence dans les discussions multilatérales. Il illustre ce que la France sait faire — deux corps de données distincts, présentés en session commune. Il n'illustre pas encore ce que la France n'a pas construit : une architecture cohérente d'engagement, reproductible à l'échelle. La nouvelle équipe gouvernementale a six mois pour décider si elle en fait une priorité ou si elle laisse les agences sectorielles continuer à porter ce que le centre politique n'agrège pas.
Sète : la condition d'entrée bloque à la porte de l'extension
Quand la Haute Autorité de santé a recommandé en mars 2052 que l'extension du modèle montpelliérain à Sète soit conditionnée à la désignation préalable d'un référent clinique local, l'ARS Occitanie avait transmis la recommandation au centre hospitalier de Sète en septembre. Depuis, le dossier n'a pas avancé aussi vite que le Conseil départemental de l'Hérault l'espérait.
En 2053, le conflit s'est cristallisé sur un point précis : qui finance le référent clinique ? Le centre hospitalier de Sète dispose de ressources serrées et d'un déficit de recrutement qui touche l'ensemble de la façade littorale. Désigner un médecin référent implique soit de redéfinir les attributions d'un praticien déjà en poste — avec les tensions que cela entraîne dans une équipe sous pression —, soit de créer un poste, ce qui suppose un financement que l'ARS n'a pas fléché.
L'ARS Occitanie a maintenu que la formalisation du référent était une condition de la HAS, non une obligation de sa propre dotation. Le centre hospitalier de Sète a contesté cette lecture en mai, dans un courrier adressé simultanément à la HAS et au Conseil départemental : la condition d'entrée, si elle n'est pas accompagnée d'un soutien financier, revient à subordonner l'accès au dispositif à une capacité que les sites les plus en tension ont précisément le moins.
Le docteur Ahmed Saïdi, à la Timone, avait accepté de transmettre les outils de documentation marseillaise à l'équipe de Sète. La conversation avait commencé. Elle continue, mais à bas régime : sans référent désigné, les outils n'ont pas de destinataire institutionnel stable.
La HAS a été saisie du courrier de Sète. Elle a indiqué qu'elle examinerait la question du financement comme condition d'accessibilité au dispositif lors de sa prochaine session plénière. Le Conseil départemental de l'Hérault soutient la demande. L'ARS n'a pas bougé.
Delta du Rhône : qui portera le fil que personne ne veut tenir ?
La note que Jean-Pierre Delacroix a transmise à la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur en juin 2052 a reçu une réponse en janvier 2053. Une page et demie. La DREAL accuse réception, reconnaît la pertinence du diagnostic — la doctrine des lectures conjointes ne peut s'appliquer aux zones humides camarguaises sans refondation procédurale — et renvoie la question à un groupe de travail interministériel dont le calendrier n'est pas fixé.
Ce renvoi a mis fin à la patience de Delacroix. Depuis son cabinet marseillais, il avait suivi la logique avec méthode : le Luberon avait fonctionné parce que quelqu'un avait accepté d'en être responsable. Le delta du Rhône n'avait personne. La note de janvier ne change pas cela ; elle le documente officiellement.
Du côté des collectivités régionales, la réponse n'est pas meilleure. En mars, lors d'une réunion de la conférence territoriale de Provence-Alpes-Côte d'Azur, la question d'un porteur institutionnel désigné pour le bassin camarguais a été posée directement. Deux départements — le Gard et les Bouches-du-Rhône — ont chacun affirmé que la compétence revenait à l'autre, ou à l'État. Le Parc naturel régional de Camargue, présent à la séance, a rappelé qu'il n'était pas autorité d'instruction.
Les avocats spécialisés en droit de l'environnement qui avaient commencé à transposer la méthode du Luberon aux dossiers camarguais se retrouvent dans une impasse opérationnelle : sans hiérarchie entre les sources contradictoires et sans interlocuteur institutionnel stable, les dossiers d'autorisation agricole stagnent. Plusieurs exploitants riverains du Petit Rhône attendent des réponses depuis plus d'un an.
Delacroix a transmis à la DREAL un document complémentaire en mai : une cartographie des dossiers bloqués et une proposition de désignation d'un référent de bassin, sur le modèle de ce qui avait été tenté — sans succès — dans les landes régressives. La DREAL a dit qu'elle examinerait. Le groupe de travail interministériel n'a toujours pas de date de première réunion.
Safran-Toulouse : FO, CGT et CFDT se disputent le sens d'un acquis
Salle B12 de l'usine Safran à Blagnac, réunion de CSE de mars 2053. Pierre Delmas a posé son dossier sur la table sans l'ouvrir. Le délégué FO l'a regardé faire. Le délégué CGT n'était pas là — absent pour la deuxième séance consécutive, protestation formelle contre l'ordre du jour.
L'évaluation des filières batteries et hydrogène rendue en janvier avait mentionné les trois postes stabilisés du protocole Delmas dans la section consacrée aux reconversions internes documentées. C'est cette mention qui divise depuis lors les trois organisations syndicales présentes dans l'établissement — non pas sur ce qu'elle dit, mais sur ce qu'elle signifie.
Pour la CGT, la mention sans engagement d'extension constitue un entérinement de la stagnation. Une note interne diffusée en février parlait de « clôture déguisée » : en classant les trois postes parmi les expériences passées réussies, la direction les soustrait au débat sur l'avenir. La CGT demande que le prochain plan de formation filières soit négocié en ouvrant explicitement la question du périmètre, ou qu'elle refuse de signer.
FO adopte une lecture inverse. Pour le délégué, la mention dans l'évaluation représente un acquis réel — tangible, daté, opposable. Quitter le terrain de la négociation au motif que la direction n'a pas promis davantage revient à abandonner ce qui a été obtenu. Il l'a dit directement en séance : « On ne détruit pas un socle parce qu'il n'est pas encore un immeuble. »
Delmas, lui, écoute les deux positions sans arbitrer. Le conflit entre FO et CGT sur la définition de ce qui constitue un acquis dans un secteur en réindustrialisation partielle est, selon lui, la vraie question de l'année — plus que la décision de la direction. Les négociations de fin d'année sur les besoins de formation interne pour les nouvelles filières approchent. Ce que les syndicats n'auront pas réglé entre eux, la direction le tranchera seule.
Sources
Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.
- Convention Citoyenne pour le Climat
- Solagro
- GIEC
- RTE
- France Stratégie
- Commission européenne
- Commission de l'intelligence artificielle
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
- DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
- INSEE
- DREES
- CEVIPOF
- RAMSES (IFRI)
- Ministère de la Culture - DEPS