
2056 : preuves en main, architectures toujours en attente
Éditorial
2056 est l'année où les institutions ont appris à signer sans décider. De la lettre de mission interne de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur — reconnaissance écrite d'un rôle que personne n'avait formellement confié — au sixième site marseillais dont la Direction des solidarités initie elle-même la variation, ce qui progresse ne progresse plus malgré les structures, mais à travers des formes que les structures finissent par avaliser après coup. C'est une avancée réelle. Ce n'est pas encore une gouvernance.
Ce mouvement traverse l'année dans presque tous ses domaines. À Chartres, le vote de Terre et Progrès a tranché nettement — et la FNSEA a aussitôt transmis son recours à la chambre d'agriculture. À Roubaix, l'audit génomique a établi les bords du modèle OVHcloud avec une clarté que deux ans de contestation commerciale n'avaient pas produite. À Sète, le centre hospitalier a progressé dans la coordination de soins pendant que la décision sur l'accès à la nouvelle thérapie se reportait sur 2057. Dans chaque cas, quelque chose a été prouvé, obtenu, formalisé — et quelque chose d'essentiel reste suspendu à une autorité qui n'a pas encore dit oui.
C'est dans ce contexte que l'ultimatum de Bruxelles prend toute sa portée. La Commission européenne n'attend plus une cartographie des engagements français : elle a fixé une date. La France possède les contributions — solides, documentées, reconnues dans leurs enceintes respectives. Elle n'a pas encore le centre capable de les agréger sans en fracturer les auteurs. Ce que 2056 confirme, c'est que savoir faire et être en mesure de répondre sont deux compétences différentes, et que seule la seconde compte à l'heure des échéances.
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L'annonce conjointe de l'hôpital Bichat-Claude Bernard et du CHU de Marseille sur l'essai clinique en pneumologie a produit, début 2056, deux effets simultanés et de sens contraire.
2 min de lecture →OVHcloud : ce que les données génomiques font à l'architecture
Il y a des questions techniques qui ressemblent à des questions techniques jusqu'au moment où elles révèlent quelque chose d'autre. Pour le directeur technique d'OVHcloud, 2056 a été l'année où l'audit des données génomiques longitudinales a cessé d'être un problème de périmètre contractuel pour devenir une question de fond : jusqu'où un modèle d'architecture peut-il s'étendre avant de changer de nature ?
L'audit lancé en janvier au centre technique de Roubaix avait un objet précis. Il s'agissait de déterminer si le compartimentage contractuel — conçu pour isoler des flux de données médicales selon des périmètres d'accès négociés avec l'ANSSI — était transposable à des données génomiques longitudinales de patients inclus dans un essai thérapeutique breton. La réponse, rendue en juillet, était non. Pas parce que l'architecture était défaillante, mais parce que les données génomiques longitudinales posaient trois exigences que le modèle existant ne couvrait pas structurellement : des durées de conservation sans équivalent dans les contrats hospitaliers antérieurs, une granularité d'identification individuelle qui rendait toute agrégation potentiellement réidentifiante, et un risque juridique que l'avenant contractuel ne pouvait pas absorber sans redéfinir les règles d'accès à la racine.
Le directeur technique avait anticipé cette conclusion dès le comité de direction de juin 2055. Ce que 2056 a ajouté, c'est la démonstration que cette anticipation ne reposait pas sur une intuition : elle reposait sur une limite structurelle du compartimentage comme outil universel. La direction commerciale, qui avait contesté cette lecture, n'a pas reformulé d'objection après la remise de l'audit.
L'avenant transmis au prospect hospitalier breton en septembre intègre un cycle d'audit distinct, des règles de conservation spécifiques et un mécanisme de révision annuelle. Le déploiement reprend, décalé. Ce n'est pas un recul du modèle OVHcloud : c'est la preuve qu'il a des bords, et que les connaître vaut mieux que de les découvrir en production.
Tableau de bord contre rapport annexe : le conflit refait surface à l'approche de la présidentielle
La distinction entre tableau de bord procédural et rapport annexe informatif, stabilisée par l'arbitrage de décembre 2053, semblait avoir trouvé son régime de croisière. L'année 2056 a montré qu'une échéance électorale nationale suffit à rouvrir ce que les textes avaient formellement clos.
Depuis le printemps, plusieurs formations politiques ont publiquement revendiqué le rapport annexe comme preuve de l'exécution — ou de l'inexécution — d'engagements gouvernementaux figurant dans le plan d'investissement. Le document, dépourvu de portée normative selon la note conjointe de Bercy et du secrétariat général du gouvernement, se retrouve cité dans des campagnes thématiques comme s'il valait instruction.
Les trois sénateurs Hauts-de-France qui avaient obtenu l'autorisation du rapport annexe en 2053 se trouvent dans une position délicate : la visibilité qu'ils avaient réclamée produit désormais un usage qu'ils n'avaient pas souhaité. En commission des lois du Sénat, lors d'une séance de septembre en salle Clemenceau, le président de la commission a rappelé publiquement que le rapport annexe ne créait aucune obligation opposable à l'État devant le Conseil d'État. La Cour des comptes, dans un avis de novembre, a réitéré ses réserves sur l'extension des instruments de suivi parlementaire à des engagements non législatifs.
Le secrétariat général du gouvernement a transmis une note interne rappelant que le tableau de bord restait le seul instrument procédural, et que toute confusion dans les usages publics engageait la responsabilité des acteurs qui la propageaient — pas celle de l'instrument. La distinction tient sur le papier. Dans l'espace public préélectoral, elle est moins audible. Le tableau de bord traverse l'approche de la présidentielle sans être formellement contesté, mais son double, le rapport annexe, fait désormais de l'ombre dans un espace que la procédure ne gouverne pas.
Fibrose pulmonaire et Sète : deux vitesses d'une même chaîne
L'annonce conjointe de l'hôpital Bichat-Claude Bernard et du CHU de Marseille sur l'essai clinique en pneumologie a produit, début 2056, deux effets simultanés et de sens contraire. Dans les services spécialisés, elle a été accueillie comme un premier résultat tangible après des années de recherche clinique sur la fibrose pulmonaire idiopathique. Dans les couloirs du centre hospitalier de Sète, elle a surtout mis en lumière à quel point les écarts de ressources entre établissements peuvent déterminer qui accède, et quand, aux avancées thérapeutiques.
L'ARS Occitanie, qui avait signé l'avenant au contrat objectifs-moyens du centre hospitalier de Sète en 2055, a transmis au printemps un premier bilan intermédiaire du référent clinique désigné dans le cadre de cet avenant. Les indicateurs de suivi de file active et de coordination ville-hôpital progressent, selon ce bilan, de façon jugée satisfaisante par l'ARS. Le docteur Ahmed Saïdi, dont les outils de documentation marseillais avaient été transmis au centre sétois lors de la mise en place, a reçu la note de synthèse sans commentaire de la HAS.
Mais c'est la question du déploiement de la nouvelle thérapie par inhalation qui a changé la nature du débat cette année. L'ARS Île-de-France pilotant un déploiement progressif en Auvergne-Rhône-Alpes et en Occitanie, le centre hospitalier de Sète s'est retrouvé en position d'attente : son service de pneumologie est sous-dimensionné pour figurer dans la première vague, et le ministère de la Santé n'avait pas encore tranché, en fin d'année, sur les critères d'accès prioritaire au remboursement.
Saïdi a transmis une note à la HAS en novembre : la procédure contractuelle qui permettait au centre sétois de progresser dans la coordination ne le protégeait pas d'être laissé de côté sur les innovations. La HAS a inscrit le point à l'ordre du jour de sa session de février 2057.
Terre et Progrès : le vote sur les critères d'accès tourne au bras de fer entre Lecomte et la FNSEA
Le conseil d'administration de la coopérative Terre et Progrès, réuni à Chartres en novembre 2056, devait trancher une question précise : les critères d'accès au préfinancement de récolte seraient-ils modulés selon le profil de l'exploitation, ou resteraient-ils uniformes ? Le vote a eu lieu. Le résultat a été net. Et les conséquences, immédiates.
André Lecomte, qui avait commandé l'analyse comparative à l'automne 2054 et en avait tiré les conclusions avec le groupe de travail l'année suivante, portait la proposition de modulation : des critères différenciés selon la combinaison taille-diversification des cultures, qui permettraient aux exploitants intermédiaires pratiquant des cultures mixtes en Beauce thimeraisienne d'accéder au dispositif sans être pénalisés par une clause de fidélité inadaptée à leur profil.
La FNSEA avait maintenu son opposition tout au long de l'année. Lors du conseil, son délégué régional a reformulé la position en termes crus : moduler les critères selon le profil revient à créer deux catégories d'adhérents, affaiblissant la capacité de la coopérative à négocier collectivement. La Confédération paysanne, elle, avait demandé en amont que la modulation soit actée non comme exception mais comme règle de base.
Le vote a donné raison à Lecomte. Les critères modulés sont adoptés pour la campagne suivante, avec une clause de révision annuelle sur données. La FNSEA a immédiatement annoncé qu'elle contesterait la décision devant la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir, estimant que la délibération outrepassait les statuts.
Claire Moreau, présente dans la salle, n'a pas pris la parole. Elle a rangé ses notes et quitté le bâtiment parmi les premiers. Dehors, un exploitant voisin lui a demandé si c'était une victoire. Elle a répondu que ça dépendrait de ce que la chambre d'agriculture ferait du recours.
Résidence rurale : quand la trace devient la question
La réunion de juin 2056, au bureau des scènes du ministère de la Culture, avait l'apparence d'une réunion technique. Aurélie Steinbach y présentait douze années de conventions de résidence en Meurthe-et-Moselle. Ce qui s'est dit ce jour-là a déplacé le débat vers un endroit que personne n'avait prévu d'aller.
Un responsable du bureau a demandé, en cours de séance, si la documentation des conditions de résidence — durée effective, relations tissées avec les habitants, présence hors représentations — ne risquait pas de transformer la nature même de ce qu'elle était censée décrire. L'agent itinérant qui travaille avec Steinbach depuis 2050 a répondu avant elle : une artiste qui sait que sa présence sera évaluée sur ses complicités locales ne noue pas les mêmes liens qu'une artiste qui se pose librement. La directrice de scène d'Occitanie, présente à la même table, a dit le contraire : sans documentation, la présence durable reste invisible aux financeurs et finit par disparaître des programmations.
Ce désaccord n'a pas été tranché. Il a pourtant produit quelque chose. La DRAC Grand Est, qui avait intégré les conventions nanciennes dans son projet de révision des critères en janvier, a adopté en octobre ses nouveaux critères de comptabilisation pour la saison 2056-2057. Les critères distinguent désormais passage bien préparé et présence durable avec complicités locales, et exigent une documentation des conditions — pas seulement des dates et des publics. Le Syndicat national des scènes publiques a demandé la transmission aux autres DRAC.
Steinbach n'a pas pris position publiquement sur la question soulevée en juin. Elle a continué à transmettre ses conventions. Ce que l'année 2056 a changé, c'est que la question de ce que documenter fait à la résidence est désormais posée dans un texte officiel — même si ce texte ne la tranche pas. C'est la première fois que la tension entre trace et expérience entre dans les critères plutôt que de rester dans les couloirs.
Le représentant du SNUipp-FSU de Lille : un homme entre la grille et la marge
Il a commencé à tenir un dossier sur les néotitulaires en septembre 2047, au moment où les inspecteurs lilloises modifiaient leur grille d'observation sans que personne n'en soit formellement informé. Neuf ans plus tard, le représentant du SNUipp-FSU de Lille est devenu la figure la plus connue d'un débat qui déborde de son académie.
En 2056, son rôle a changé de nature. Depuis que le ministère de l'Éducation nationale a validé en 2055 les annotations contextuelles de l'inspection de Lille — à condition qu'elles soient explicitement rattachées aux rubriques de la grille nationale —, il ne défend plus une procédure. Il en surveille l'application. Ce déplacement l'a mis dans une position inconfortable.
Au printemps, il a reçu plusieurs signalements de néotitulaires en REP+ dont les rapports d'inspection mentionnaient le contexte socioéconomique dans des termes qui excédaient visiblement le cadre de la modulation académique autorisée : non plus des annotations factuelles sur les conditions d'exercice, mais des interprétations sur la capacité de l'enseignant à « maîtriser son terrain ». Il a transmis ces signalements à la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance.
La DEPP a accusé réception. Elle a demandé des exemples anonymisés, qu'il a fournis en juin. En septembre, un cadrage interne a été transmis à l'inspection académique de Lille : les annotations contextuelles documentent les conditions, elles ne qualifient pas l'enseignant. L'inspection a pris acte.
Son collègue délégué SUD Éducation du Nord, qui avait contesté la grille nationale depuis l'origine, lui a envoyé un message bref en octobre : « Tu vois, la marge est une porte. » Il n'a pas répondu. Il pense que c'est vrai. Il pense aussi que surveiller une porte ouverte prend autant d'énergie que de l'avoir ouverte.
Vendée : les équipes marines découvrent que le cadre atlantique ne se transmet pas comme un manuel
Il y avait, dans le courrier de Marie Lecomte envoyé à l'automne 2055, une phrase que les équipes vendéennes n'avaient peut-être pas suffisamment lue : ne pas abréger les premiers cycles d'essai pour tenir le calendrier. En janvier 2056, c'est précisément ce qui s'est produit.
Le déploiement du cadre documentaire atlantique sur les sites d'énergies marines de la côte vendéenne a rencontré sa première friction réelle. L'opérateur en charge des installations au large de Saint-Gilles-Croix-de-Vie avait reçu le cadre élaboré à partir des protocoles bretons comme un outil administratif : des formulaires, des étapes, une nomenclature. Le premier cycle d'essai s'est déroulé en huit semaines au lieu des seize que la méthode itérative d'origine prévoyait. La Commission de régulation de l'énergie, informée par RTE, a demandé des explications.
C'est là que le revirement s'est produit. Contrairement à ce qui s'était passé lors des ajustements de 2053 — où les cycles itératifs avaient été réduits sans que personne n'ait formellement alerté —, RTE a cette fois transmis le signalement de Lecomte comme élément de contexte dans son rapport au CRE. L'ingénieure n'a pas été désignée correspondante technique du site vendéen, mais son avertissement est entré dans la procédure par un autre chemin : celui de la traçabilité documentaire.
Le CRE a suspendu la validation du premier cycle et demandé sa reprise dans le respect des durées prévues. L'opérateur vendéen a protesté — délais, coûts, calendrier de raccordement. Le CRE n'a pas cédé sur ce point. RTE a transmis la décision sans commentaire.
Lecomte, interrogée depuis son siège rennais, a simplement confirmé que la durée des cycles n'était pas un détail méthodologique. La décision du CRE lui a donné raison sans la nommer. Le cadre atlantique tient — mais il commence à montrer que sa robustesse dépend d'une vigilance que le document lui-même ne garantit pas.
Marseille : le sixième site change la nature du dispositif
Pendant sept ans, la logique des sites de Karim Amara avait été celle de la discrétion contrôlée : exister sans grossir, fonctionner sans promettre, tenir sans se justifier autrement qu'en tenant. Le revirement de 2056 est venu non pas d'une décision extérieure, mais d'une demande interne que personne n'avait anticipée dans ses conséquences.
La visite de site accordée par Amara aux associations de médiation interculturelle des treizième et quinzième arrondissements, actée en 2055, s'est tenue en mars 2056. Nadia Ferhat avait accompagné la délégation. La Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône avait envoyé un observateur.
Le résultat de la visite a surpris tout le monde, y compris Amara. Les associations ont conclu qu'elles ne souhaitaient pas reproduire le modèle tel quel — elles avaient une pratique de médiation structurée autour d'un conflit de représentation culturelle que l'approche de supervision directe ne prenait pas en charge. Mais elles ont demandé si une configuration hybride était envisageable : un espace de présence régulière, non directif, avec une charte de non-intervention active dans les litiges communautaires.
Amara a répondu qu'il pouvait décrire ce qui fonctionnait, pas promettre ce qui ne fonctionnerait pas. La Direction des solidarités a reçu la synthèse de la visite et a ouvert un examen de recevabilité d'un sixième site, non selon le modèle des cinq existants, mais selon une déclinaison adaptée. C'est la première fois depuis l'ouverture du site du quatorzième arrondissement que la Direction initie elle-même une variation du cadre.
Ferhat, interrogée sur ce qu'elle pensait de cette évolution, a dit que ça changeait la question. Avant, la question était de savoir si ça tenait. Maintenant, c'est de savoir ce que ça peut devenir.
Bourg-d'Oisans, salle du groupe de travail, un jeudi de septembre
La quatrième réunion du groupe de travail interministériel sur les mobilités de montagne s'est tenue un jeudi de septembre dans la salle mise à disposition par la communauté de communes de l'Oisans, à Bourg-d'Oisans. L'avis juridique sur l'expérimentation temporaire de mobilité informelle, attendu depuis le printemps, était arrivé la semaine précédente.
L'élue de la communauté de communes de l'Oisans a posé le document sur la table avant que le représentant du Commissariat général à l'égalité des territoires ait fini de s'asseoir. Elle n'a pas attendu les présentations pour formuler sa lecture : l'avis reconnaissait que les données collectées volontairement par les conducteurs depuis plus de deux ans constituaient, au sens du droit administratif, une base d'expérimentation de fait — mais il conditionnait toute reconnaissance formelle à un acte réglementaire du ministère délégué aux Transports.
Le directeur de Transisère, assis en face, a sorti sa propre lecture : l'avis ouvrait une procédure. Il ne la déclenchait pas. La différence entre les deux était exactement ce qui avait occupé les trois réunions précédentes.
Le représentant du ministère délégué aux Transports a pris la parole une fois : son administration examinait les conditions d'un acte réglementaire provisoire, mais le calendrier dépendait d'arbitrages interministériels qui n'avaient pas encore été rendus. Il n'a pas donné de date.
L'élue a demandé si les conducteurs qui déclaraient leurs trajets depuis deux ans recevraient une information sur l'état de la procédure. La réponse est venue du Commissariat général : oui, une communication serait possible. Sans calendrier non plus.
La réunion a duré deux heures. Les données sont restées dans la salle. Une cinquième réunion a été fixée en janvier 2057.
Bruxelles exige une réponse unifiée : la France court contre l'échéance du premier trimestre
La Commission européenne n'a plus demandé de cartographie depuis janvier 2054 : elle l'exige, avec une date. L'échéance du premier trimestre 2056 a transformé ce qui était un différend de gouvernance interne en urgence diplomatique.
Les trois contributions séparées produites à l'automne 2055 — RTE sur les protocoles atlantiques, l'ANSSI sur les périmètres d'audit, l'ADEME sur les indicateurs de transition — restent le point de départ. Elles sont solides. Elles ne se citent toujours pas. Le secrétariat général des affaires européennes a tenté en janvier d'imposer un cadre de consolidation ; les trois agences ont accepté de siéger dans un groupe de travail commun, mais ont refusé qu'un document unique soit signé sans validation technique conjointe.
La coalition germano-nordique observe l'impasse avec une attention qui n'est plus neutre : à Berlin, le dossier français est désormais classé parmi les déficits structurels de gouvernance, non parmi les retards conjoncturels. Ce glissement d'interprétation a des effets concrets sur les négociations de plusieurs dispositifs de vérification croisée en cours au Groupe des 77.
À l'approche d'une année présidentielle en France, la question de la continuité institutionnelle alourdit encore l'enjeu : quel cadre de signature survivra au scrutin si aucun n'est formalisé avant ? La Commission européenne attend une réponse. Le centre politique français cherche encore la forme que cette réponse peut prendre sans fracturer les agences qui portent la crédibilité sectorielle du pays. Le Fensch-Moselle continue de circuler comme preuve que la France sait construire une documentation conjointe — mais cette preuve date, et la coalition l'a dit.
Delta du Rhône : une chargée de mission sans mandat devient l'institution de fait
C'est un bilan d'année qui se lit dans les marges d'un tableau de suivi que personne n'a officiellement commandé. La chargée de mission de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui avait débloqué deux parcelles du Petit Rhône au printemps 2055 en réunissant séparément les représentants des deux conseils départementaux, a poursuivi cette méthode tout au long de 2056. Non pas parce qu'un mandat lui avait été confié — il ne l'a toujours pas été — mais parce qu'aucun autre fil n'existait.
En janvier, trois nouveaux dossiers bloqués du bassin camarguais ont trouvé un interlocuteur par ce même canal informel. En avril, une réunion de travail tenue dans les locaux du Parc naturel régional de Camargue, à Arles, a permis d'identifier une hiérarchie lisible entre deux référentiels d'espèces qui se contredisaient depuis deux ans. Le Conseil départemental du Gard a transmis son accord de principe. Celui des Bouches-du-Rhône a demandé une synthèse écrite — qui a été produite.
Jean-Pierre Delacroix, que personne n'avait convié à ces réunions, a suivi l'avancée à distance, par ses clients. Il a transmis à la DREAL un nouveau document complémentaire en juin, recensant les dossiers encore bloqués et proposant une formalisation minimale du rôle de la chargée de mission — non pas un mandat hiérarchique, mais un simple ordre de mission reconnaissant ses interlocuteurs légitimes dans les deux départements. La DREAL n'a pas répondu avant l'été.
La réponse est venue en septembre : la direction régionale a acté une lettre de mission interne, sans budget, sans autorité formelle sur les deux départements, mais avec une reconnaissance écrite de la fonction de coordination des dossiers complexes en zone humide. Ce n'est pas ce que Delacroix réclamait depuis 2052. C'est plus que ce qui existait en janvier. Les dossiers continuent d'avancer dossier par dossier, sans hiérarchie de sources clarifiée, mais avec quelqu'un dont le nom figure désormais dans un document officiel.
Safran-Toulouse : ce que la cartographie ne mesure pas
La cartographie est posée sur la table depuis le matin. Des colonnes, des codes de poste, des volumes à requalifier. L'expert mandaté par la direction a rendu ses conclusions en mars. Ce jeudi après-midi, la réunion n'est plus sur les chiffres — ils ont été discutés en séance plénière. Elle est sur ce que les chiffres ne contiennent pas.
Dans l'atelier d'assemblage de l'usine Safran-Toulouse, trois anciens titulaires des postes redéployés en 2048 travaillent désormais en supervision de lignes automatisées. Pierre Delmas les connaît par leurs prénoms. Il sait lequel, avant la robotisation, était capable de détecter un défaut d'assemblage au toucher, sans outillage. Ce geste n'a pas de rubrique dans la cartographie. Il n'a pas non plus de ligne dans les formations batterie-hydrogène qui s'ouvriront au second semestre.
Ce qui occupe la réunion de l'après-midi, c'est précisément cette lacune. Le directeur RH de Safran-Toulouse a posé une question directe : la cartographie identifie les postes requalifiables selon les compétences formelles certifiées. Qu'est-ce qu'on fait des compétences incorporées, celles qui n'ont jamais été passées en revue parce qu'elles semblaient évidentes à qui les portait ?
Delmas n'a pas de réponse prête. Il a une observation : les trois superviseurs de ligne qui réussissent le mieux ne sont pas ceux qui ont eu les meilleurs scores aux modules de transition. Ce sont ceux dont l'expérience antérieure incluait des gestes lents, répétitifs, qui leur ont appris à lire une anomalie avant qu'elle devienne un signal mesurable.
Le délégué FO prend note. Le délégué CGT, présent sans mandat de co-signer, dit qu'il pose la question par écrit avant le second semestre.
La formation peut transmettre des protocoles. Elle ne reconstruit pas ce que vingt ans dans un atelier installe dans le corps d'un opérateur. La cartographie avancera. Cette question-là, personne ne sait encore où la mettre.
Sources
Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.
- Convention Citoyenne pour le Climat
- Solagro
- GIEC
- RTE
- France Stratégie
- Commission européenne
- Commission de l'intelligence artificielle
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
- DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
- INSEE
- DREES
- CEVIPOF
- RAMSES (IFRI)
- Ministère de la Culture - DEPS