Année 2058

Édition n°33 · vendredi 3 juillet 2026

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2058 : ce qui tient en bas, ce qui manque encore au centre

2058 : ce qui tient en bas, ce qui manque encore au centre

Éditorial

En 2058, plusieurs choses ont abouti. L'acte réglementaire de l'Oisans est signé. Le module de formation de Safran-Toulouse existe dans les parcours filières. Les critères de résidence durable ont voyagé jusqu'aux Hauts-de-France. Le document commun d'OVHcloud a changé la façon dont deux directions se parlent. Ce ne sont pas des victoires éclatantes — mais ce sont des choses qui tiennent, des étapes franchies par des acteurs qui ont agi sans attendre que le centre décide.

Ce mouvement révèle cependant une asymétrie qui s'approfondit. Ce qui progresse progresse par le bas, par des gestes locaux qui finissent par être formalisés après coup : un superviseur de ligne qui démontre ses gestes devant des agents RH, une chargée de mission qui instruit un dossier sans en informer toutes les parties, un référent clinique de Sète qui transmet un dossier à l'ARS sans attendre la révision des critères par la HAS. Ces acteurs avancent. Mais ils avancent dans des architectures qui ne savent pas encore les agréger.

C'est précisément la question que pose le mécanisme de solidarité énergétique européen : la France dispose de contributions solides, reconnues dans leurs enceintes, RTE et ADEME produisent chacun ce qu'on leur demande — mais les deux documents ne se citent pas. La fenêtre est là, pour la première fois sans pression électorale immédiate. Ce que 2058 a prouvé, c'est que la compétence sectorielle ne manque pas. Ce qu'elle n'a pas encore démontré, c'est si le centre peut s'en saisir.

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Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

La présidente qui hérite d'un tableau de bord qu'elle n'a pas construit

Quand la nouvelle présidente a pris la tête de la commission des lois du Sénat au printemps 2058, elle a hérité d'un tableau de bord procédural qu'elle n'avait jamais utilisé, d'un rapport annexe dont elle n'avait pas voulu la création, et d'une distinction entre les deux que ses prédécesseurs avaient mis plusieurs alternances à stabiliser. Sa première séance de rentrée, salle Clemenceau en septembre, a été l'occasion de mesurer concrètement ce que cette transmission signifie.

Elle connaissait les instruments de l'extérieur. Sénatrice depuis une dizaine d'années, elle avait suivi le dossier depuis les travées, sans en être auteure. Ce qu'elle a découvert en juillet, en prenant connaissance des archives de la commission, c'est l'épaisseur du travail accumulé : les notes de rappel de la secrétaire générale, les réserves récurrentes de la Cour des comptes, les formulations successives du président sortant qui avait progressivement transformé une précaution en doctrine. Ce que ses prédécesseurs avaient construit, elle devait désormais le tenir sans l'avoir défendu.

La question qui s'est posée à elle dès l'été n'était pas de principe, mais de calendrier : le rapport annexe, document d'information sans valeur normative autorisé en 2053, documentait les engagements de l'équipe gouvernementale sortante. La nouvelle équipe n'avait pas encore arrêté sa position sur ce qu'il devrait désormais couvrir. Elle a posé la question formellement en août au secrétariat général. Réponse attendue avant la fin de l'année.

Ce qu'elle a dit en séance en septembre, devant les trois sénateurs des Hauts-de-France qui ont connu les premières batailles sur le rapport annexe, n'était pas une formule empruntée à ses prédécesseurs. C'était sa propre lecture d'un héritage : le tableau de bord suit les textes adoptés, pas les promesses. Ce qu'on en fait politiquement ne lui appartient pas. Ce qui lui appartient, c'est de veiller à ce que la distinction tienne.

Relations internationales2 min de lecture

Accord énergétique européen : une opportunité que la France peine encore à saisir ensemble

L'accord du Conseil européen sur le mécanisme de solidarité énergétique, entré en vigueur au premier trimestre 2058, a fourni à la France une occasion concrète de démontrer ce que ses partenaires attendent depuis plusieurs années : une capacité à agréger ses compétences sectorielles en une réponse lisible depuis Bruxelles.

