Année 2067

Édition n°42 · dimanche 12 juillet 2026

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2067 : avoir raison ne suffit plus quand on ne contrôle pas la grille

2067 : avoir raison ne suffit plus quand on ne contrôle pas la grille

Éditorial

Dans la salle Clemenceau, la secrétaire générale du gouvernement a prononcé en mars la phrase exacte — et personne n'a été convaincu. À Bruxelles, la délégation française a présenté ses preuves — et la coalition germano-nordique a demandé un autre juge. Ce que 2067 révèle, à travers des scènes en apparence sans lien, c'est une transformation du régime de preuve lui-même : avoir raison sur le fond ne suffit plus quand l'adversaire conteste la grille qui valide les preuves.

Cette bascule ne se joue pas qu'en salle de négociation internationale. À Marseille, quinze ans de présence silencieuse de Karim Amara se heurtent à une grille de pondération formelle que le sixième site maîtrise mieux que lui — non parce qu'il fait mieux, mais parce qu'il documente autrement. Dans l'Oisans, le cadrage juridique transmis en mars a tranché la légitimité des conducteurs de covoiturage et laissé entier le problème de financement de Transisère : deux questions portaient le même nom depuis quatre ans, l'une est résolue, l'autre commence. En Lorraine, la CRE a donné raison à RTE sur les cycles techniques sans toucher aux jalons de l'accord franco-allemand — le droit a parlé, l'écart de calendrier reste entier.

Mais 2067 n'est pas une année de blocage généralisé. Pierre Delmas a vu la charge de la preuve changer de camp à Safran-Toulouse : dix-huit mois de paie régulière ont fait d'une prime provisoire une attente documentée. À Roubaix, l'ANSSI a mis fin à quatre délibérations sans issue en posant une question que le comité de direction n'avait pas su formuler. Certaines architectures avancent — par la contrainte, par l'usure, parfois par accident. Ce qui ne s'est pas déplacé en 2067, c'est la question centrale : qui fixe les règles d'interprétation des preuves que les autres produisent ?

Par MeriemGouvernance et diplomatie. Écoute surtout ce qu'on ne dit pas.

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Santé et corps2 min de lecture

Canicule 2067 : au CHU de Montpellier, deux médecins, un même service, deux protocoles

Par Sarah

La salle de réunion du service de médecine interne du CHU de Montpellier sent encore la chaleur de juillet. C'est là, début août, que le désaccord a cessé d'être tacite.

Depuis plusieurs saisons, les vagues de chaleur extrême produisent dans ce service une pathologie que les praticiens nomment entre eux « syndrome thermique complexe » : une combinaison de déshydratation sévère, d'insuffisance rénale aiguë et de troubles cognitifs réversibles qui touche principalement les patients très âgés polypathologiques. La canicule de 2067 — particulièrement longue sur le bassin montpelliérain — en a multiplié les admissions.

« Ils ne lisent pas le même danger. »

Deux médecins du service s'affrontent depuis lors sur la conduite à tenir. Le premier défend un protocole de réhydratation orale progressive et de mise en observation prolongée, jugé plus sûr pour des organismes fragilisés : ralentir, surveiller, ne rien précipiter. Le second soutient un protocole combinant réhydratation intraveineuse rapide et thérapies inhalées de soutien respiratoire, disponibles depuis peu dans les unités de soins intensifs du CHU mais pas encore intégrées aux procédures standard du service de médecine interne : agir vite, avant que la défaillance organique s'installe.

Le différend n'est pas anodin. Il engage deux lectures opposées des mêmes données cliniques : l'un lit les risques d'une intervention trop rapide sur des patients aux réserves cardiaques limitées, l'autre lit le coût d'une intervention trop lente quand l'heure compte. Ni l'un ni l'autre n'a tort. Ils ne lisent pas le même danger.

Le docteur Ahmed Saïdi, sollicité par l'un des deux médecins qui l'a rencontré lors de colloques de coordination inter-CHU, a décliné de trancher. Il a rappelé que tout protocole de thérapie inhalée doit prévoir un référent clinique formé — et que poser la question en août, en canicule, entre deux gardes, n'est pas le bon moment pour la résoudre. La bonne formule, a-t-il écrit, serait de ne pas attendre la prochaine vague pour formuler le désaccord en dehors de l'urgence.

La direction médicale du CHU a été saisie en septembre. Elle n'a pas encore répondu.

Énergie et ressources2 min de lecture

Hydrogène lorrain : la CRE tranche sur les cycles, l'accord franco-allemand perd son calendrier

Par Prya

Un calendrier politique n'est pas un programme d'infrastructure. Cette distinction, que Marie Lecomte avait documentée depuis le siège régional de RTE à Rennes, s'est imposée cette année avec une précision que personne ne pouvait plus esquiver.

L'accord franco-allemand sur l'hydrogène décarbonisé, signé en 2064 entre le CEA et l'Institut Fraunhofer, fixait des jalons de production et de transport sur l'axe Lorraine–Rhénanie-Palatinat à l'horizon 2027. Le réseau méditerranéen de RTE, sollicité comme couloir de transit secondaire pour les flux de production électrolytique du couloir Fos-Berre, ne dispose pas des capacités nécessaires dans les délais supposés. Ce décalage, enregistré par le sous-groupe technique de la Commission de régulation de l'énergie depuis octobre 2064 sans calendrier d'instruction fixé, a cessé d'être une question technique en suspens au printemps 2067 : il est devenu un désaccord entre deux positions clairement opposées.

« Les cycles d'essai ne sont pas des paramètres ajustables pour tenir un calendrier politique. »

D'un côté, les équipes de la direction de l'accord CEA-Fraunhofer et les opérateurs industriels lorrains engagés sur les jalons 2027 défendent une accélération des procédures de renforcement du réseau méditerranéen. Leur argument : les jalons sont contractuels, le retard d'infrastructure ne saurait invalider des engagements bilatéraux. De l'autre, les équipes techniques de RTE, avec Lecomte en première ligne, maintiennent que réduire les délais de renforcement capacitaire sans revoir les cycles d'essai revient à déplacer le risque aval — exactement le schéma documenté sur les cycles Vendée trois ans plus tôt.

La CRE a rendu son avis en septembre. Il tranche en faveur de RTE sur le point central : les cycles d'essai ne sont pas des paramètres ajustables pour tenir un calendrier politique. Le renforcement du réseau méditerranéen sera instruit selon les procédures standards, sans raccourci. Les jalons 2027 de l'accord franco-allemand, eux, ne sont pas modifiés — la CRE n'a pas compétence pour les réviser. L'écart entre les deux calendriers reste donc entier, et la charge de l'ajustement repose désormais explicitement sur les opérateurs lorrains.

Territoire et habitat2 min de lecture

Sylvéréal : le groupe de travail interministériel rend son arbitrage, l'un des deux exploitants le conteste

Par Marcel

Le rapport était attendu depuis l'automne 2064. Il est arrivé en janvier 2067, posé sur le bureau de la chargée de mission de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur par courrier ordinaire, sans préambule ni appel téléphonique préalable. Le groupe de travail interministériel chargé du dossier Sylvéréal venait de trancher, après trois ans de silences et de délais accumulés : les parcelles litigieuses du Petit Rhône seraient classées en zone tampon, conformément à la demande portée depuis 2062 par le Parc naturel régional de Camargue et le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

La décision a tenu quinze jours.

« L'arbitrage existe désormais, ses effets restent suspendus. »

L'exploitant qui avait choisi d'attendre — gel des parcelles, calcul de risque, pari sur un dénouement réglementaire favorable — a déposé en février un recours auprès du tribunal administratif de Marseille. Ses arguments reprennent ceux que le Conseil départemental du Gard défendait depuis le début : les parcelles restent fonctionnellement agricoles, les efforts documentés de gestion hydrique n'ont jamais été pris en compte dans la délibération finale, et la qualification de zone tampon, sans compensation financière associée, équivaut à une expropriation rampante. Le Gard, qui avait refusé de signer la note technique commune, a transmis en mars une lettre de soutien au dossier de recours.

L'autre exploitant, lui, a continué d'irriguer. Quatrième saison consécutive dans un périmètre désormais officiellement classé. Son conseil a fait valoir que le classement ne vaut pas interdiction immédiate tant qu'un recours est pendant. La chargée de mission, qui suit ce dossier depuis trois ans sans mandat formel, a noté la situation dans son registre avec une formulation sobre : l'arbitrage existe désormais, ses effets restent suspendus.

Ce que le retournement de 2067 révèle, c'est moins l'issue que le délai qui l'a précédée. L'exploitant qui avait commencé à convertir ses parcelles avant toute décision a engrangé quatre récoltes pendant que l'autre attendait. Le droit a fini par parler. Il parle maintenant contre celui qui lui avait fait confiance.

Alimentation2 min de lecture

Terre et Progrès : le barème des débouchés scolaires entre en vigueur, non sans résistance

Par Marcel

Le dossier beige est toujours là, dans le tiroir bas du bureau d'André Lecomte. Moins épais que certains autres, mais il a tenu. En juin 2066, le groupe de travail élargi constitué au printemps avait remis ses premières conclusions sur le barème d'attribution des débouchés scolaires : un document précis, discuté ligne par ligne, qui détermine quel adhérent obtient priorité sur quel volume de commandes quand plusieurs exploitations répondent à la même collectivité.

À l'automne 2067, ce barème s'applique pour la première fois à une rentrée scolaire complète. Les collectivités d'Eure-et-Loir ont renouvelé leurs commandes sans attendre — elles ne l'ont jamais fait autrement, et c'est précisément cette régularité qui a permis à la coopérative de traverser quatre ans de contentieux sans interruption des flux. Mais l'application du barème n'est pas passée sans friction.

« Le barème n'a pas remplacé cette confiance accumulée. »

Trois exploitants intermédiaires de la Beauce ont contesté formellement, en septembre, les critères de priorité retenus pour les contrats de restauration scolaire avec deux communautés de communes de l'Eure-et-Loir. Leur argument est précis : le barème, qui pondère le mode de production agroécologique, ne tient pas suffisamment compte des volumes livrables ni de la régularité d'approvisionnement démontrée sur plusieurs saisons. Ils ont déposé un recours interne auprès du bureau de la coopérative.

Lecomte a reçu la demande sans l'écarter. Il sait ce que le jugement de juin 2063 a fait — et ce qu'il n'a pas fait. La révision statutaire tient. Le barème aussi. Mais tenir une règle ne suffit pas à prévenir les litiges sur ses effets.

Ce que la saison révèle, au fond, c'est que l'architecture informelle des engagements directs — restaurants scolaires, contrats bilatéraux, régularité sans déclaration — reste le socle sur lequel tout le reste repose. Le barème n'a pas remplacé cette confiance accumulée. Il a tenté de lui donner un cadre. L'écart entre les deux, les exploitants de la Beauce l'ont nommé en septembre.

Culture et art2 min de lecture

Le document normand piégé par son propre succès

Par Capucine

La compétition faisait rage en 2065. En 2067, elle a produit ses premiers dommages collatéraux — et ils ne ressemblent pas à ceux qu'Aurélie Steinbach avait anticipés.

Le document reformulant les critères de résidence, sorti de Normandie sans mandat formel en 2062, avait capté en quelques années les financements vers les scènes les mieux armées pour documenter leur activité. La scène nationale de Nancy avait transmis sa note à la direction nationale de la création en juin 2065. Réponse reçue : les DRAC apprécient souverainement. Traduction : la direction ne contrôle pas ce qu'elle laisse circuler.

« Ils appellent ça une appréciation souveraine. »

En 2067, cette appréciation souveraine a commencé à produire des effets inverses. La DRAC Bretagne, qui avait intégré les critères de densité de représentations publiques dans ses lettres de cadrage, se trouve aujourd'hui en difficulté avec trois compagnies qu'elle a elle-même poussées vers des scènes nationales mieux dotées. Ces compagnies ont signé ailleurs. Les ancrages longs qu'elles entretenaient sur leurs territoires d'origine — présences sans bruit, sans bilans spectaculaires, sans rayonnement régional documenté — sont désormais vacants. Personne ne les financera : aucun critère existant ne nomme ce qu'elles faisaient là.

Le directeur du théâtre de Brest, qui avait observé le glissement depuis le printemps 2065, a pris acte en mars. Sa compagnie en résidence longue a accepté l'offre d'une scène nationale de l'arc ligérien. Il l'a appris par une lettre de remerciements.

Steinbach, depuis Nancy, a reçu copie du courrier de la DRAC Bretagne à la direction nationale. Elle n'a pas répondu. Elle avait posé la question en 2060 : pourquoi documenter la présence quand l'économie du modèle tient sans label ? La réponse est là, maintenant, dans la forme d'un vide territorial que personne n'a commandé et dont personne n'assume la paternité.

Ils appellent ça une appréciation souveraine. On appelle ça, nous, un retrait organisé.

Éducation et transmission2 min de lecture

Lycée Jean-Zay : quand deux conceptions de ce qu'apprendre veut dire se heurtent en salle des profs

Par Sarah

En septembre 2067, le lycée Jean-Zay a ouvert une nouvelle filière hybride en terminale — séquences disciplinaires classiques le matin, projets transversaux l'après-midi. L'idée avait germé au sein d'un petit groupe d'enseignants depuis deux ans. Sa mise en œuvre, cette rentrée, a fait éclater au grand jour un désaccord que la salle des professeurs contenait jusqu'ici en sourdine.

D'un côté, plusieurs enseignants de mathématiques et de lettres défendent une progression structurée, séquencée, bâtie sur des fondations disciplinaires solides avant toute transversalité. Leur argument n'est pas conservateur par principe : les données d'évaluation interne accumulées depuis plusieurs années montrent que les élèves qui arrivent au lycée avec les lacunes les plus profondes bénéficient davantage d'un enseignement explicite et gradué que d'une mise en projet trop précoce. Pour eux, apprendre, c'est d'abord maîtriser un geste intellectuel précis — lire une démonstration, construire un argument — avant de l'appliquer à un objet complexe.

« Apprendre par le projet, c'est ne pas conditionner l'accès au sens à la maîtrise préalable de la forme. »

De l'autre, les enseignants porteurs de la filière hybride répondent que cette logique de prérequis perpétuels laisse précisément les élèves les plus fragilisés dans l'attente d'un seuil qu'ils n'atteignent jamais. Apprendre par le projet, c'est ne pas conditionner l'accès au sens à la maîtrise préalable de la forme. Plusieurs d'entre eux citent les travaux d'éducation populaire qui ont nourri leur réflexion.

Le représentant du SNUipp-FSU a suivi la situation de loin, sans s'y impliquer directement : le désaccord ne porte pas sur des conditions de travail, mais sur une conception de la transmission que ni les grilles d'inspection ni les protocoles de la DEPP ne savent encore nommer. L'inspectrice académique a été informée. Elle n'a pas été invitée à trancher.

La filière hybride tourne. Les deux camps s'observent. À la fin du premier trimestre, les premiers résultats seront là. Personne n'est certain de savoir ce qu'il faudra en conclure.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

Salle Clemenceau : quand une réponse exacte devient la pire des réponses

Par Meriem

Il était neuf heures vingt quand la secrétaire générale du gouvernement a prononcé la phrase. Elle l'avait déjà prononcée en 2062, en 2065. La salle Clemenceau la connaissait par cœur, et c'est précisément ce qui l'a rendue intenable ce mardi matin de mars 2067.

« Les données sont publiques, l'accès est assuré, aucune disposition réglementaire n'impose de calendrier narratif. »

« En année présidentielle, répéter la bonne réponse d'il y a cinq ans, c'est confirmer que la question a changé et qu'on a choisi de ne pas le voir. »

Exacte. Irréprochable. Et, dans cette salle, parfaitement inutile.

Ce qui avait changé depuis 2065, c'est que les banquettes ne contenaient plus seulement les trois sénateurs des Hauts-de-France qui portent le dossier depuis des années. Ils étaient là, bien sûr — deuxième rang, côté gauche, comme d'habitude. Mais autour d'eux, une douzaine de membres de la commission qui, jusqu'ici, traitaient le conflit sur le rapport annexe comme un contentieux procédural marginal. Ils avaient lu les tribunes. Ils avaient vu circuler la distinction entre données publiées et narration d'intention gouvernementale dans des notes de préparation à la présidentielle qui n'avaient rien à voir avec le contrôle budgétaire. Ils étaient là parce que la question avait changé de nature — même si personne ne l'avait déclaré officiellement.

La secrétaire générale l'a vu. Elle a répondu quand même. C'est son rôle constitutionnel : tenir la fonction à l'écart des cycles électoraux, opposer la procédure à la conjoncture, ne jamais laisser une audition se transformer en mise en cause. Elle l'a fait avec une maîtrise que personne dans la salle ne lui contestait.

Mais une réponse que tout le monde attendait avant qu'elle soit prononcée ne démontre pas la solidité d'une position — elle en révèle la limite. Plusieurs commissaires l'avaient notée dans leur carnet avant qu'elle parle. Un membre de la commission, qui n'avait pas pris la parole en séance, a formulé la chose sobrement dans le couloir : en année présidentielle, répéter la bonne réponse d'il y a cinq ans, c'est confirmer que la question a changé et qu'on a choisi de ne pas le voir.

Le président de la commission a levé la séance sans fixer de suite. C'est lui qui n'avait pas demandé à être là — et c'est lui qui est resté le plus longtemps après.

Lien social et communauté2 min de lecture

Marseille : la pondération formelle dos au mur, les sites d'Amara tiennent encore

Par Capucine

Il a fallu qu'un conflit éclate pour que la ligne de fracture devienne lisible.

Depuis mars, la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône applique une grille de pondération révisée pour l'allocation des financements associatifs. Les critères formels — volume d'interventions tracées, rotation documentée des bénévoles, indicateurs de satisfaction usagers — y pèsent désormais plus lourd. Le sixième site, piloté par des associations de médiation, remplit ces colonnes. Les cinq sites supervisés par Karim Amara, eux, ne produisent rien de tel. Quinze ans de régularité silencieuse n'ont pas de case dans la grille.

« La Direction maintenait les financements parce qu'elle ne pouvait pas se permettre de ne pas le faire, pas parce qu'elle avait compris pourquoi ces sites tiennent. »

Nadia Ferhat l'avait formulé sans ambages dans une note interne en 2065 : la Direction maintenait les financements parce qu'elle ne pouvait pas se permettre de ne pas le faire, pas parce qu'elle avait compris pourquoi ces sites tiennent. En 2067, la pondération formelle rend cette ambiguïté intenable. Le sixième site réclame ouvertement une réévaluation des enveloppes sur la base des critères nouveaux. Les élus du Conseil départemental qui l'avaient cité en exemple lors des élections municipales de 2065 soutiennent la démarche. Le rapport de force est réel.

Amara n'a pas produit de contre-argumentaire. Il a transmis à Ferhat une liste de présences continues sur quinze ans — pas des chiffres, une liste de visages et de fréquences. La Direction a enregistré. Elle appelle ça une « prise en compte des réalités de terrain ». On appelle ça, nous, refuser de trancher.

Le vote budgétaire est attendu en novembre. Deux camps nommés : d'un côté, les partisans de la grille formelle, avec le sixième site et une fraction des élus ; de l'autre, Amara et Ferhat, qui défendent que ce qui ne se mesure pas peut quand même se financer.

Le sixième site a la méthode pour lui. Les cinq autres ont la durée. En novembre, la Direction des solidarités devra choisir lequel de ces deux arguments elle reconnaît comme une preuve.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Oisans : la directrice de Transisère face à une décision qu'elle n'a pas demandé de rendre

Par Prya

Il y a des années où l'on attend une réponse, et des années où la réponse arrive et ne résout rien. Pour la directrice de Transisère, 2067 est de ce second type.

Depuis novembre 2063, le dossier du covoiturage informel dans l'Oisans était posé sur la table du ministère délégué aux Transports. Les données déclarées par les conducteurs volontaires documentaient avec précision ce que tout le monde pressentait : sur trois axes matinaux, la pratique informelle captait une part mesurable de la fréquentation théorique des lignes régulières. Transisère perdait des recettes sur des dessertes qu'elle continuait à financer. La communauté de communes de Bourg-d'Oisans répondait que ces conducteurs couvraient précisément les créneaux que le réseau conventionnel ne couvre pas.

« Le cadrage juridique a tranché la question de la légitimité, pas celle de l'équilibre économique. »

Le cadrage juridique est arrivé en mars 2067. Son contenu a surpris par sa netteté : le covoiturage déclaré ne peut être qualifié de service public concurrent, dès lors qu'il répond à une demande de mobilité documentée et non satisfaite par l'offre conventionnelle. Les conducteurs déclarants sortent de la zone grise — pas interdits, pas intégrés, mais reconnus comme réponse de fait à un déficit d'offre.

La directrice de Transisère a lu le texte deux fois. Ce n'est pas qu'il lui donne tort. C'est qu'il lui impose une question qu'elle n'avait pas posée : si la perte de fréquentation est reconnue comme structurelle, qui la compense dans les bilans d'exploitation ?

La réponse du ministère est silencieuse sur ce point. Le cadrage nomme la légitimité des conducteurs. Il ne touche pas au modèle de financement de Transisère.

En juin, lors de la commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes, la directrice a posé la question devant l'élue de la communauté de communes et les représentants de la Région. Personne n'a contesté sa formulation : le cadrage juridique a tranché la question de la légitimité, pas celle de l'équilibre économique. Ce sont deux problèmes distincts qui portaient le même nom depuis quatre ans. Le premier est résolu. Le second commence.

Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud : l'ANSSI sort du silence, et tout change de nature

Par Etienne

L'audit renforcé notifié par l'ANSSI au centre technique d'OVHcloud à Roubaix à l'automne 2066 a produit ses premiers effets formels au printemps 2067. En langage d'autorité de certification, ça s'appelle une « instruction approfondie à périmètre élargi ». En langage d'atelier, ça veut dire que quelqu'un a finalement décidé de regarder.

Pendant trois ans, le comité de direction d'OVHcloud avait délibéré à intervalles réguliers sur le classement des données d'imagerie médicale longitudinale — quatre délibérations formelles, quatre résultats identiques, deux prospects hospitaliers partis pendant que la procédure documentait son propre blocage. L'ANSSI était informée depuis l'origine. Elle n'avait pas été invitée à trancher. Son silence, à l'époque, pouvait s'interpréter de deux façons : absence d'intérêt, ou attente patiente de voir qui perdrait d'abord. La réponse est venue avec la notification d'audit.

« L'ANSSI ne tranche pas encore. »

Le document transmis au directeur technique en mars 2067 pose une question que quatre délibérations n'avaient pas su formuler : le désaccord persistant entre direction technique et direction commerciale sur le risque de réidentification constitue-t-il un signal d'alerte sur la robustesse du référentiel catégoriel de 2057, ou simplement un problème de gouvernance interne ? L'ANSSI ne tranche pas encore. Elle pose la question en la rendant officielle. C'est une distinction qui compte.

Le directeur technique d'OVHcloud, qui défendait depuis 2062 que les données d'imagerie longitudinale relevaient de la troisième catégorie de risque, a reçu la notification sans commentaire public. Il avait raison trop tôt pour que ça lui serve à quoi que ce soit — mais l'audit lui donne désormais un interlocuteur que le comité de direction ne pouvait pas lui fournir.

La direction commerciale a « pris acte de l'instruction en cours ». Les établissements universitaires de l'arc atlantique qui avaient suspendu leurs échanges avec OVHcloud depuis l'an dernier ont été informés de la procédure. L'un d'eux a demandé à être tenu informé de l'avancement. Ce n'est pas une reprise de contact. C'est une porte entrouverte, ce qui, dans ce dossier, représente un avant.

Relations internationales2 min de lecture

Bruxelles, salle 7 : la France présente ses preuves, la coalition demande un autre juge

Par Meriem

Il y a une salle à Bruxelles où les délégations ne s'affrontent jamais directement. Les positions s'y énoncent sous forme de questions techniques, les retraits s'habillent de formulations procédurales, et les rapports de force se lisent dans ce qu'on ne dit pas. En mars 2067, la délégation française est arrivée avec ses dossiers habituels — certifications croisées RTE, ANSSI, ADEME, le format révisé que le Secrétariat général des affaires européennes défend depuis 2062. Elle est repartie avec une question qu'elle n'avait pas vue venir.

La coalition germano-nordique ne conteste plus la validité interne du dispositif français. Elle a reconnu, depuis l'an dernier, que trois agences nationales peuvent signer ensemble et parler d'une voix cohérente. Ce n'est plus le sujet. Le sujet de 2067, formulé sobrement par la représentante suédoise en fin de séance, est d'une autre nature : les certifications croisées entre agences françaises constituent une vérification interne. Ce n'est pas un audit indépendant. Qui, extérieur au système qu'il évalue, peut attester de sa robustesse ?

« La vérification croisée entre RTE, l'ANSSI et l'ADEME répond à une exigence de cohérence interne — celle que Paris a toujours défendue. »

La délégation française n'a pas été prise en défaut sur les faits. Elle a été prise en défaut sur le régime de preuve. La vérification croisée entre RTE, l'ANSSI et l'ADEME répond à une exigence de cohérence interne — celle que Paris a toujours défendue. La coalition exige désormais une exigence d'auditabilité externe : un tiers indépendant, mandaté par une instance multilatérale reconnue, qui certifie non pas que les agences se corroborent, mais que leurs méthodes sont homologables hors frontières françaises.

Le Secrétariat général des affaires européennes a maintenu sa position : il n'existe pas de standard multilatéral agréé pour ce type d'audit sectoriel croisé. La coalition a acquiescé. Puis ajouté : précisément. Qui le définira, et selon quels principes, est la vraie négociation.

Personne dans la salle n'avait mandat pour répondre. C'est, dans ces enceintes, une façon parfaitement polie de dire que le rapport de force vient de se déplacer.

Travail et économie2 min de lecture

Safran-Toulouse : ce que « provisoire » veut dire après dix-huit mois

Par Etienne

Pierre Delmas a une théorie sur les primes provisoires. Il la résume sobrement, pour qui veut l'entendre : une prime provisoire qui arrive sur les fiches de paie tous les mois depuis dix-huit mois, c'est une prime permanente qui n'a pas encore trouvé son nom.

La prime de technicité accordée aux opérateurs batteries-hydrogène de l'usine Safran-Toulouse, arrachée en médiation à la DREETS Haute-Garonne en septembre 2065, a traversé 2066 sans encombre. Elle a traversé 2067 de même. La Commission paritaire nationale emploi formation professionnelle de l'aéronautique, à qui revient formellement la révision du référentiel de branche, n'a pas rendu ses conclusions. Le délai de dix-huit mois évoqué lors de la médiation était, en langage de comité de direction, une hypothèse optimiste.

« Une prime provisoire qui arrive sur les fiches de paie tous les mois depuis dix-huit mois, c'est une prime permanente qui n'a pas encore trouvé son nom. »

Delmas, délégué CFDT, a pris acte de cette information sans se lever de sa chaise. Il connaît la différence entre un calendrier et une intention. Ce qu'il a obtenu en revanche, c'est quelque chose de plus durable qu'un calendrier : une ligne de paie régulière crée une attente, et une attente déçue se documente.

La vraie nouveauté de 2067 n'est pas dans ce qui a avancé, c'est dans ce qui a basculé structurellement. La direction de Safran-Toulouse souhaitait conditionner toute révision interne à la clôture du dossier de branche — position défendable, et défendue. FO et la CFDT avaient rétorqué lors de la médiation que l'asymétrie existait déjà dans les compétences, pas encore dans les salaires. Après dix-huit mois de versements réguliers, l'argument s'est retourné : la direction devrait désormais démontrer pourquoi ce qui est payé depuis dix-huit mois ne devrait pas continuer à l'être. La charge de la preuve a changé de camp sans décision formelle.

La CGT, absente de ces discussions depuis 2057, n'a pas commenté. Le module d'observation pratique des gestes incorporés, reconduit et élargi aux filières batteries-hydrogène, continue de produire des fiches que personne n'a encore reliées à un référentiel de certification. Ces deux dossiers se regardent en chiens de faïence depuis le printemps.

Delmas a noté la date du prochain suivi DREETS dans son agenda. À ce stade, ça suffit.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS