Année 2064

Édition n°39 · jeudi 9 juillet 2026

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2064 : ce que les architectures tenues ont commencé à exiger

2064 : ce que les architectures tenues ont commencé à exiger

Éditorial

La chaise était occupée. Mais dans les couloirs de 2064, ce qui a pesé, c'est souvent ce que personne n'a dit — et pourquoi. À Roubaix, OVHcloud a tenu sa quatrième délibération sur les données d'imagerie médicale : accord sur la méthode, désaccord sur le fond, deux prospects partis entre-temps. Au Secrétariat général du gouvernement, un silence de prudence est devenu, sous pression préélectorale, un argument contre celle qui le tenait. Dans l'Oisans, des données de covoiturage ont rendu intenable un cadrage que tout le monde préférait maintenir. Ce que 2064 révèle, avec une précision d'horloger, c'est que les architectures tenues — procédures, documents, reconductions budgétaires — commencent à produire des effets que personne n'avait commandés. Et que ces effets, désormais, demandent à être nommés.

Il y a pourtant des années où quelque chose aboutit. À Chartres, la révision statutaire de Terre et Progrès a traversé la procédure judiciaire et en est sortie avec un nom dans les textes : la jurisprudence coopérative s'est étoffée. À Bruxelles, l'accord franco-allemand sur l'hydrogène a donné à la délégation française sa première preuve de substance. Ces victoires sont réelles, et elles ne s'annulent pas.

Mais à Bagnols-sur-Cèze, la trajectoire progressive de la HAS bute sur ce qu'elle ne finance pas. À Lille, la reconnaissance de principe du tutorat informel n'ouvre aucun levier. Ce que 2064 enseigne, au fond, c'est que tenir une architecture et la faire avancer sont deux actes distincts. La différence entre les deux s'appelle désormais.

Par MeriemGouvernance et diplomatie. Écoute surtout ce qu'on ne dit pas.

À la une

3 articles à lire
Relations internationales2 min de lecture

Hydrogène franco-allemand : une victoire de méthode, et déjà la prochaine question

Par Meriem

Bruxelles, mars 2064. La salle du suivi trimestriel de la Commission européenne n'avait pas changé — mêmes tables, mêmes projections sur l'écran du fond, mêmes délégués assis selon un protocole que personne n'a jamais formalisé. Ce qui avait changé, c'est ce que la délégation française avait apporté cette fois : non plus seulement le format de vérification croisée entre RTE, ANSSI et ADEME, mais un premier résultat concret à poser sur la table. L'accord franco-allemand sur l'hydrogène décarbonisé, signé à Paris quelques semaines plus tôt, entrait officiellement dans l'architecture documentaire commune. Le CEA et l'Institut Fraunhofer y pilotent conjointement deux sites de démonstration — l'un en Lorraine, l'autre en Rhénanie-Palatinat — avec des jalons mesurables sur le coût de production et la formation de chercheurs. Pour la délégation française, c'était un argument de substance là où elle n'avait jusqu'ici présenté que de la méthode.

La coalition germano-nordique a pris note. Elle a même, pour une fois, commenté favorablement. Mais la salle n'a pas tardé à se souvenir de ce qu'elle voulait vraiment savoir : le groupe de travail technique sur les périmètres d'émissions incorporées, ouvert en 2063 sans date fixée, n'a pas rendu ses conclusions. L'accord lorrain prouve que Paris et Berlin peuvent produire ensemble. Il ne répond pas à la question posée depuis l'automne dernier : selon quelle méthode comptabilise-t-on ce qu'on produit ensemble ?

« L'accord lorrain prouve que Paris et Berlin peuvent produire ensemble. »

Dans une salle comme celle-là, une bonne nouvelle fait toujours office d'introduction à la suivante demande.

Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud : quand la procédure de vote devient la procédure d'évitement

Par Etienne

Il y a des mécanismes conçus pour clore un désaccord, et il y a ce que ce mécanisme devient une fois qu'on l'a utilisé trois fois sans résultat. À Roubaix, le centre technique d'OVHcloud a traversé 2064 avec la même question que l'année précédente sur la table — le classement des données d'imagerie médicale longitudinale en troisième catégorie architecturale — et la même réponse du comité de direction : vote, désaccord réaffirmé, instruction suspendue.

La quatrième délibération formelle s'est tenue en mars. Le directeur technique a maintenu sa position : le risque de réidentification des données d'imagerie longitudinale est architecturalement distinct des données médicales courantes ; les faire passer sous le même régime revient à simuler une couverture qu'on n'a pas. La direction commerciale a maintenu la sienne : le document de référence commun de 2057 ne ferme pas cette porte, l'interprétation restrictive du directeur technique dépasse ce que le texte impose. Le vote a donné le même résultat qu'en juin, qu'en automne, qu'au premier trimestre. En langage de comité de direction, « résultat identique » veut dire que personne n'a bougé, mais que tout le monde continue de se réunir.

« Une autorité de certification qui observe une procédure se reproduire sans intervenir n'est pas absente — elle attend de voir qui perd d'abord. »

Ce qui a changé en 2064, c'est que les deux prospects hospitaliers en attente depuis deux ans ont fini par tirer leurs propres conclusions. Le premier, établissement universitaire de l'arc atlantique, a notifié OVHcloud en juin qu'il engageait une consultation auprès d'un opérateur concurrent. Le second n'a pas notifié. Il n'a plus répondu aux sollicitations de la direction commerciale depuis septembre.

L'ANSSI, informée des délibérations depuis l'origine, n'a jamais été invitée à trancher. Elle n'a pas demandé à l'être. Ce silence-là est peut-être le plus instructif de l'année : une autorité de certification qui observe une procédure se reproduire sans intervenir n'est pas absente — elle attend de voir qui perd d'abord.

Le directeur technique a signé le compte rendu de la quatrième délibération. La direction commerciale aussi. Accord sur la méthode, désaccord sur le fond : la formule tient depuis 2062. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que deux clients sont partis pendant qu'elle tenait.

Énergie et ressources2 min de lecture

Marie Lecomte et l'accord franco-allemand : quand un calendrier national heurte une capacité locale

Par Prya

Un accord signé à Paris produit des effets à Fos-sur-Mer. C'est le mécanisme que Marie Lecomte a passé une partie de l'année 2064 à documenter — non pour en contester le principe, mais pour en mesurer les conséquences sur un réseau qui n'avait pas été consulté avant la signature.

L'accord franco-allemand sur l'hydrogène décarbonisé, conclu en début d'année avec le CEA à Saclay et l'Institut Fraunhofer, prévoit des jalons de production et de transport mesurables à l'horizon 2027. Sur le papier, la façade méditerranéenne est bien positionnée : plusieurs projets de production par électrolyse sont en cours d'instruction auprès de la CRE, et le couloir Fos-Berre constitue l'un des axes logistiques envisagés pour l'acheminement vers le nord-est européen. Ce que l'accord n'a pas anticipé, c'est que RTE n'a pas, dans ce secteur, les capacités de transit disponibles dans les délais que l'accord suppose.

« Un engagement politique a été contractualisé sur la base de capacités qui doivent encore être construites. »

Lecomte travaille depuis le siège régional de RTE à Rennes, en appui aux équipes techniques du réseau méditerranéen. Ce qu'elle observe depuis le printemps ressemble à un problème de séquençage : un engagement politique a été contractualisé sur la base de capacités qui doivent encore être construites. Ce n'est pas une première dans l'histoire des infrastructures énergétiques. C'est simplement que, cette fois, le calendrier est celui d'un accord bilatéral dont Berlin suit l'avancement, et non celui d'un programme national ajustable en cours de route.

L'enjeu est précis. Réduire les délais de renforcement de capacité sur l'arc méditerranéen pour tenir les jalons de l'accord, c'est déplacer un risque technique vers plus loin — exactement la substitution que Lecomte avait documentée sur les cycles d'essai en Vendée trois ans plus tôt. Le sous-groupe technique de la CRE, saisi en octobre, a enregistré la question sans fixer de calendrier d'instruction.

L'accord de Paris reste le cap. Les capacités réseau sont le chemin. Et ce chemin, pour l'instant, n'a pas la même longueur selon d'où l'on part.

Alimentation2 min de lecture

Terre et Progrès : l'année où le droit coopératif a tranché

Par Marcel

L'enveloppe kraft est dans le tiroir du bas depuis juillet. André Lecomte ne l'a pas encadrée, ne l'a pas citée en réunion. Il l'a rangée, comme on range ce qui a tenu sans en faire tout un discours.

La décision du tribunal judiciaire de Chartres était tombée en juin 2063 : recours de la FNSEA rejeté, révision statutaire de Terre et Progrès maintenue. Les critères différenciés selon le mode de production sont désormais opposables à l'ensemble des adhérents, y compris aux exploitants intermédiaires de Beauce qui s'étaient abstenus lors du vote de l'assemblée générale. Claire Moreau, qui avait conduit le recours, n'a pas commenté publiquement.

« Les collectivités n'avaient pas attendu les statuts : elles achetaient, saison après saison, directement à la coopérative. »

Ce que l'année 2064 a révélé, c'est la nature exacte de ce que le jugement avait validé — et ce qu'il n'avait pas eu à valider. Pendant toute la durée de la procédure, les contrats bilatéraux avec les restaurants scolaires du département avaient continué. Les collectivités n'avaient pas attendu les statuts : elles achetaient, saison après saison, directement à la coopérative. Ce flux-là n'avait jamais été suspendu, jamais été indexé sur l'issue judiciaire.

Au printemps, les premières campagnes sous les nouveaux statuts pleinement applicables ont mis à l'épreuve une question que la procédure avait laissée ouverte : les critères différenciés changeraient-ils concrètement la structure des engagements ? Les données de la saison estivale, dont la coopérative fait le bilan en fin d'année, indiquent que les volumes engagés par les exploitants agroécologiques ont progressé, tandis que les adhérents intermédiaires ont maintenu leur participation sans rupture. La jurisprudence en droit coopératif agricole restait maigre avant ce dossier : elle l'est un peu moins.

Lecomte avait ouvert la réunion de bureau de juillet sans discours. Le dossier beige avait encore de la place dans le tiroir. C'est peut-être ça, le bilan d'une année : non pas une transformation proclamée, mais quelque chose qui tient et qui, désormais, a un nom dans les textes.

Culture et art2 min de lecture

Aude : le document normand obtient gain de cause, mais personne n'assume la règle qu'il a créée

Par Capucine

La commission de réexamen s'est réunie en mars, dans les locaux de la DRAC Occitanie à Montpellier. Les deux compagnies de l'Aude et de l'Hérault, requalifiées l'an dernier par application du document normand, attendaient une décision. Elles l'ont obtenue : leurs dossiers sont maintenus au financement. Victoire, officiellement.

Mais il faut lire la décision de près. La DRAC Occitanie n'a pas dit que le document était inapplicable. Elle n'a pas dit qu'il s'était trompé. Elle a dit que « les circonstances locales » méritaient « une instruction complémentaire approfondie ». On appelle ça une sortie par le haut. On appelle ça, plus précisément, ne pas toucher au document qui pose problème tout en évitant la condamnation de ceux qui l'ont appliqué.

« L'État central contrôle ce qu'il a laissé partir. »

Le directeur de la DRAC Normandie, dont la reformulation a déclenché toute l'affaire, n'a pas été consulté lors de la procédure de réexamen. Il ne l'avait pas davantage été quand la DRAC Occitanie avait commencé à citer son texte comme référence, un an et demi plus tôt. Le groupe de travail de Caen, qui avait produit ce document sans mandat, ne s'est pas réuni depuis novembre 2062. Le document, lui, continue de circuler.

La direction nationale de la création, saisie l'an dernier, avait répondu que chaque DRAC reste compétente pour adapter les critères à son territoire. Cette réponse, que personne n'a contredite, signifiait une chose simple : l'État central contrôle ce qu'il a laissé partir. Il ne le récupère pas.

Aurélie Steinbach, depuis Nancy, a reçu copie de la décision de mars. Elle n'a pas commenté. Elle a passé — deux compagnies de l'Aude obtiennent gain de cause ; elle a aussi vu qu'elles gagnent du temps, pas de la clarté. Personne, dans cette procédure, n'a nommé la règle qu'on applique. C'est exactement ce que le document permet de continuer à faire.

Éducation et transmission2 min de lecture

Tutorat informel à Lille : la direction académique tranche, les néotitulaires attendent

Par Sarah

En septembre 2064, la direction académique de Lille a rendu son rapport sur la pétition cosignée par les néotitulaires de trois établissements au printemps 2063. Le document, attendu depuis plus d'un an, ne satisfait pleinement aucun des deux camps qui s'étaient formés autour d'une question précise : faut-il reconnaître officiellement le tutorat informel exercé par les titulaires expérimentés, et si oui, sous quelle forme ?

D'un côté, les néotitulaires de l'académie — et avec eux une fraction de titulaires expérimentés ayant cosigné la pétition — réclamaient une inscription dans les fiches de poste, une valorisation dans les parcours professionnels, une reconnaissance qui nomme ce qui se fait depuis des années dans les couloirs du lycée Jean-Zay de Wazemmes comme dans une douzaine d'autres établissements de la métropole lilloise. De l'autre, l'inspection académique de Lille, soutenue par le SNUipp-FSU dans une position plus prudente qu'attendue, objectait que toute formalisation supposait une évaluation différentielle : certains enseignants tuterent mieux que d'autres. Nommer le tutorat, c'est créer une hiérarchie que personne n'a demandé à arbitrer.

« Nommer le tutorat, c'est créer une hiérarchie que personne n'a demandé à arbitrer. »

Le rapport de la direction académique a tranché, mais partiellement : il reconnaît le tutorat informel comme « pratique professionnelle documentable » et ouvre la voie à une mention optionnelle dans les bilans d'activité annuels. Il refuse cependant toute intégration aux fiches de poste et tout mécanisme d'évaluation formelle avant un cadrage national par la DEPP, dont le silence sur le sujet depuis 2059 n'a pas été rompu.

Le représentant du SNUipp-FSU de Lille a pris acte de la décision sans la saluer. Les néotitulaires qui avaient porté la pétition obtiennent une reconnaissance de principe, mais aucun levier concret. Une enseignante du lycée Jean-Zay a rangé le rapport dans le même tiroir que les précédents. Il y avait de la place.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Le silence de la secrétaire générale est devenu un argument — contre elle

Par Meriem

Il y avait, ce matin de mars 2064, une chaise vide dans les couloirs du Secrétariat général du gouvernement. Pas une chaise physiquement vide — la secrétaire générale était à son bureau, les dossiers ouverts, les courriers en attente de réponse. Mais dans l'espace préélectoral qui se densifie à mesure que l'horizon présidentiel se précise, son absence de prise de parole publique sur la question du rapport annexe a changé de nature. Ce n'est plus un silence de prudence. C'est devenu un argument.

L'avant/après de 2064 ne tient pas à un vote, ni à une décision formelle. Il tient à un glissement dans la manière dont le silence circule. Pendant trois ans, la secrétaire générale avait tenu — transmis les données, maintenu le tableau de bord, répondu par courrier aux trois sénateurs des Hauts-de-France sans jamais accorder à leur demande doctrinale la dignité d'un débat d'estrade. La stratégie était tenable tant que l'horizon présidentiel restait lointain. En 2064, il ne l'est plus.

« Son silence était une force tant qu'il n'avait pas de nom. »

Ce qui a basculé cette année : la demande transmise au Journal officiel en 2063 a commencé à circuler dans les notes de cabinet. Pas dans les notes des sénateurs eux-mêmes — dans d'autres. Des notes qui n'ont rien à voir avec les Hauts-de-France, rien à voir avec le contrôle budgétaire, mais qui citent la distinction entre données publiées et narration d'intention gouvernementale traçable comme argument de campagne possible. La doctrine minoritaire est devenue matière à récit.