Le mécanisme prévoit un pilotage conjoint entre la Commission européenne, les préfectures régionales et les agences de l'eau nationales. Du côté français, RTE a rapidement identifié les zones côtières méditerranéennes et atlantiques comme prioritaires — cohérence directe avec le travail mené depuis plusieurs années sur les énergies marines. L'ADEME a produit sa propre contribution sur les indicateurs d'adaptation climatique des régions éligibles. Les deux documents sont solides. Ils ne se citent pas.

La coalition germano-nordique, qui observe le dossier français depuis Berlin, a pris acte de la configuration sans surprise : les agences sectorielles françaises produisent des livrables reconnus dans leurs enceintes respectives, le centre politique n'agrège pas. Le précédent Fensch-Moselle continue de circuler dans les discussions multilatérales comme preuve que la France sait construire une documentation conjointe quand les conditions politiques le permettent. La Commission européenne a précisément formulé la question inverse : ces conditions peuvent-elles être réunies indépendamment du calendrier électoral ?

La nouvelle équipe gouvernementale issue du scrutin de printemps 2058 dispose d'une fenêtre. Le mécanisme de solidarité énergétique exige une réponse consolidée avant la fin de l'exercice. C'est la première échéance depuis plusieurs années qui n'arrive pas en période préélectorale. Si la France ne produit pas de contribution unifiée cette fois, l'explication conjoncturelle ne tiendra plus.

Énergie et ressources2 min de lecture

Vendée : une matinée d'audit au cœur du différend sur les cycles d'essai

Lundi de septembre 2058, salle de réunion du site de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Huit heures trente. L'équipe d'audit mandatée par la Commission de régulation de l'énergie a posé ses documents sur la table avant l'arrivée des représentants de l'opérateur vendéen. Il y a des tasses, du café, et un silence de début de procédure.

L'avis définitif de la CRE, rendu en octobre 2057 après des mois de conflit sur la durée minimale des cycles itératifs, avait été clair : les durées ne sont pas un paramètre ajustable site par site. Elles sont la condition de reproductibilité de l'apprentissage. Ce matin, l'audit vise à vérifier si le cycle en cours sur le site vendéen respecte cette règle après la suspension de l'hiver précédent.

Le directeur technique de l'opérateur entre le premier. Il pose lui-même son relevé de suivi de cycle sur la table — geste que l'auditeur principal note sans commentaire. Les durées sont conformes cette fois. Seize semaines complètes, sans abréviation. Ce que le relevé ne dit pas, c'est à quel prix : le calendrier de raccordement a été repoussé d'un trimestre, et l'opérateur a dû renégocier deux contrats de livraison avec des collectivités du littoral.

La réunion dure deux heures. L'auditrice posée à l'angle de la table — issue du siège rennais de RTE — lit les données de terrain cycle par cycle, semaine par semaine. Elle cherche les anomalies détectées en milieu de cycle, celles que Marie Lecomte avait documentées dans les nœuds bretonnais et qui justifiaient les seize semaines. Sur ce site vendéen, la configuration est différente : les anomalies, quand elles apparaissent, le font plus tôt, en deuxième ou troisième semaine.

L'auditrice relève l'observation dans son compte rendu. Elle ne conclut pas que les durées sont excessives. Elle note que la question mérite une attention spécifique dans le prochain cycle de révision du cadre documentaire. L'opérateur quitte la salle avec sa conformité validée et, pour la première fois, une trace écrite que ses observations ont été entendues.

Alimentation2 min de lecture

Claire Moreau : l'attente comme posture

En mars 2057, Claire Moreau avait quitté la salle quatorze de la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir parmi les premières, avant même que le délégué régional de la FNSEA n'ait fini de ranger son dossier. Un exploitant voisin lui avait demandé si c'était une victoire. Elle avait répondu que ça dépendrait de la chambre.

Dix-huit mois ont passé. La chambre a rendu sa décision en janvier 2058 : le recours de la FNSEA est déclaré recevable sur le fond, et la délibération de Terre et Progrès adoptant les critères modulés est suspendue dans l'attente d'un examen approfondi. Pour les exploitants intermédiaires de la Beauce qui avaient voté pour la modulation, la campagne 2058 s'ouvrira donc sans les nouveaux critères — les anciens s'appliquent, clause de fidélité uniforme comprise.

Moreau a appris la décision par un message du juriste de Terre et Progrès. Elle n'a pas rappelé. Elle a noté la date dans le même cahier où elle consigne ses commandes de semences et ses relevés de rendement. Pas de colonne séparée pour les procédures.

Ce qui a changé pour elle entre 2057 et 2058, ce n'est pas la procédure. C'est la saison. Printemps sec sur la Beauce thimeraisienne, été correct, automne tardif qui a permis de rattraper une partie du retard. Son exploitation intermédiaire — cultures mixtes céréales-oléagineux — a produit une récolte que la clause de fidélité a livrée à Terre et Progrès dans les délais contractuels. André Lecomte, dont la coopérative continue de fonctionner en dépit de la suspension judiciaire des critères modulés, a reçu la livraison sans commentaire.

Le recours de la FNSEA sera examiné au fond au cours du premier semestre 2059. Moreau sera peut-être convoquée comme témoin : elle a participé au groupe de travail qui a documenté les pertes des exploitations intermédiaires. Elle a indiqué au juriste de Terre et Progrès qu'elle viendrait si on lui demandait. Elle n'a pas dit qu'elle espérait quelque chose du résultat. Ce n'est pas qu'elle soit résignée. C'est qu'elle a appris à distinguer ce qui dépend d'elle de ce qui ne dépend pas.

Culture et art2 min de lecture

Résidences rurales : la DRAC Hauts-de-France adopte les critères, le syndicat demande davantage

La synthèse de la journée de formation organisée à Strasbourg en mai 2057 a mis neuf mois à parvenir aux DRAC Hauts-de-France et Île-de-France. Elle est arrivée en février 2058, accompagnée d'un courrier de la directrice de la scène nationale d'Occitanie qui avait relancé la demande de transmission en décembre. La DRAC Hauts-de-France a accusé réception en mars. En juin, elle a annoncé l'adoption des nouveaux critères de labellisation pour la saison 2058-2059 — les mêmes que ceux adoptés par la DRAC Grand Est à l'automne 2056, distinguant passage bien préparé et présence durable, exigeant la documentation des conditions de résidence.

Le Syndicat national des scènes publiques avait réclamé cette transmission depuis la réunion inter-DRAC de 2054. Il l'a obtenue. Il a aussitôt formulé une nouvelle demande : que l'adoption des critères s'accompagne d'un dispositif de soutien aux compagnies qui ne savent pas encore formaliser leurs pratiques de présence durable — comme l'avait montré la journée de formation de Strasbourg, où plusieurs compagnies avaient découvert qu'elles satisfaisaient aux critères sans l'avoir jamais écrit.

La DRAC Hauts-de-France a refusé : la formation relève de l'initiative des compagnies et des structures d'accueil, pas de son mandat. Le directeur régional a indiqué qu'il informerait les scènes nationales du territoire des nouveaux critères, à charge pour elles d'organiser l'accompagnement. Le syndicat conteste cette lecture : sans soutien méthodologique, les critères reproduisent l'inégalité entre compagnies bien dotées en administration et celles qui portent une présence réelle sans documentation.

Aurélie Steinbach, dont les conventions de la scène nationale de Nancy continuent de servir de référence documentaire dans ces discussions, n'a pas pris position sur le différend. L'agent itinérant de Meurthe-et-Moselle a transmis les critères aux compagnies de son circuit. Deux ont demandé un rendez-vous pour comprendre ce que « documentation des conditions » signifie concrètement. La tension entre adoption formelle et capacité effective à y répondre reste entière.

Éducation et transmission2 min de lecture

Lille : ce que les néotitulaires apprennent à écrire — et comment ils l'apprennent

Il y a une question que les néotitulaires de l'académie de Lille ne posent plus à l'inspection. Ils la posent à leurs collègues de couloir.

Depuis que les annotations contextuelles sont entrées dans les pratiques de l'inspection académique — documentant absentéisme, vétusté des salles, rotation des élèves dans les rapports d'évaluation — une culture professionnelle informelle s'est constituée autour d'elles. Ce n'est pas dans les textes qu'un enseignant débutant apprend ce qu'il est légitime d'écrire sur ses conditions d'exercice. C'est en demandant à la collègue de mathématiques du troisième étage ce qu'elle a mis dans son propre rapport l'année précédente.

Ce que l'année 2058 a révélé, c'est le retournement de cette dynamique. Le cadrage transmis à l'inspection à l'automne 2056 avait produit son effet visible : les formulations excessives avaient reculé dans les rapports de néotitulaires en REP+. Mais au fil du printemps 2058, le représentant du SNUipp-FSU de Lille a reçu des signalements d'un type nouveau. Dans plusieurs établissements ordinaires de l'académie, des néotitulaires n'avaient rien annoté — même là où leurs collègues d'autres académies auraient documenté des conditions comparables. Pas d'excès : une absence.

Ce retournement a une logique. La circulation informelle du savoir sur les normes fonctionne dans les deux sens. Quand un néotitulaire entend dans la salle des professeurs qu'« annoter attire l'attention », il intègre cette prudence autant que les règles officielles. Ce que l'inspection académique avait cadré par écrit, la culture de salle des profs l'avait recadré autrement, sans texte.

Le représentant du SNUipp-FSU a transmis un corpus anonymisé à la DEPP en octobre. Réponse pas encore revenue. L'inspection a indiqué qu'elle examinerait la question à l'automne sans modifier les pratiques entre-temps. Le délégué SUD Éducation Nord a envoyé un message bref : « La porte s'est déplacée, pas disparue. » Cette fois, le représentant a répondu : « Je sais. »

Lien social et communauté2 min de lecture

Sixième site, premier bilan : une matinée dans les locaux de la médiation interculturelle

Jeudi de mars 2058, dans les locaux de l'association de médiation interculturelle du treizième arrondissement de Marseille. Neuf heures. Deux bénévoles préparent la salle pour la première séance de la semaine. Ce sont les mêmes deux bénévoles qu'en janvier — ce qui est, en soi, un indicateur que l'équipe qui pilote le sixième site note avec soin.

La Direction des solidarités des Bouches-du-Rhône avait tranché en juin 2057 : le sixième site fonctionnerait sous pilotage des associations de médiation interculturelle des treizième et quinzième arrondissements, avec un financement distinct du dispositif Amara. Karim Amara avait refusé de co-piloter. Nadia Ferhat avait transmis la décision aux bénévoles des cinq sites existants en ajoutant une ligne de bas de page : « cinq sites continue ».

Neuf mois plus tard, les cinq sites continuent effectivement. Le sixième aussi — mais avec une logique différente que les premiers mois ont rendu visible. Là où les sites Amara reposent sur une présence régulière non directive, le sixième a introduit une structure de médiation active autour des conflits de représentation culturelle. Les habitants qui fréquentent les deux types de sites ne sont pas les mêmes. Les associations médiatrices ont constaté, dans leurs comptes rendus transmis à la Direction en février, que les profils de fréquentation divergeaient nettement.

Ferhat a reçu ces comptes rendus en copie. Elle n'a pas commenté. Elle sait que ce que produit le sixième site ne ressemble pas à ce que produisent les cinq autres, et que c'est précisément ce que la Direction avait voulu : une déclinaison adaptée, pas une duplication. Ce matin, dans le treizième arrondissement, la question n'est pas de savoir lequel des deux modèles est le bon. C'est de savoir ce que chacun fait, pour qui, et si ce que produit le sixième tient dans la durée autant que ce qui tient depuis onze ans rue de la même adresse.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Covoiturage de montagne : l'acte réglementaire signé, les conducteurs informés

Ce que les conducteurs de l'Oisans attendaient depuis quatre ans est arrivé en mars 2058 sous la forme d'un document de deux pages. L'acte réglementaire provisoire encadrant l'expérimentation de covoiturage informel en zone de montagne, dont l'instruction avait été ouverte après l'avis juridique de l'automne 2056, a été signé par le ministère délégué aux Transports en coordination avec le Commissariat général à l'égalité des territoires. Il reconnaît formellement les données collectées depuis 2054 comme base d'une expérimentation dotée d'un statut de droit administratif provisoire.

Transisère et la communauté de communes de l'Oisans ont reçu l'acte le même jour. La directrice de Transisère a transmis une communication aux déclarants volontaires dans la semaine suivant la réception : l'expérimentation est désormais reconnue, les déclarations de trajets continuent dans le cadre formalisé, l'acte est valable pour une durée déterminée avec révision prévue avant son terme.

Plusieurs dizaines de conducteurs ont répondu par retour. Certains demandaient si quelque chose allait changer dans leur pratique quotidienne. La réponse de Transisère a été non : les formulaires de déclaration restent identiques, la fréquence aussi. Ce que l'acte change, c'est le statut des données, pas le geste de les produire.

L'élue de la communauté de communes de l'Oisans a reçu confirmation que la sixième réunion du groupe de travail interministériel prévue en septembre 2057 avait bien eu lieu et avait acté le calendrier de l'acte. Elle n'y avait pas participé directement — la réunion s'était tenue à Paris en format resserré. Elle a indiqué à la directrice de Transisère que l'essentiel était l'acte, pas la réunion. Ce que l'acte ne tranche pas encore, c'est la pérennisation du dispositif au-delà de la période expérimentale. La question est posée au groupe de travail pour 2059.

Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud : quand le document commun change le rapport à la croissance

Le revirement n'a pas eu lieu lors d'une réunion. Il s'est produit progressivement entre janvier et octobre 2058, à mesure que le document de référence commun validé en début d'année — celui que le directeur technique et la direction commerciale d'OVHcloud avaient signé conjointement pour la première fois depuis la certification partielle de l'ANSSI — changeait la façon dont les deux directions discutaient des nouveaux prospects.

Jusqu'en 2057, chaque nouveau contrat potentiel avait donné lieu à un conflit préalable sur la nature des données concernées et leur compatibilité avec le périmètre de compartimentage existant. Le document commun avait posé trois catégories avec des contraintes architecturales distinctes. Ce cadre n'avait pas supprimé les désaccords : il avait changé leur nature. On ne débattait plus de si le modèle s'appliquait, mais de dans quelle catégorie une donnée donnée devait être classée avant toute négociation commerciale.

Le premier effet concret s'est produit en avril, lors des discussions avec un prospect de recherche clinique dont les données ne relevaient clairement ni de la première ni de la troisième catégorie du document. Pour la première fois, la direction commerciale a elle-même proposé de soumettre le cas à l'équipe red team avant l'offre commerciale — non comme concession, mais comme étape standard du processus. Le directeur technique a noté l'échange sans commentaire.

L'ANSSI a demandé en mai que le document soit intégré au prochain cycle d'audit red team programmé pour l'automne. C'est là que le revirement a pris sa forme la plus claire : l'audit ne portera plus seulement sur la solidité de l'architecture existante, mais sur sa capacité à classer correctement de nouveaux types de données avant déploiement. La logique de contrainte s'est transformée en logique de qualification. Le prospect hospitalier breton, dont l'avenant avait été finalisé en septembre 2057, a été le premier à bénéficier de cette maturité opérationnelle. Il a renouvelé son contrat en juillet 2058 sans renégociation de fond.

Santé et corps2 min de lecture

Accès aux thérapies innovantes : Sète contre le critère du plateau technique

La session plénière de la Haute Autorité de santé prévue en février 2058 s'est tenue sans que la question des critères d'accès prioritaire aux innovations thérapeutiques soit formellement inscrite à l'ordre du jour. Elle l'avait été en principe depuis novembre 2057 — le docteur Ahmed Saïdi l'avait transmise en note à la HAS avant même que la première vague de déploiement de la thérapie d'inhalation pour la fibrose pulmonaire idiopathique ne soit close. La session a examiné d'autres points. La question du critère du plateau technique suffisant a été reportée à l'automne 2058.

C'est ce report que le centre hospitalier de Sète a refusé d'attendre. Le référent clinique désigné dans le cadre de l'avenant avec l'ARS Occitanie — non Saïdi, mais un praticien hospitalier qui avait pris l'initiative en 2057 de documenter les conditions de surveillance post-administration pratiquées dans les sites retenus — a transmis en mars un dossier formel à l'ARS demandant l'intégration de Sète à la deuxième vague de déploiement sans attendre la révision des critères par la HAS.

L'ARS Occitanie a refusé. Motif : la procédure de déploiement progressif est pilotée par l'ARS Île-de-France, et les critères d'accès — dont le plateau technique — relèvent d'une grille commune qui ne peut être modifiée par une ARS régionale isolément. Le dossier sétois a été transmis pour examen au comité de déploiement national. Réponse attendue avant la fin de l'année.

Saïdi a reçu la copie de la transmission sans commentaire. Ce qu'il observe depuis plusieurs mois, c'est que le conflit porte désormais sur deux logiques de décision qui ne se parlent pas : la procédure contractuelle qui a permis à Sète de progresser dans la coordination de soins, et les critères d'accès aux innovations qui obéissent à une grille nationale que nul avenant local ne peut infléchir. L'une a produit un référent qui agit. L'autre n'a pas encore dit si ce référent compte.

Territoire et habitat2 min de lecture

Delta du Rhône : la chargée de mission face à Delacroix, deux logiques s'affrontent

La lettre de mission interne signée par la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur à l'automne 2056 avait semblé, sur le moment, clore un cycle. Une fonction informelle de coordination devenait un rôle reconnu dans un document officiel. En 2058, ce que cette reconnaissance a produit concrètement est devenu l'objet d'un désaccord ouvert entre la chargée de mission et Jean-Pierre Delacroix — un désaccord que personne n'a encore tranché.

Le conflit s'est cristallisé au printemps, à l'occasion d'un dossier de zone humide sur le Petit Rhône que deux conseils départementaux se renvoyaient depuis plus de deux ans. La chargée de mission — dont la lettre de mission prévoit explicitement la coordination des dossiers complexes entre Bouches-du-Rhône et Gard — a convoqué une réunion bilatérale à Arles sans en informer Delacroix. Le dossier a progressé. L'instruction a abouti en moins de trois mois.

Delacroix l'a appris par un exploitant du Petit Rhône. Il a transmis une note à la DREAL en mars, non pour contester la décision, mais pour poser la question de méthode : la lettre de mission crée-t-elle un couloir dans lequel les avocats spécialisés en accompagnement procédural n'ont plus de place ? Sa note est restée sans réponse formelle à ce jour.

La chargée de mission, interrogée sur le fond, a répondu que sa mission était d'avancer les dossiers, pas de gérer les relations entre acteurs du champ. Formulation exacte et, pour Delacroix, précisément le problème : sans interlocuteur stable qui rend compte à l'ensemble des parties, les dossiers progressent mais la doctrine ne se clarifie pas. L'absence de hiérarchie entre sources d'expertise — celle des écologues, celle des avocats, celle de la DREAL — reste entière.

La DREAL n'a pas répondu à la note. Quatre dossiers supplémentaires ont été instruits depuis janvier 2058 dans le bassin camarguais. Ce que ce rythme dit de l'équilibre entre efficacité et lisibilité procédurale reste, pour l'instant, une question ouverte que personne dans l'institution ne s'est assigné la charge de trancher.

Travail et économie2 min de lecture

Safran-Toulouse : ce que l'atelier a transmis au module de formation

En 2058, le groupe de travail interne sur les gestes incorporés à l'usine Safran-Toulouse a produit quelque chose que Pierre Delmas n'avait pas anticipé en le lançant : un module de formation qui a effectivement été intégré aux parcours de filières batteries-hydrogène. C'est une première depuis le début des négociations sur la reconversion des postes redéployés.

La proposition formelle déposée par Delmas en fin d'année 2057 a traversé le printemps sans réponse. En juin, la direction des ressources humaines de Haute-Garonne a convoqué une réunion avec le directeur RH de Safran-Toulouse et deux représentants du groupe de travail — dont un des trois superviseurs de ligne qui avaient accepté de décrire leurs gestes d'atelier. Ce n'est pas Delmas qui a présenté la proposition ce jour-là, mais le superviseur lui-même : une heure de démonstration pratique, sans dossier, devant des agents RH qui prenaient des notes sur tablette.

La décision est venue en septembre : un module dit « observation en situation » de quatre semaines sera intégré à titre expérimental dans deux parcours de formation filières batteries-hydrogène. Il ne remplace pas les modules certifiants. Il les précède. Les stagiaires passent un cycle en binôme avec des superviseurs expérimentés sur les lignes automatisées, pour identifier les anomalies avant qu'un signal mesurable ne les déclenche.

Le délégué FO a signé le protocole d'intégration. La CGT a refusé, maintenant que le périmètre fermé des filières entérine une clôture déguisée des lignes existantes. Delmas a enregistré le désaccord sans chercher à le résoudre : la fracture syndicale n'est pas nouvelle, et le module existe maintenant indépendamment d'elle.

Premiers résultats attendus à l'issue de la session pilote prévue pour le premier semestre 2059. La direction ressources humaines de Haute-Garonne a demandé un compte rendu intermédiaire à mi-parcours. C'est la première fois qu'elle formule une demande dans ce dossier plutôt qu'une réponse.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS