Année 2077

Édition n°52 · mercredi 22 juillet 2026

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2077 : l'année où les dossiers ont avancé jusqu'au bord — et se sont arrêtés là

2077 : l'année où les dossiers ont avancé jusqu'au bord — et se sont arrêtés là

Éditorial

Salle Clemenceau, Bercy. La secrétaire générale du gouvernement n'a pas ouvert son dossier. Dans l'Oisans, les élus ont évoqué un calendrier à préciser. À Roubaix, la direction commerciale a présenté une projection qui ne mentionnait plus le module. Ces silences-là, cette année, ont tous le même visage : celui de l'absence consentie, du vide qu'on administre sans y apposer son nom.

Ce que l'année 2077 documente avec une constance troublante, c'est que la reconnaissance formelle ne produit plus la décision qu'elle était censée forcer — elle en reporte la responsabilité. Le Conservatoire du littoral a posé ses pions sur quatre parcelles du delta du Rhône : c'est une avancée nette, la première depuis treize ans à porter une signature. Mais c'est précisément cette signature qui a contraint le syndicat mixte à en produire une autre, transformant la cartographie en terrain d'affrontement opposable. La preuve a changé les acteurs. Elle n'a pas réglé l'enjeu.

À Chartres, le rapport intermédiaire de Terre et Progrès nomme désormais l'écart entre anciens et nouveaux adhérents — il figure dans un document officiel, soumis au bureau en janvier. C'est une victoire de visibilité. Elle n'a modifié aucun coefficient. À Montpellier, des patients ont contourné l'impasse administrative par l'étranger. Ce glissement-là ne figure dans aucun protocole : il s'appelle l'écart entre ce qu'une institution reconnaît et ce qu'elle parvient encore à contenir.

En 2077, plusieurs dossiers ont avancé jusqu'au bord d'une décision. Puis quelqu'un a choisi de ne pas regarder le fond.

Par MeriemGouvernance et diplomatie. Écoute surtout ce qu'on ne dit pas.

À la une

3 articles à lire
Culture et art2 min de lecture

Calais : un musée sans objets, sept compagnies sans tableau – et la Direction qui choisit son camp

Par Capucine

La Direction nationale de la création a répondu en trois mois au musée de Calais. Elle répond depuis sept ans à la même question sur les compagnies rurales. La comparaison ne plaide pas pour elle.

Le musée du Calaisis, ouvert au printemps en partenariat avec la préfecture du Pas-de-Calais et plusieurs collectivités locales, ne contient aucun objet – des archives numériques, des reconstitutions audiovisuelles, un protocole d'accès par réservation. La question de savoir si cette structure mérite l'appellation de musée selon les définitions institutionnelles françaises a immédiatement traversé les milieux professionnels. Elle a aussi immédiatement intéressé la Direction nationale, qui a publié dès avril une note de cadrage sur les conditions d'éligibilité des espaces de médiation mémorielle sans collection physique. Prompt, précis, engagé.

« La Direction n'est pas lente, elle choisit où aller vite. »

Pendant ce temps, Isabelle Cloarec attend le même sérieux depuis des années. La directrice de la DRAC Bretagne avait transmis en février 2077 son inventaire de sept compagnies régionales sans salle fixe – présence documentée, ancrage communautaire réel, invisibilité administrative totale. La Direction avait inscrit la question à l'ordre du jour de la réunion de bilan d'automne. Note de synthèse produite. Révision des pondérations : toujours « envisageable après période d'application complète ».

Le retournement de 2077 n'est pas dans les faits – ils n'ont pas changé. Il est dans ce que la réactivité sur Calais révèle sur l'inertie bretonne : que la Direction n'est pas lente, elle choisit où aller vite. Elle choisit les questions nouvelles, celles qui n'ont pas encore produit leurs propres dossiers, leurs propres témoins, leurs propres procès-verbaux. Les questions anciennes, elles, s'administrent.

Aurélie Steinbach, depuis Nancy, observe. La compagnie de Meurthe-et-Moselle qu'elle suit jouait cet automne encore dans des salles de trente places sans subvention de résidence. Elle ne figure dans aucun tableau de bord. La Direction l'a elle-même écrit dans un document interne en 2076 : les critères excluent structurellement ces compagnies. Elle a choisi d'appeler ça une zone d'attention prioritaire. On appelle ça, nous, documenter ce qu'on refuse d'assumer.

Lien social et communauté2 min de lecture

Marseille : le groupe paritaire tranche, Nadia Ferhat n'est toujours pas dans la salle

Par Capucine

Le groupe paritaire l'appelle « discussion de fond ». On appelle ça, nous, un affrontement entre deux conceptions de ce que « reconnaître » veut dire – et l'une d'elles a perdu en septembre.

Depuis l'inscription à l'ordre du jour de la question de l'articulation entre reconnaissance formelle et effectivité des droits, deux camps s'étaient formés au sein du groupe paritaire réuni à Marseille. D'un côté, la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et ses alliés institutionnels : la catégorie « ancrage consolidé » créée en 2075 fonctionne selon ses objectifs – stabiliser les financements, pérenniser les sites. Demander davantage, c'est confondre un outil comptable avec un titre personnel. De l'autre, plusieurs représentants associatifs et praticiens de terrain, dont Karim Amara, portaient une thèse plus simple : quinze ans de présence continue, documentée, irremplaçable, ne peuvent pas se résoudre en une dotation adressée à une adresse plutôt qu'à une personne.

« Prendre acte, dans la langue du groupe paritaire, signifie clore sans résoudre. »

La session de septembre a tranché. Le groupe paritaire a adopté une résolution qui « prend acte » de la question sans modifier la catégorie existante ni ouvrir de droit nouveau. Pas de statut révisé. Pas de mandat formalisé. La dotation reste attachée aux sites, pas aux personnes qui les font tenir depuis une décennie et demie. La Direction des solidarités a qualifié le résultat de « clarification utile ». Karim Amara a rangé sa note de position sans la commenter.

Nadia Ferhat, dont le parcours aura occupé ce dossier pendant trois ans, n'était pas dans la salle. Elle n'y a jamais été conviée. Elle était en tournée – quatorzième arrondissement, un mardi de novembre, comme les autres mardis. Les cinq sites fonctionnent. Les feuilles manuscrites s'accumulent. La catégorie « ancrage consolidé » finance les adresses.

Prendre acte, dans la langue du groupe paritaire, signifie clore sans résoudre. La Direction des solidarités le sait. Elle a choisi ce mot précisément pour ça.

Gouvernance et pouvoir2 min de lecture

L'avenant fantôme : quand l'absence d'un texte devient l'argument de l'opposition

Par Meriem

Salle Clemenceau, troisième étage de Bercy, un mercredi de mars 2077. La secrétaire générale du gouvernement est arrivée la première, avant les juristes, avant les représentants des trois régions. Elle a posé son dossier sur la table sans l'ouvrir. Les autres ont pris place en silence. C'est dans ce genre de silence qu'on comprend ce qui va se dire avant que quelqu'un parle.

L'avenant sur les péréquations territoriales de la Loi de Transition Fiscale n'existe toujours pas sous forme opposable. Promis avant l'été 2076, attendu à l'automne, il est entré dans 2077 comme il en était sorti : en suspens, sans rédaction finalisée, sans calendrier annoncé. Les représentants de Bourgogne-Franche-Comté, d'Occitanie et des Hauts-de-France avaient fait le déplacement avec leurs notes de mars 2075 – la décision du Conseil constitutionnel partiellement favorable, le délai de cent vingt jours jugé insuffisant, la réserve sur les territoires en déficit administratif structurel. Ils n'avaient pas besoin de plaider. L'absence d'avenant plaidait pour eux.

« Dans une salle comme celle-là, ne pas répondre est une réponse. »

C'est la mécanique que personne dans cette salle ne pouvait plus feindre d'ignorer : la Loi de Transition Fiscale, conçue pour contraindre l'exécutif à rendre compte de ses propres décrets, s'était retournée contre ses architectes. La majorité avait réclamé la visibilité. Elle l'avait obtenue. Et c'est précisément cette visibilité qui expose désormais le vide – un vide que l'opposition documente avec une régularité qui tient lieu de campagne, à quelques semaines du renouvellement de l'Assemblée nationale.

Interrogée en marge de la réunion sur le calendrier de rédaction, la secrétaire générale n'a pas répondu. Dans une salle comme celle-là, ne pas répondre est une réponse.

Alimentation2 min de lecture

Terre et Progrès : le barème face à sa première séance de vérité

Par Marcel

La salle de réunion de la coopérative Terre et Progrès, à Chartres, sent le papier imprimé et le café froid. C'est un mercredi de novembre, la deuxième séance du groupe de travail sur la révision partielle des coefficients. La première, en septembre, avait posé les termes. Celle-ci devait avancer vers des propositions concrètes.

Claire Moreau est arrivée la première. Ses deux pages de comparatif de trajectoires, le document sobre qu'elle avait présenté en juin, ont été reprises dans une note de cadrage que le groupe a lui-même produite. Fait nouveau : pour la première fois, le document officiel de la coopérative nomme explicitement l'écart – les exploitants convertis avant 2055 atteignent des niveaux de coefficient d'accès au préfinancement que les maraîchers du Perche et les éleveurs laitiers de Sarthe entrés après 2065 ne pourront atteindre avant une décennie, au rythme actuel.

« Le barème récompense un risque historique, et le réviser rétrospectivement déstabilise ceux qui ont rendu possible la coopérative d'aujourd'hui. »

André Lecomte a présidé la séance comme il préside toutes les séances : avec le calme de quelqu'un qui croit que les chiffres tiennent un dossier mieux que les convictions. Il n'a pas contesté la note de cadrage. Il a rappelé ce qu'il rappelle depuis le printemps : le barème récompense un risque historique, et le réviser rétrospectivement déstabilise ceux qui ont rendu possible la coopérative d'aujourd'hui. Sa position n'a pas bougé d'un coefficient.

Le rapport intermédiaire attendu pour décembre est sorti. Il formule deux scénarios de modulation : l'un sur les délais d'accès au préfinancement pour les nouveaux entrants, l'autre sur un mécanisme de révision progressive des coefficients sur six ans. Aucun n'a été voté. Tous deux figurent désormais dans un document que le bureau devra examiner en janvier.

Le déficit pluviométrique du printemps a pesé sur la séance sans être nommé. Un maraîcher du Perche a simplement posé ses factures d'intrants sur la table avant que la réunion commence. Il ne les a pas commentées. Elles sont restées là pendant deux heures.

Éducation et transmission3 min de lecture

Jean-Zay : ce que les collègues se transmettent sans que la direction le voie

Par Sarah

Elle a reçu le protocole en septembre, vingt-deux pages agrafées, comme la néotitulaire de l'année précédente. Mais une collègue plus ancienne lui avait glissé autre chose, avant même la première réunion de rentrée : les séquences de rattrapage que le texte officiel ne mentionne pas, les reformations de groupes qui se décident en cours d'année sans laisser de trace écrite, les seuils qu'on module à l'œil selon ce que le groupe tient. Cette transmission orale, parallèle et non mandatée, est ce qui distingue 2077 des années précédentes au lycée Jean-Zay de Wazemmes.

Le basculement de l'année est là, discret et net : pour la première fois, la question de ce qui se transmet hors protocole a cessé d'être une affaire de couloir. La consultation élargie conduite au printemps par un groupe d'enseignants de la filière a produit un rapport remis à la direction académique de Créteil en juin. Ce rapport nomme ce que le protocole de 2074 ne captait pas – les ajustements tacites, les décisions prises séance après séance, le savoir incorporé que le texte de vingt-deux pages laisse dans l'ombre. Il ne demande pas que tout soit écrit. Il demande qu'on choisisse, explicitement, ce qu'on écrit et ce qu'on laisse vivre autrement.

« Il ne demande pas que tout soit écrit. »

La direction académique a accusé réception en juillet. L'inspectrice a parlé de « matière à enrichissement ». Révision envisageable à l'horizon de la rentrée suivante. Le protocole n'a pas bougé d'une ligne.

C'est sur ce point que l'équipe enseignante se divise maintenant, et c'est là la vraie tension de 2077 : il y a ceux qui considèrent les ajustements tacites comme le cœur de l'expertise professionnelle – quelque chose qui se vit, se montre, mais se dénature dès qu'on l'écrit. Et ceux qui réclament leur formalisation, précisément parce qu'un départ de poste suffit à tout effacer. Le professeur principal, qui avait consigné sa réserve en 2074, appartient au second camp. La collègue qui a parlé dans la salle des profs en septembre, elle, au premier.

Deux conceptions de la transmission, dans le même lycée, devant la même néotitulaire. Le rapport du printemps les a nommées toutes les deux. La direction académique a choisi d'appeler ça un enrichissement.

Énergie et ressources2 min de lecture

Sodium-ion : quand l'instruction devient exclusion de fait

Par Prya

Il existe un seuil au-delà duquel une procédure de validation cesse de mesurer ce qu'elle prétend mesurer. Le dossier sodium-ion de Picardie Énergies a franchi ce seuil quelque part entre 2074 et 2077 – sans que la Commission de régulation de l'énergie l'ait jamais formellement acté.

Le mécanisme est désormais connu dans ses lignes : l'instruction du raccordement des quatre sites savoyards et hauts-ligériens reste ouverte, sans calendrier communiqué, pendant que les fournisseurs lithium homologués en 2071 occupent les créneaux de marché que les installations sodium-ion avaient tracés. La documentation produite par Marie Lecomte depuis 2068 – carnets trimestriels, comparatifs climatiques, synthèses opérationnelles – a fourni à la CRE non pas une preuve de fiabilité suffisante pour clore l'instruction, mais une matière à vérification supplémentaire qui en allonge la durée indéterminée.

« Une instruction dont la durée dépasse la durée de vie commerciale prévisible des premières installations concernées n'est plus une procédure. »

En 2077, le conflit a changé de registre. Le directeur de Picardie Énergies ne conteste plus la méthode de la CRE sur le fond – il conteste ce que son application produit dans le temps. Sa position, exprimée lors d'une réunion de suivi à Paris au printemps, est nette : une instruction dont la durée dépasse la durée de vie commerciale prévisible des premières installations concernées n'est plus une procédure. C'est une décision d'exclusion non assumée.

La CRE a reçu l'argument. Elle ne l'a pas retenu – du moins pas sous cette forme. La réponse du régulateur, consignée au procès-verbal, maintient que l'instruction suit son cours normal et que l'absence de calendrier communiqué relève de la complexité technique du dossier, non d'un parti pris.

Ce que cette réponse ne dit pas, c'est que la complexité en question est en partie produite par la rigueur du dossier lui-même. Picardie Énergies documente plus que ses concurrents lithium ne l'ont fait ; chaque variable supplémentaire génère une vérification supplémentaire. La traçabilité, conçue comme garantie, fonctionne ici comme handicap de procédure.

Le directeur a rangé le procès-verbal dans la chemise du dossier. Les quatre sites attendent toujours leur raccordement.

Mobilité et échanges2 min de lecture

Oisans : les élus face au vide qu'ils n'ont pas voulu combler

Par Prya

La directrice de Transisère a déposé son point d'étape annuel dans le circuit habituel. Elle attend la prochaine réunion de suivi. Ce n'est pas elle que cet article regarde.

Depuis l'automne 2075, la communauté de communes de l'Oisans est invitée – formellement, par écrit, par la commission régionale de mobilité d'Auvergne-Rhône-Alpes – à formuler une demande d'extension de délégation. Cette demande permettrait d'intégrer dans le périmètre de Transisère les liaisons secondaires et les horaires tardifs du week-end que la convention en vigueur ne couvre pas. Deux ans et quelques mois plus tard, la demande n'est pas arrivée.

« Formuler une demande d'extension de délégation, c'est signer un document qui dit explicitement que le service actuel ne suffit pas. »

Les élus évoquent les délais d'instruction et les incertitudes budgétaires. Ce sont des arguments réels. Ils sont aussi commodes : formuler une demande d'extension de délégation, c'est signer un document qui dit explicitement que le service actuel ne suffit pas. C'est mettre un nom élu sur l'absence de couverture des hameaux d'altitude le vendredi soir. C'est produire, en somme, une preuve écrite d'un manquement que tout le monde connaît et que personne ne veut voir figurer dans un procès-verbal.

Le mécanisme est précis dans sa logique : la commission régionale a rendu une décision nette en septembre 2075, déclarant le réseau informel incompatible avec la délégation exclusive. Elle a simultanément indiqué la voie de sortie – la demande d'extension. Ce faisant, elle a transféré la responsabilité politique vers le bas, là où les élus locaux supportent le coût visible d'une décision que la Région a instruite de loin.

Gilles Marcellin, président de la communauté de communes de l'Oisans, a évoqué le dossier en séance en mars, sans le mettre au vote. Il a parlé de « calendrier à préciser ». Dans une salle de conseil communautaire, préciser un calendrier sans le fixer, c'est ajourner sans le dire.

Les conducteurs qui avaient cessé leurs tournées en octobre 2075 n'ont pas repris. Les créneaux non couverts le sont toujours. La demande d'extension n'est pas arrivée. Ce qui reste, c'est le vide – et la question de qui devra finalement mettre son nom dessus.

Numérique et technologie2 min de lecture

OVHcloud : l'année où l'attente a changé de nature

Par Etienne

Il y a un moment précis où une attente cesse d'être procédurale pour devenir structurelle. Pour le centre technique d'OVHcloud à Roubaix, ce moment n'est pas survenu en 2077 – il avait eu lieu avant. Mais c'est cette année-là que la distinction est devenue impossible à ignorer.

Le module de pseudonymisation renforcée fonctionne. Il fonctionne depuis sept ans. Le bilan opérationnel que le directeur technique a présenté en mars à la direction ne laisse aucune ambiguïté sur ce point. Ce qui ne fonctionne pas, c'est le comité bruxellois chargé d'arrêter la rédaction finale du label européen dont dépend l'issue de l'homologation ANSSI. Ce comité ne s'est pas réuni au printemps 2077. Sa prochaine session est annoncée pour l'automne, sans ordre du jour publié. En langage de calendrier institutionnel, ça veut dire que personne ne sait si elle aura lieu.

La bascule de 2077 n'est pas dans les faits – les faits sont stables depuis plusieurs années : module opérationnel, concurrents homologués depuis 2071 avec une documentation moins rigoureuse, trois clients potentiels qui avaient conditionné leur engagement à une homologation complète avant la fin de l'année précédente, contrats qui ne sont pas venus. La bascule est dans ce que la direction commerciale a cessé de faire : attendre que la situation se règle. Lors de la réunion de mars, elle a présenté une projection commerciale à dix-huit mois qui ne mentionnait pas le module. Ce n'est pas un renoncement formel. Ce n'est pas non plus une position provisoire.

L'ANSSI a accusé réception d'une demande de point d'étape en avril. Réponse reçue en mai : instruction toujours en cours, aucun calendrier communiqué, compatibilité avec le référentiel européen conditionnant toujours l'issue. Le directeur technique a joint la réponse au dossier de suivi sans annotation.

Ceux qui avaient raison trop tôt sur la solidité du module ont fini par avoir raison sur autre chose aussi : qu'un module peut fonctionner sans jamais être vendu, et que ces deux états peuvent coexister très longtemps sans que personne n'ait formellement décidé que c'était acceptable.

Relations internationales2 min de lecture

Genève, automne 2077 : la France tient sa position, Berlin attend l'élection

Par Meriem

La salle du groupe de travail technique, à Genève, n'est pas une grande salle. Quelques délégations, un ordre du jour serré, une lumière plate de fin de journée. Mais ce qui s'y joue en cet automne 2077 dépasse le périmètre technique de l'hydrogène franco-allemand : c'est la première session depuis l'arbitrage de mars 2075 où la France se présente, pour la seconde année consécutive, avec une position consolidée – et où Berlin choisit, pour la seconde année consécutive, d'envoyer un substitut.

L'Institut Fraunhofer n'a pas retiré ses tableaux révisés. La contradiction documentée par les industriels lorrains en novembre 2073 – deux calculs divergents pour les mêmes jalons de la vallée de la Fensch – demeure versée au dossier technique sans avoir été formellement résolue. La délégation française, portée par le Secrétariat général aux affaires européennes, ne la relance pas : elle la laisse exister dans les archives, visible, sans prise de parole qui pourrait ouvrir une négociation dont l'issue resterait suspendue à un calendrier électoral.

« Dans une salle comme celle-là, noter sans commenter est une forme de reconnaissance. »

Car c'est bien l'élection présidentielle qui structure désormais le non-dit de cette session. La représentante suédoise a noté la constance française sans la commenter. Dans une salle comme celle-là, noter sans commenter est une forme de reconnaissance. Berlin, elle, compte les absences – les vraies, celles qui se rouvriront peut-être au lendemain du scrutin.

Le Secrétariat général aux affaires européennes garantit la continuité technique là où le calendrier électoral creuse des vides. C'est sa valeur propre, et Bruxelles l'a enregistrée. Mais garantir la continuité n'est pas la même chose que trancher ce qui reste ouvert.

Santé et corps2 min de lecture

Neuroimplants : quand l'attente devient impasse, les patients s'organisent ailleurs

Par Sarah

Il n'a pas rouvert le dossier pour adresser une nouvelle requête. Ahmed Saïdi l'a rouvert pour consigner, méthodiquement, l'écart entre ce que le protocole de l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière promet et ce que l'absence de cadre légal continue d'interdire. Depuis mars, la chemise s'épaissit au CHU de Montpellier. Elle ne se transforme pas en demande.

Le retournement de 2077 est précis dans sa forme. En 2076, Saïdi avait encore la conviction que documenter servait à quelque chose – que consigner l'écart forcerait, tôt ou tard, une instance à le prendre en charge. Cette conviction n'a pas tenu. L'ARS Occitanie a répondu à son dernier courrier par un accusé de réception. Le ministère de la Santé n'a pas répondu. La Haute Autorité de santé a rappelé qu'elle ne s'était pas saisie du dossier. Trois périmètres, aucun chef de file : la structure n'a pas changé. Ce qui a changé, c'est que certains de ses patients, eux, ont cessé d'attendre.

« L'absence de cadre légal ne suspend plus les trajectoires des patients — elle les redirige hors du système qui était censé les accueillir. »

Deux d'entre eux, dont les moyens financiers le permettaient, ont fait poser leurs implants à l'étranger – dans des centres agréés hors de France, sans coordination avec le CHU de Montpellier. Saïdi en a été informé après coup, par leurs familles. Il suit maintenant leur état depuis une position qui n'a pas de nom dans les protocoles : ni médecin référent de l'acte, ni simple observateur. Les données post-opératoires arrivent en format étranger, incompatibles avec les systèmes d'information de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, auxquels le CHU est rattaché pour les échanges inter-établissements.

Ce glissement est la face visible du retournement. L'absence de cadre légal ne suspend plus les trajectoires des patients – elle les redirige hors du système qui était censé les accueillir. Les dix patients restants en file active attendent toujours. L'un s'est stabilisé. Un autre a vu son état se dégrader.

Saïdi a inscrit dans le dossier la date à laquelle les deux partis ont été pris en charge à l'étranger. Pas comme un reproche. Comme une ligne de plus dans un écart que personne n'assume.

Territoire et habitat2 min de lecture

Delta du Rhône : le Conservatoire du littoral reprend la main, le syndicat mixte conteste

Par Marcel

La chemise cartonnée est toujours là, sur le bureau de la chargée de mission de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur à Marseille. Soixante-deux pages. Depuis juin 2075, Jean-Pierre Delacroix en possède le double, obtenu par voie d'accès aux documents administratifs. En 2077, ce double a changé de nature une nouvelle fois.

Ce que personne n'avait prévu, c'est que le Conservatoire du littoral allait bouger en premier. Sa candidature à la maîtrise d'ouvrage sur six parcelles spécifiques du Petit Rhône, réactivée en septembre 2076, a produit son premier effet concret au printemps : une lettre transmise à la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur confirmant l'engagement ferme sur quatre des six parcelles, les deux restantes restant en discussion interne. Pour la première fois depuis treize ans, une prétention se muait en engagement signé.

« Là où la cartographie de 2075 avait nommé trois gardiens potentiels sans les trancher, l'année 2077 a vu deux d'entre eux avancer leurs pions sur le même terrain. »

Le syndicat mixte de gestion du delta n'a pas tardé à répondre. Sa contre-note d'octobre 2076, qui défendait une logique de gestion active distincte de la sanctuarisation portée par le Conservatoire, a trouvé en 2077 une traduction inattendue : le syndicat a déposé auprès de la DREAL sa propre candidature sur trois des mêmes parcelles, créant un chevauchement direct avec la démarche du Conservatoire. Là où la cartographie de 2075 avait nommé trois gardiens potentiels sans les trancher, l'année 2077 a vu deux d'entre eux avancer leurs pions sur le même terrain.

C'est précisément ce retournement que Delacroix avait consigné dans ses annotations : la cartographie ne résolvait rien, elle rendait les conflits opposables. Pendant dix ans, les divergences restaient dans le flou des correspondances institutionnelles. Maintenant elles figurent dans des dossiers formels, avec des dates et des signatures.

La chargée de mission a convoqué pour septembre une réunion de conciliation entre les deux candidats. Les élus de la Camargue gardoise ont indiqué qu'ils y participeraient. Delacroix a reçu l'ordre du jour. Il a annoté la date sans commenter. Ce n'est pas ce qu'il réclamait depuis dix ans. C'est plus que ce qui existait en janvier.

Travail et économie2 min de lecture

Safran : quand la fragmentation syndicale bloque plus sûrement que l'absence de preuves

Par Etienne

Pierre Delmas a une qualité rare dans les salles de négociation : il sait exactement où il en est. Ce n'est pas toujours un avantage.

En 2077, la trajectoire du secrétaire CFDT de Safran-Toulouse a produit un résultat que ni l'inventaire comparatif de 2074 ni les procès-verbaux successifs n'avaient anticipé : la question de la classification inter-établissements n'est plus bloquée par l'absence de preuves. Elle est bloquée par le fait que deux organisations syndicales ne peuvent pas s'entendre sur qui a le droit de la porter.

« La fragmentation du camp syndical fait le travail à sa place. »

Le délégué FO de Nantes l'a formulé clairement lors d'une session préparatoire de la commission paritaire nationale, à l'automne. Les salariés nantais n'ont pas mandaté la CFDT pour produire un inventaire les concernant. Ce n'est pas une question de fond – la disparité de rémunération entre Toulouse, Bordeaux et Nantes pour des compétences structurellement équivalentes, tout le monde la connaît désormais. C'est une question de souveraineté de site : qui représente qui, dans quelle salle, sur quel périmètre. En langage syndical, ça s'appelle un conflit de mandats. En langage de comité de direction, ça s'appelle une opportunité de regarder ailleurs.

La direction Safran a regardé ailleurs avec une constance remarquable. Sa note de positionnement de mars, réaffirmant la distinction classique entre accord d'établissement et accord de branche, n'apportait rien de nouveau – mais elle n'avait pas besoin de le faire. La fragmentation du camp syndical fait le travail à sa place.

Delmas a transmis en octobre une demande formelle de réunion au premier trimestre 2078. La commission paritaire nationale a accusé réception. Ce qui rend cette situation particulièrement nette, c'est que l'inventaire comparatif – ce document qui avait révélé en 2074 une disparité que personne n'avait voulu voir – est désormais une pièce admise par tous les acteurs présents. Admise, pas utilisée. Il y a des dossiers qui gagnent en clarté exactement à proportion de ce qu'ils perdent en traction.

Sources

Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.

  • Convention Citoyenne pour le Climat
  • Solagro
  • GIEC
  • RTE
  • France Stratégie
  • Commission européenne
  • Commission de l'intelligence artificielle
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
  • DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
  • Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
  • INSEE
  • DREES
  • CEVIPOF
  • RAMSES (IFRI)
  • Ministère de la Culture - DEPS