La secrétaire générale le sait. Dans une salle comme celle du Secrétariat général, on ne sait jamais tout — mais on sait ça. Le tableau de bord continue de traverser les mandatures. Le rapport annexe reste absent. Aucune juridiction n'a déclaré cette absence illégale. C'est exactement le problème : son silence était une force tant qu'il n'avait pas de nom. En 2064, les sénateurs lui en ont donné un. Et dans un espace préélectoral, un nom suffit à faire d'un silence une faiblesse.

Lien social et communauté2 min de lecture

Karim Amara, quinze ans : ce que la confirmation change dans la salle — et pas ailleurs

Par Capucine

La confirmation est arrivée en mars. Pas par courrier officiel — par un tableau de bord interne de la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ligne budgétaire reconduite, aucune fanfare. Karim Amara l'a su par Nadia Ferhat, qui le suit depuis des années. Il a ouvert sa salle le lendemain comme chaque matin.

Mais quelque chose a changé dans la salle. Pas dans les textes — dans les conversations.

« la Direction a maintenu les financements parce qu'elle ne pouvait pas se permettre de ne pas le faire — pas parce qu'elle avait compris pourquoi ces sites tiennent. »

Dans les semaines suivant la confirmation, plusieurs habitants des quartiers nord qui fréquentent les sites depuis longtemps ont posé la même question, sous des formes différentes : est-ce que ça veut dire qu'on est reconnus ? La question n'était pas naïve. Elle portait quelque chose de précis : une attente que la reconduction administrative devienne, elle aussi, un signal de valeur. Que le département dise non seulement que ça continue, mais que ça comptait.

Amara a répondu chaque fois sans détour : les financements tiennent. Ce que ça dit sur ce qu'on vaut, c'est une autre affaire.

Cette distinction — entre tenir et signifier — est peut-être ce que 2064 aura révélé dans ces cinq sites. Pendant deux ans, l'évaluation comparative avait placé le sixième site, mieux documenté, en référence municipale. Les cinq sites d'Amara avaient continué sans colonne de tableau de bord, sans tribune préélectorale. La confirmation de mars n'a pas modifié cette asymétrie. Elle l'a simplement laissée en place.

Ferhat, dans une conversation informelle en mai, a formulé ce que la décision ne disait pas : la Direction a maintenu les financements parce qu'elle ne pouvait pas se permettre de ne pas le faire — pas parce qu'elle avait compris pourquoi ces sites tiennent. C'est une victoire. C'est aussi exactement la limite de cette victoire.

Dans la salle, les visages sont les mêmes. La confiance construite sur quinze ans ne s'évalue pas par reconduction budgétaire. Elle ne s'évalue pas du tout. C'est précisément pour ça qu'elle tient.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Oisans : quand le réseau officiel découvre qu'il partage ses axes avec un concurrent qu'il n'a pas créé

Par Prya

Il y a un mécanisme que la commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes n'avait pas voulu regarder en face jusqu'en 2064 : les lignes de covoiturage structuré de l'Oisans ne desservent pas des créneaux que Transisère ne couvre pas — elles desservent des créneaux que Transisère dessert aussi, aux mêmes horaires de pointe, sur les mêmes axes entre Bourg-d'Oisans et la plaine grenobloise.

Le retournement est là. Pendant six ans, la directrice de Transisère avait présenté le corpus de déclarations volontaires comme un complément : le réseau régulier le matin, le covoiturage les créneaux interstitiels. Ce cadrage avait tenu parce qu'il rassurait tout le monde — les conducteurs déclarants se voyaient reconnus comme supplétifs utiles, Transisère ne perdait rien, et la commission régionale n'avait pas à arbitrer entre deux modèles de transport sur un même tronçon.

« Le réseau subventionné est en concurrence implicite avec une pratique non régulée — et il commence à le payer dans ses bilans de fréquentation. »

Ce qui a changé en 2064, c'est que les données ont rendu l'argument intenable. Le corpus déclaratif, devenu suffisamment dense pour être analysé par axe et par heure, montre une réalité différente : sur plusieurs liaisons matinales, les volumes déclarés par les conducteurs informels couvrent une partie significative de la fréquentation théorique des lignes régulières. Ce n'est pas du remplissage des trous. C'est de la captation de flux.

Transisère en a tiré la conclusion que personne n'attendait : la tarification de ses lignes sur ces axes est construite sur des hypothèses de fréquentation qui ne correspondent plus à la réalité mesurée. Autrement dit, le réseau subventionné est en concurrence implicite avec une pratique non régulée — et il commence à le payer dans ses bilans de fréquentation.

La commission régionale, saisie de ce diagnostic en octobre, n'a pas pu le renvoyer au ministère. Le renvoi de novembre 2063 concernait la couverture assurantielle des conducteurs. Celui-ci concerne l'économie des lignes régulières. Ce sont deux questions, et la seconde n'avait pas de précédent dans les textes.

L'élue de la communauté de communes de l'Oisans a pris la parole pour rappeler que les conducteurs déclarants n'avaient jamais prétendu concurrencer qui que ce soit. Ce qu'elle n'a pas pu contester, c'est que les données, elles, ne font pas cette distinction.

Santé et corps2 min de lecture

Bagnols-sur-Cèze : la trajectoire progressive bute sur ce qu'elle ne finance pas

Par Sarah

En juin 2064, la directrice médicale du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze a posé sur son bureau la mise à jour des lignes directrices de la Haute Autorité de santé. Elle l'avait lue une première fois en mars, au moment de sa parution. Elle la relit ce matin avec un crayon. Ce qu'elle cherche n'a pas changé : la ligne où la HAS explique comment financer ce qu'elle prescrit.

Depuis que la HAS a officialisé la notion de « trajectoire progressive » — permettre à un établissement sans infrastructure de désigner un référent clinique et de déposer simultanément une demande d'avenant de plateau technique —, Bagnols a tenté de suivre ce chemin. La directrice a transmis à l'ARS Occitanie, en début d'année, un dossier de candidature à la désignation d'un référent. L'ARS a accusé réception. Pas de calendrier, pas de dotation provisoire associée.

« Reproductible, à condition de savoir par où commencer. »

Le problème n'est pas procédural. La trajectoire progressive, telle que la HAS l'a formulée, présuppose un établissement capable de porter deux charges simultanées : recruter ou libérer du temps médical pour un référent, et monter un dossier d'avenant sans attendre que ce référent soit en poste. À Bagnols, il n'y a pas de vivier de praticiens permanents à redéployer. Le plateau de réception des thérapies inhalées reste incomplet. La directrice n'a pas contesté la procédure dans sa note à l'ARS du mois de juin — elle a simplement décrit, ligne après ligne, ce que la trajectoire progressive suppose comme conditions préalables que l'établissement ne réunit pas.

Le docteur Ahmed Saïdi, à Montpellier, a reçu une copie du courrier. Il connaît cette séquence. Ce qu'il a obtenu à Sète en sept ans, la HAS l'a mis en procédure reproductible. Reproductible, à condition de savoir par où commencer. Sa réponse, envoyée en juillet à la directrice, tient en une phrase : « Vous décrivez exactement ce que personne n'a financé. »

L'ARS Occitanie n'a pas répondu au dossier de Bagnols avant la fin du troisième trimestre. Le crayon est resté sur le bureau.

Territoire et habitat2 min de lecture

Sylvéréal : deux voisins, deux paris, un même foncier contesté

Par Marcel

Le matin où la chargée de mission de la DREAL est arrivée sur les parcelles de Sylvéréal, au bout du chemin de terre qui longe le canal, elle a trouvé deux scènes en miroir. D'un côté de la limite cadastrale, un tracteur et des bâches — un exploitant du Petit Rhône avait commencé une conversion maraîchère sur un périmètre restreint, sans attendre l'arbitrage du groupe de travail interministériel. De l'autre côté, trois parcelles laissées en jachère surveillée, les mêmes que la saison précédente. Le voisin, lui, n'avait pas bougé.

Les deux hommes se connaissent depuis trente ans. Ils ne se sont pas consultés avant de prendre des décisions opposées. Ce que le statu quo réglementaire avait produit, sans le chercher, c'est une divergence d'usage sur un foncier qui partage la même qualification incertaine : ni zone tampon reconnue, ni dossier agricole ordinaire instruit.

« Ce que le statu quo réglementaire avait produit, sans le chercher, c'est une divergence d'usage sur un foncier qui partage la même qualification incertaine : ni zone tampon reconnue, ni dossier agricole ordinaire instruit. »

Cette divergence ne s'efface pas. Elle s'installe dans le sol. L'exploitant qui a converti a commencé à irriguer avec l'eau douce disponible en bordure de parcelle, là où la salinité reste maîtrisable. La pratique n'est pas illégale. Elle n'est pas non plus instruite. Si le Parc naturel régional de Camargue obtient finalement la qualification de zone tampon qu'il réclame depuis deux ans, ce début de conversion deviendra un problème — ou une exception à négocier.

L'exploitant qui a gelé ses parcelles, lui, a calculé autrement : attendre coûte une saison, mais convertir sur un foncier dont le statut change en cours de procédure coûterait davantage. Deux lectures du même risque, deux réponses que rien dans le cadre réglementaire actuel n'a orientées.

Le groupe de travail interministériel n'a toujours pas rendu son calendrier. La chargée de mission a noté les deux situations dans son registre. Ce que les saisons tranchent, l'arbitrage devra en tenir compte — si jamais il arrive.

Travail et économie2 min de lecture

Safran-Toulouse : les fiches de gestes butent sur le référentiel qui n'existe pas

Par Etienne

Il y a des moments où un succès produit son propre problème. L'usine Safran-Toulouse en vit un depuis le début de l'année 2064.

Le module d'observation pratique des gestes incorporés — allongé d'un tiers à l'automne dernier, filières batteries-hydrogène — a continué de tourner avec la régularité tranquille des dispositifs qui ont fait leurs preuves. Pierre Delmas, secrétaire CFDT, a cosigné le bilan intermédiaire du printemps sans triomphalisme. Le délégué FO également. La CGT reste absente depuis 2057 : personne ne s'en étonne plus.

« Ces fiches n'avaient jamais été demandées. »

Ce qui s'est grippé en 2064, c'est ailleurs. Les superviseurs formateurs avaient commencé, session après session, à produire des fiches de gestes — descriptions précises de séquences gestuelles que l'alternance avait rendues visibles : l'angle du poignet sur l'assemblage de réducteurs, le tempo d'une vérification de joint en conditions thermiques. Ces fiches n'avaient jamais été demandées. Elles existaient parce que les sessions d'observation avaient rendu l'implicite nommable.

La DREETS de Haute-Garonne les a enregistrées dans les données de parcours depuis l'automne 2063. Le problème est apparu au printemps 2064 : ces fiches ne sont rattachées à aucun référentiel de certification. En langage de comité paritaire, ça veut dire qu'elles existent sans valoir.

La direction de Safran-Toulouse a transmis la question au service formation en mars. Réponse en juin : le référentiel batteries-hydrogène ne prévoit pas de catégorie « savoir gestuel formalisé ». Il faudrait une révision du référentiel de branche, instruite par la Commission paritaire nationale de l'emploi et de la formation professionnelle de l'aéronautique — délai estimé, selon les interlocuteurs les plus optimistes : dix-huit mois. Les moins optimistes ne donnent pas de délai.

Delmas a pris note. Les fiches continuent d'être produites. Elles s'accumulent dans un format intermédiaire utile sans être officiel — ce que le module avait conçu pour aller vers le bas a produit quelque chose qui cherche maintenant à remonter vers un cadre qui ne l'attendait pas.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS