Année 2054

Édition n°29 · lundi 29 juin 2026

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2054 : les réponses arrivent, les décisions attendent

2054 : les réponses arrivent, les décisions attendent

Éditorial

Ce que 2054 révèle, c'est la différence entre obtenir une réponse et obtenir une décision. À Sète, la HAS a ouvert une brèche procédurale sans financer le poste. À Toulouse, FO a obtenu que trois postes historiques deviennent socle de référence — mais la direction en a aussitôt borné le périmètre. Dans le delta du Rhône, une réunion supplémentaire s'est tenue, un coordinateur sans budget a été proposé, une date de suite n'a pas été fixée. Partout, la réponse partielle est devenue la forme ordinaire de l'avancée.

Mais cette année compte aussi des actes francs. Nadia Ferhat a transformé sept ans d'observation en argument recevable par la Direction des solidarités : les cinq sites de Marseille tiennent, le financement est reconduit sous une condition qu'elle peut remplir. À Roubaix, c'est l'inverse d'un recul : le directeur technique d'OVHcloud tient une position que la direction commerciale conteste, et c'est lui qui fixe la limite, pas l'institution extérieure. André Lecomte, à Chartres, a changé la nature d'un clivage agricole en le fondant sur des données réelles plutôt que sur des convictions opposées.

Ce qui traverse l'année, c'est une tension entre la visibilité acquise et l'autorité qu'elle confère — ou ne confère pas. Les conventions d'Aurélie Steinbach circulent dans quatre régions sans qu'elle soit convoquée. La France produit devant la Commission européenne des preuves sectorielles convaincantes sans que le centre politique soit encore capable de les agréger. Être cité, c'est exister. Être responsable, c'est autre chose.

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3 articles à lire
Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud : quand le compartimentage médical ne suffit plus, la doctrine se fracture en interne

Roubaix, centre technique d'OVHcloud, printemps 2054. Le contrat avec le prospect hospitalier est signé depuis janvier, le compartimentage formalisé, les périmètres d'audit négociés avec l'ANSSI sur deux ans. Ce que personne n'avait anticipé, c'est qu'un traitement génique autorisé en Bretagne rouvrirait la question architecturale avant même que l'encre soit sèche.

Depuis que l'ANSM a désigné les centres de référence de Rennes et Saint-Brieuc pour coordonner les inclusions dans un essai thérapeutique sur les formes graves de dystrophie musculaire, l'un de ces centres opère sur une infrastructure hébergée par OVHcloud dans le cadre du contrat en cours de déploiement. La direction commerciale a posé la question en interne sans attendre une demande externe : le compartimentage négocié pour des données de flux de surveillance est-il transposable à des données génomiques longitudinales de patients inclus dans un essai ?

Le directeur technique a répondu non — et c'est là que le conflit s'est cristallisé. Pour l'équipe technique, les données génomiques longitudinales constituent une catégorie architecturalement distincte : la granularité, la durée de conservation et le risque de réidentification ne sont pas couverts par le modèle de compartimentage existant. Un avenant et un nouveau cycle d'audit sont nécessaires avant tout déploiement effectif sur ce périmètre.

La direction commerciale conteste cette lecture. Elle argue que le principe de compartimentage — accès partiel, audit red team, périmètres définis contractuellement — s'applique indépendamment de la nature des données, et que rouvrir l'architecture sur chaque nouveau type de donnée revient à rendre le modèle commercialement inopérable. Le prospect hospitalier attend une réponse. Le calendrier de déploiement breton est suspendu.

L'ANSSI a été informée. Elle n'a pas arbitré. Le directeur technique a transmis une proposition d'avenant au prospect en mars ; la direction commerciale a demandé que cette proposition soit soumise au comité de direction avant tout envoi formel. Le comité se réunit en juin. D'ici là, c'est l'équipe technique qui tient la position : le contrat est signé, son périmètre ne couvre pas les données génomiques, et personne ne déploie.

Santé et corps2 min de lecture

Sète, session plénière de la HAS : un financement demandé, une réponse partielle

Paris, siège de la Haute Autorité de santé, session plénière de mars 2054. La salle était pleine pour un point habituellement technique : l'examen du courrier du centre hospitalier de Sète, transmis en mai 2053, sur la condition d'accessibilité liée au référent clinique. Le Conseil départemental de l'Hérault avait transmis une contribution en soutien. L'ARS Occitanie n'avait pas bougé.

La décision de la HAS est venue sous une forme que le centre hospitalier n'avait pas demandée et que l'ARS n'avait pas anticipée : la session plénière a maintenu la condition du référent clinique comme critère d'entrée dans le dispositif, mais a formulé une recommandation explicite à destination des ARS régionales pour que la désignation d'un référent dans les établissements en situation de ressources serrées soit accompagnée d'une dotation provisoire fléchée, à négocier dans le cadre des contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens.

Ce n'est pas un financement direct. C'est une porte ouverte dans la procédure contractuelle — une brèche suffisamment précise pour que le centre hospitalier de Sète puisse relancer une demande formelle à l'ARS Occitanie en s'appuyant sur la recommandation. Le docteur Ahmed Saïdi, dont la conversation à bas régime avec Sète se poursuivait depuis dix-huit mois, a transmis les outils de documentation marseillais dès réception de la décision.

L'ARS Occitanie n'a pas encore répondu. Mais la recommandation de la HAS est désormais datée et publique, ce qui change la nature de l'attente : le centre hospitalier peut désormais invoquer un texte de référence précis, pas seulement une condition posée sans suite. Un médecin de Sète, en parlant à un confrère, a résumé l'année : « On a enfin quelque chose à opposer à un silence. »

Lien social et communauté2 min de lecture

Nadia Ferhat : sept ans de terrain, et la question du renouvellement devient personnelle

Nadia Ferhat travaille pour le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône depuis plus d'une décennie, mais c'est à partir de 2047, avec la supervision des sites communautaires de Karim Amara, que son travail a changé de texture. Ce qu'elle fait depuis — accompagner les bénévoles, observer la régularité des séances, transmettre sans diriger — ne ressemble à aucune fiche de poste qu'elle avait signée.

En début d'année 2054, la Direction des solidarités a engagé les discussions sur le renouvellement du financement des cinq sites. Le rapport de 2052 n'avait pas été jugé conclusif sur la causalité. Celui que le collectif n'a pas produit en 2053, parce qu'Amara a refusé de reformuler la question dans les termes de l'institution, planait sur la réunion budgétaire de janvier.

Ferhat a demandé à être entendue séparément. Elle a exposé ce qu'elle observait depuis sept ans : non pas des trajectoires mesurables vers l'emploi ou vers des dispositifs formalisables, mais une stabilité de présence dans des quartiers où d'autres structures ont fermé ou se sont vidées de leurs bénévoles. Elle a cité les quatre arrondissements concernés. Elle a demandé à la Direction si elle connaissait un autre dispositif ayant tenu autant dans les mêmes conditions.

La Direction n'a pas renouvelé le financement ce jour-là, mais elle a posé une condition différente de celles des années précédentes : non plus un rapport sur la causalité, mais un descriptif actualisé des modalités de supervision pour chaque site, à remettre avant l'été. C'est une demande que Ferhat peut remplir sans trahir ce qu'elle défend. Elle a dit oui et est sortie de la réunion avec une date sur son agenda plutôt qu'une question sans réponse.

Les cinq sites continuent de fonctionner. Le quatorzième arrondissement tient sa rotation de bénévoles. L'hiver a passé sans incident majeur dans aucun des sites.

Alimentation2 min de lecture

Terre et Progrès : une récolte difficile révèle ce que la clause de fidélité protège — et ce qu'elle coûte

Le printemps 2054 a été sec dans la Beauce. Pas une sécheresse catastrophique, mais une pression hydrique prolongée qui a rogné les rendements de colza et pesé sur les marges des exploitations intermédiaires — précisément celles qui jonglent depuis deux saisons entre l'instrument de préfinancement de Terre et Progrès et les délais du négoce privé.

C'est ce contexte agronomique, plus que tout débat institutionnel, qui a rendu le clivage enfin nommable. Lors du bilan de campagne de l'été, à Chartres, plusieurs exploitants ont dit ce qu'ils n'avaient pas dit en 2053 : une année où les prix du marché libre grimpent au moment précis où la récolte est livrée à la coopérative, la clause de fidélité ne protège pas — elle pénalise. Claire Moreau, qui avait traversé la même tension un an plus tôt, a reconnu la description. Elle n'a pas dit que la coopérative avait tort.

André Lecomte n'a pas attendu l'assemblée d'automne pour formuler sa réponse. Il a commandé, dès juillet, une analyse des campagnes 2052 à 2054 pour mesurer combien d'adhérents intermédiaires avaient subi une perte nette par rapport à ce qu'ils auraient obtenu en vendant hors circuit. Le résultat, présenté au conseil d'administration de septembre, a été sans appel : pour une minorité significative d'exploitations, deux campagnes sur trois avaient produit un manque à gagner réel. Pour la majorité, le préfinancement avait compensé les aléas de trésorerie au-delà de ce que le négoce privé offrait.

Ce bilan a changé la nature du débat. Il ne s'agit plus d'une opposition entre fidélité et liberté, mais d'une question de profil d'exploitation. La Confédération paysanne a demandé que le conseil intègre cette cartographie dans sa réflexion sur les critères d'accès. La FNSEA n'a pas contesté les chiffres. Lecomte a annoncé qu'un groupe de travail rendrait ses conclusions avant la prochaine campagne. Pour la première fois, le désaccord repose sur une base commune.

Culture et art2 min de lecture

Nancy, DRAC Grand Est : les conventions d'Aurélie Steinbach circulent, elle ne sera pas convoquée

La réunion inter-DRAC de septembre s'est tenue à Strasbourg sans elle. Aurélie Steinbach l'a appris par un mail du directeur régional envoyé trois jours après la séance, en pièce jointe duquel figurait un compte rendu de deux pages. Ses conventions de résidence — celles qu'elle transmet sans commentaire depuis des années à la scène nationale de Nancy, colonne vertébrale invisible de l'argumentaire syndical — y étaient citées six fois.

Steinbach n'a pas demandé à être invitée. Elle n'a pas non plus signalé l'omission. Ce qu'elle a fait, c'est relire le compte rendu dans son bureau de Nancy, un mardi soir, en notant les passages où ses données servaient de preuve à une discussion qu'elle n'avait pas conduite.

La situation n'est pas nouvelle dans sa forme. Ce qui a changé en 2054, c'est son ampleur : les conventions de Meurthe-et-Moselle ne circulent plus seulement entre le syndicat et la DRAC Grand Est. Elles ont traversé quatre régions en une réunion. La directrice d'une scène d'Occitanie a demandé au chargé de mission du cabinet si ces données étaient accessibles pour son propre territoire. La réponse a été : il faut en faire la demande formelle.

Steinbach a été informée de cet intérêt par l'agent itinérant de Meurthe-et-Moselle, qui travaille avec elle depuis quatre saisons. Il lui a demandé ce qu'elle souhaitait faire. Elle a répondu qu'elle transmettrait les conventions à qui en ferait la demande directe, comme elle l'avait toujours fait.

Ce refus de capitaliser sur la visibilité acquise dit quelque chose sur ce que son travail est — et sur ce qu'elle refuse qu'il devienne. Les conventions existent pour ce qu'elles documentent, pas pour le rang que leur diffusion lui conférerait. L'agent itinérant a noté la réponse. Il n'a pas insisté.

Éducation et transmission2 min de lecture

Grille nationale en classe : ce que vivent les néotitulaires révèle la fracture réelle

Lille, circonscription scolaire de Wazemmes, janvier 2054. Une professeure des écoles en première année de titularisation reçoit son rapport d'observation de l'inspectrice. À côté des indicateurs standardisés de la grille nationale unifiée — adoptée en juillet 2053 après des années de travail du SNUipp-FSU — figurent plusieurs rubriques supplémentaires : contexte socioéconomique de la classe, conditions matérielles de la salle, historique des absences d'élèves. Des annotations que l'inspection de Lille a jugées indispensables pour ne pas réduire un premier poste en REP à une série de cases cochées.

À Lyon, dans la même semaine, un collègue néotitulaire reçoit un rapport sans ces rubriques. La grille nationale, appliquée strictement. Deux évaluations produites sous le même intitulé réglementaire, deux documents qui ne se ressemblent pas.

C'est cet écart concret — vécu par les enseignants débutants bien avant d'être théorisé par les syndicats — qui structure le conflit de 2054. SUD Éducation a déposé un recours auprès de la DEPP en octobre, au motif que les annotations lilloises constituent de fait une variante académique non autorisée, recréant les inégalités d'évaluation que la grille nationale était censée supprimer. Pour le délégué SUD du Nord, la question est nette : un néotitulaire muté d'une académie à l'autre ne peut pas être évalué selon deux référentiels distincts sans que l'égalité de traitement soit compromise.

Le représentant SNUipp-FSU de Lille défend la position inverse : la grille nationale prévoit des modulations académiques, et les annotations de l'inspection lilloise s'inscrivent dans ce cadre. Supprimer le contexte, c'est évaluer un poste difficile comme un poste ordinaire.

La DEPP a transmis le recours au ministère de l'Éducation nationale. La réponse est attendue avant la fin de l'année scolaire. En attendant, l'inspection de Lille tient sa position. C'est elle qui évalue. Le ministère n'a pas encore tranché.

Énergie et ressources2 min de lecture

Marie Lecomte : après la méthode, l'héritage

Il y a dix ans, Marie Lecomte défendait des protocoles d'essai que la Commission de régulation de l'énergie acceptait à contrecœur, sur les nœuds complexes des Côtes-d'Armor. En 2054, ces protocoles sont intégrés à un cadre documentaire national, appliqués par des équipes qu'elle n'a pas formées, dans des zones qu'elle ne connaît pas. RTE lui a confié un nouveau rôle : correspondante pour le déploiement du cadre sur la façade atlantique, depuis le siège régional de Rennes.

Le travail a changé de nature. Lecomte ne valide plus des cycles — elle lit des comptes rendus de déploiement, signale des écarts d'interprétation, formule des observations que les équipes terrain sont libres de suivre ou non. Quand la validation d'un prototype de batterie à électrolyte aqueux pour les installations hydroliennes a été annoncée en début d'année par le laboratoire côtier de Roscoff, la question de l'intégration au cadre documentaire lui a été posée directement par la vice-présidente aux énergies marines du Conseil régional de Bretagne. Elle a répondu qu'une batterie aquatique fixe posait des contraintes de nœud différentes des éoliennes en mer — que les protocoles existants ne couvraient pas le cas, et qu'il faudrait un cycle d'essai dédié avant toute intégration au référentiel.

C'est ce type de réponse que son rôle exige désormais : ni freiner l'innovation, ni l'absorber sans discernement dans un cadre qui n'a pas été construit pour elle. L'ADEME a dépêché un auditeur externe pour évaluer le prototype de Roscoff ; le ministère de la Transition écologique demande un calendrier de passage à l'échelle industrielle. Lecomte a transmis une note technique en mars, recommandant une phase d'essai de douze mois sur un site pilote en conditions réelles avant toute décision de standardisation.

Elle a dit à un collègue, en sortant d'une réunion technique à Rennes : « Ce que j'ai construit, d'autres le font maintenant. Ce que je fais maintenant, c'est éviter qu'on le défasse trop vite. » La CRE a enregistré la note. L'ADEME examine.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Rapport annexe : l'arbitrage de décembre tranché, le débat de fond relancé

L'arbitrage attendu depuis l'automne est tombé en décembre 2053 — mais c'est en 2054 que ses effets se font sentir. Le nouveau gouvernement issu du scrutin de printemps 2053 avait gardé le silence sur la demande des trois sénateurs des Hauts-de-France : produire, en parallèle du tableau de bord des décrets, un rapport annexe listant les engagements gouvernementaux non législatifs du plan d'investissement. La secrétaire générale du gouvernement avait signalé que la distinction entre norme stabilisée et engagement politique était bien réelle, sans trancher.

En décembre, la réponse est venue sous la forme d'une note interne signée conjointement par Bercy et le secrétariat général : le rapport annexe est autorisé, à condition qu'il soit présenté comme document d'information gouvernementale sans valeur normative et publié simultanément au tableau de bord, mais dans un registre distinct. Le président de la commission des lois du Sénat a pris acte à la séance de janvier 2054, salle Clemenceau, en précisant que le tableau de bord restait le seul instrument de suivi procédural et que le rapport annexe ne pouvait y être adossé juridiquement.

Les trois sénateurs des Hauts-de-France ont accueilli la décision comme une victoire partielle. Ils ont obtenu la visibilité qu'ils demandaient depuis 2051. Mais le rapport annexe, dépourvu de portée normative, ne crée aucune obligation d'exécution : il documente sans contraindre. La Cour des comptes, qui avait formulé des réserves sur l'extension des instruments de suivi parlementaire aux engagements non législatifs, a pris note sans commentaire supplémentaire.

À l'approche des élections législatives, la question de ce que le rapport annexe dira du plan d'investissement — et de ce qu'il ne dira pas — commence à traverser les couloirs du Palais du Luxembourg. Le tableau de bord, lui, traverse une quatrième mandature sans que personne ne conteste plus son existence.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Covoiturage en montagne : le ministère répond, mais pas comme prévu

Le revirement est venu d'un courrier de quatre paragraphes. Depuis le printemps 2052, Transisère attendait une réponse du ministère délégué aux Transports sur les données de covoiturage informel collectées dans le massif de l'Oisans — des centaines de trajets volontairement déclarés, sans cadre juridique, par des conducteurs fidèles que l'élue de la communauté de communes de l'Oisans avait réussi à mobiliser. En juin 2053, une première réponse avait évoqué une réflexion sur les mobilités actives en montagne, sans calendrier.

En mars 2054, la réponse formelle est arrivée. Non pas un cadre national pour le covoiturage informel — mais une invitation à rejoindre un groupe de travail interministériel sur les mobilités de montagne, copilotépar le ministère délégué aux Transports et le Commissariat général à l'égalité des territoires. Le groupe devait se réunir pour la première fois en juin. Transisère y était invité. La communauté de communes de l'Oisans également.

Le directeur de Transisère a transmis l'invitation à l'élue de l'Oisans avec une note laconique : la porte s'ouvre, mais vers un espace consultatif, pas vers une reconnaissance du cadre expérimental existant. Pour les conducteurs qui déclarent leurs trajets depuis deux ans, rien ne change dans l'immédiat — leurs données restent sans statut juridique.

L'élue a voté la reconduction de l'expérimentation locale et a accepté de siéger dans le groupe de travail. Elle a posé une condition à sa participation : que les données déjà collectées soient présentées en séance inaugurale comme point de départ, pas comme simple illustration. Le Commissariat général à l'égalité des territoires a confirmé l'ordre du jour par écrit. La première réunion du groupe est fixée au 12 juin. C'est une date, après quatre ans sans.

Relations internationales2 min de lecture

Architecture d'ensemble : la France entre en chantier, sous pression européenne

Depuis le Groupe des 77 de septembre 2053, où la démonstration technique française sur l'hydrogène avait été saluée tout en soulignant l'absence persistante d'un cadre de lecture d'ensemble, la nouvelle équipe gouvernementale disposait de six mois pour décider si elle ferait de cette architecture une priorité. En 2054, la réponse commence à prendre forme — incomplète, disputée, mais réelle.

La Commission européenne a transmis en début d'année une demande formelle aux États membres dotés d'agences sectorielles dispersées : produire d'ici la fin de l'exercice une cartographie des engagements vérifiables par domaine, accompagnée d'un mécanisme de lecture croisée. Pour la France, cela signifie articuler ce que RTE, l'ANSSI, l'ADEME et les autres agences portent séparément dans les enceintes multilatérales. Le précédent Fensch-Moselle continue de circuler comme illustration positive — preuve que la France sait construire une documentation conjointe quand elle s'en donne les moyens.

La coalition germano-nordique a pris acte de la demande européenne sans enthousiasme : elle attend ce cadre depuis deux ans, et une cartographie administrative ne vaut pas une architecture de vérification autonome. Mais le changement de posture français est perceptible. À l'approche des élections législatives, plusieurs agences sectorielles ont été consultées sur le format de contribution. L'enjeu n'est plus de démontrer la solidité sectorielle — cela, la France le fait — mais de montrer que le centre politique peut agréger ce que les agences dispersées produisent. C'est précisément là que la tâche reste entière.

Territoire et habitat2 min de lecture

Delta du Rhône : une salle de réunion, trois institutions, et personne pour tenir le dossier

Arles, salle du conseil du Parc naturel régional de Camargue, mi-février 2054. Jean-Pierre Delacroix est arrivé le premier, avec sa cartographie des dossiers bloqués — une vingtaine de parcelles en attente d'instruction dans le secteur du Petit Rhône, certaines depuis plus de deux ans. En face de lui : un représentant de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur, un chargé de mission du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, et un correspondant du Conseil départemental du Gard. Le Parc a prêté la salle, sans mandat d'arbitrage.

L'ordre du jour portait sur la désignation d'un porteur institutionnel de bassin pour le delta. La réunion avait été obtenue de haute lutte depuis la conférence territoriale de mars 2053, où le Gard avait renvoyé vers les Bouches-du-Rhône, et les Bouches-du-Rhône vers l'État. Quatre mois après, la DREAL avait transmis une page et demie de réponse au document complémentaire de Delacroix : pertinence reconnue, renvoi au groupe de travail interministériel, calendrier non fixé.

Ce mardi, la séquence s'est reproduite avec une légère variation. La DREAL a proposé qu'un « coordinateur de dossiers complexes » soit désigné au sein de la direction régionale, sans budget dédié ni autorité formelle sur les deux départements. Les Bouches-du-Rhône ont accueilli la proposition sans s'y opposer. Le Gard a demandé à disposer d'un compte rendu écrit avant de se prononcer.

Delacroix a posé sa cartographie sur la table et l'a laissée visible pendant toute la réunion. À la fin, il a reformulé ce qu'il avait soumis à la DREAL neuf mois plus tôt : sans hiérarchie claire entre sources de données et sans interlocuteur identifié qui réponde des délais, les exploitants du Petit Rhône continueraient d'attendre. Le représentant de la DREAL a noté que la proposition de coordinateur interne serait soumise à la direction régionale avant l'été. Aucune date n'a été fixée pour la réunion suivante.

Travail et économie2 min de lecture

Safran-Toulouse : le plan filières tranche, et ce n'est pas ce que Delmas attendait

Pendant deux ans, Pierre Delmas avait maintenu que les trois postes documentés dans la clause de 2048 constituaient un précédent opposable — une trace dans le registre, une porte entrouverte que les négociations de fin d'année sur les besoins en formation des filières batteries et hydrogène finiraient par franchir. Le revirement de 2054 est venu de là où il ne l'attendait pas : non pas de la direction, mais de FO.

Lors des négociations de janvier, la direction de Safran-Toulouse a présenté son évaluation des besoins en formation pour les nouvelles filières du plan Hauts-de-France. Le document identifiait un volume de postes à requalifier, sans citer les trois postes historiques comme référence. Delmas avait préparé l'argument depuis un an. FO l'a précédé : le délégué a demandé que les trois postes soient explicitement intégrés comme base de calcul pour le nouveau périmètre de formation.

La CGT a refusé de signer la demande conjointe. Pour le délégué CGT, citer les trois postes revenait à entériner une clôture déguisée — transformer un acquis fragile en plafond plutôt qu'en plancher. La direction, observant le désaccord, a tranché d'une façon que ni FO ni la CFDT n'avaient anticipée : elle a accepté l'intégration des trois postes comme référence de base, mais a simultanément fixé le périmètre de la négociation formation aux seules filières nouvelles, excluant explicitement toute extension aux lignes existantes.

Delmas a enregistré le résultat sans commentaire public. La trace est devenue socle, mais le socle est désormais borné. Ce que FO avait défendu comme un acquis opposable est devenu, par la décision de la direction, un périmètre fermé. La CGT a refusé de signer l'accord cadre. Les négociations sur la formation des nouvelles filières se poursuivront au second semestre avec une cartographie syndicale fracturée.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS