
Ce qui tient en bas ne fait pas encore système
Éditorial
En 2059, une même logique a traversé des domaines aussi distincts que l'énergie marine, la coopération sociale à Marseille et le covoiturage dans l'Oisans : ce qui tient, tient par le bas. L'avis définitif de la CRE intègre une formulation de Marie Lecomte sans la citer nominalement. Les quatre dossiers du Petit Rhône ont été instruits non parce qu'une hiérarchie avait tranché, mais parce qu'une chargée de mission avait convoqué les bonnes personnes avant la réunion. Les conducteurs de l'Oisans continuent de déclarer leurs trajets parce qu'un directeur leur a dit, en réunion publique, que leurs données comptaient. Ce sont des résultats réels. Ils ne font pas système.
C'est là que l'année bute. À Genève, la coalition germano-nordique l'a formulé sans ménagement : un précédent isolé documente une capacité, il ne démontre pas une gouvernance. La même asymétrie se retrouve dans les instruments internes de l'État — lettres de mission instruites sans engagement budgétaire, rapport annexe mobilisé en sens contraires pendant la campagne législative, tableau de bord traversant le scrutin sans être contesté ni vraiment lu. Ce que 2059 révèle, c'est moins une panne des acteurs de terrain qu'une incapacité persistante du centre à agréger ce qu'ils produisent. Les compétences sont là. L'architecture qui leur permettrait de peser ensemble reste à construire.
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3 articles à lireMotion de censure, lettres de mission, tableau de bord : une année où les instruments de l'État ont montré leurs coutures
L'année 2059 restera comme celle où trois instruments de gouvernance distincts ont simultanément révélé leurs limites — sans que l'un d'eux ait cédé.
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Le revirement est venu de là où personne ne l'attendait : non de Pierre Delmas ni des délégués syndicaux, mais de la direction régionale de l'économie, de l'emp…
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Le mardi matin de mars, la salle de réunion du Parc ornithologique de Pont-de-Gau n'était pas prévue pour ça.
2 min de lecture →Motion de censure, lettres de mission, tableau de bord : une année où les instruments de l'État ont montré leurs coutures
L'année 2059 restera comme celle où trois instruments de gouvernance distincts ont simultanément révélé leurs limites — sans que l'un d'eux ait cédé.
La motion de censure déposée au printemps par un bloc de près de trois cents députés n'a pas prospéré. Elle a néanmoins contraint le gouvernement à produire, pour la première fois, un document de synthèse sur les lettres de mission interne utilisées dans les DREAL, les ARS et plusieurs collectivités régionales depuis 2056. Ce document, transmis à la commission des lois du Sénat en mai, a eu un effet inattendu : la secrétaire générale du gouvernement a dû clarifier publiquement que les lettres de mission ne créaient pas d'engagement budgétaire opposable, et que leur prolifération n'ouvrait aucun droit nouveau pour les tiers. La clarification a satisfait les partisans du dispositif — la preuve qu'il était encadré — et n'a pas convaincu ses adversaires, pour qui l'absence de traçabilité budgétaire restait entière.
Dans le même temps, les élections législatives ont replacé le rapport annexe au cœur du débat procédural. Le tableau de bord de la commission des lois a traversé le scrutin sans être formellement contesté — la nouvelle présidente de la commission l'a dit en séance de rentrée, avec la même précaution que son prédécesseur deux ans plus tôt. Mais le rapport annexe, lui, a été mobilisé par au moins trois formations politiques comme pièce d'instruction dans leurs programmes, avec des lectures contradictoires de ce qu'il « prouvait ».
Bercy a publié les données du tableau de bord sans modification de format, comme lors de chaque année électorale depuis 2052. La distinction entre procédure et usage public tient sur le papier. Dans l'espace public, les deux instruments continuent de se confondre. La secrétaire générale n'a pas convoqué de réunion sur le sujet : la note de mars avait dit l'essentiel, et personne ne l'avait lue en dehors des services.
Safran-Toulouse : le module des gestes bascule dans la formation officielle, mais pas comme prévu
Le revirement est venu de là où personne ne l'attendait : non de Pierre Delmas ni des délégués syndicaux, mais de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Haute-Garonne, qui avait reçu en fin d'année 2058 la proposition formelle du groupe de travail interne sur les gestes incorporés. La réponse est arrivée en janvier 2059. Elle a changé la nature du dossier.
La DREETS avait refusé d'intégrer le module d'observation pratique tel que Delmas l'avait soumis — un temps d'atelier non structuré adossé aux parcours filières batteries-hydrogène. Motif : l'absence de référentiel de compétences certifiable rendait le module non éligible aux financements de formation professionnelle. Ce n'était pas un refus de principe, mais un refus de format.
Ce qui s'est passé ensuite est le vrai retournement. Le directeur RH de Safran-Toulouse, qui avait jusqu'ici maintenu une posture d'observation bienveillante, a saisi la réponse de la DREETS comme une ouverture : si le module n'était pas certifiable en l'état, il fallait produire un référentiel. Il a mandaté en février un groupe technique interne — incluant les trois superviseurs de ligne — pour formaliser les compétences d'observation des anomalies en termes évaluables. La tâche s'est révélée difficile dès les premières séances : les superviseurs pouvaient décrire ce qu'ils faisaient, pas ce qu'ils cherchaient.
Delmas siège dans ce nouveau groupe depuis mars. La CGT a refusé d'y participer, fidèle à sa lecture : formaliser, c'est clore. FO a envoyé un observateur. Ce que l'année a produit, c'est un déplacement du conflit : il ne porte plus sur la légitimité des gestes incorporés — tout le monde l'admet —, mais sur ce que signifie les rendre enseignables sans les dénaturer. Le module existe maintenant sous forme de prototype. Il n'est pas encore certifiable. La DREETS a demandé un nouveau dossier pour la rentrée de septembre.
Dans la salle de Pont-de-Gau, quatre dossiers instruits sans que personne n'ait tranché
Le mardi matin de mars, la salle de réunion du Parc ornithologique de Pont-de-Gau n'était pas prévue pour ça. La chargée de mission de la DREAL Provence-Alpes-Côte d'Azur avait demandé la salle à titre informel, comme elle l'avait fait trois fois au cours de l'hiver précédent pour des réunions que personne n'avait convoquées officiellement. Ce jour-là, elle y avait réuni les représentants des Conseils départementaux du Gard et des Bouches-du-Rhône autour d'un ordre du jour d'une page : examen de quatre dossiers du Petit Rhône dont l'instruction était bloquée depuis plus d'un an.
Les quatre dossiers avaient en commun une hiérarchie des sources écologiques toujours non clarifiée — la question que Jean-Pierre Delacroix avait posée à la DREAL depuis 2052 sans jamais obtenir de réponse de fond. Ce que la lettre de mission interne de septembre 2056 avait produit, c'est que quelqu'un portait désormais un nom sur un document officiel. Ce quelqu'un était dans la pièce. Et les représentants départementaux le savaient avant de s'asseoir.
La réunion a duré deux heures et demie. Les quatre dossiers ont été instruits. Pas parce que la hiérarchie des sources avait été tranchée — elle ne l'était pas. Mais parce que la chargée de mission avait, dossier par dossier, identifié le point de friction précis et convoqué séparément les parties qui pouvaient le lever. Avant la réunion, pas pendant.
Delacroix a appris le résultat par un exploitant du Petit Rhône qui l'avait croisé à la mi-mars. Il n'avait pas été convié. Il a transmis une note complémentaire à la DREAL en avril, sans date de réponse fixée. Cette fois, il ne la réclamait pas. La lettre de mission avait produit quelque chose qu'il n'avait pas prévu : un nœud de coordination qui fonctionnait désormais sans lui comme relais.
Terre et Progrès : une saison sous injonction contradictoire
Le bilan de la campagne 2058-2059 à la coopérative Terre et Progrès s'est dessiné non pas dans la salle du conseil d'administration de Chartres, mais dans les résultats d'application des critères modulés adoptés en 2056 et désormais en vigueur depuis deux cycles complets. La chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir doit rendre sa décision sur la recevabilité du recours de la FNSEA avant la fin de l'été — et cette attente a coloré toute l'année.
Ce qu'on retiendra de 2059, c'est moins une décision tranchée qu'un double signal contradictoire envoyé simultanément au monde coopératif. D'un côté, les exploitants intermédiaires qui avaient bénéficié de la modulation ont majoritairement renouvelé leur participation au préfinancement : le profil exploitation — taille et diversification culturale — a tenu comme critère différenciateur, y compris sur des parcelles mixtes de la Beauce thimeraisienne soumises à une nouvelle pression hydrique au printemps. De l'autre, plusieurs exploitants de l'Eure-et-Loir, informés de l'incertitude juridique pesant sur la délibération, ont suspendu leur candidature dans l'attente du verdict de la chambre. Cette hésitation est nouvelle : elle ne porte pas sur le fond des critères, mais sur leur survie institutionnelle.
André Lecomte a maintenu le cap devant le conseil d'administration réuni en juin. La modulation s'applique. La clause de révision annuelle fonctionne : les données de la campagne ont été intégrées au tableau de bord interne, et les profils d'exploitation les plus fragilisés par les aléas hydriques ont été identifiés pour un suivi renforcé la saison prochaine. Le juriste de Terre et Progrès a confirmé que la délibération reste valide jusqu'à décision contraire de la chambre.
La Confédération paysanne a pris acte du bilan sans commenter. La FNSEA n'a pas modifié sa position. Ce que 2059 révèle, c'est qu'une règle peut fonctionner et être contestée en même temps — et que les exploitants qui en dépendent doivent composer avec les deux.
Dans une salle de Tourcoing, les critères lilloises arrivent en Hauts-de-France et trouvent un public inattendu
La synthèse avait été transmise en juillet 2057 par la DRAC Grand Est aux DRAC Île-de-France et Hauts-de-France. En 2059, c'est dans les Hauts-de-France que ses effets sont devenus les plus visibles — non pas parce que la région s'y était préparée, mais parce qu'une compagnie du Pas-de-Calais avait déposé, sans le savoir, un dossier de résidence qui correspondait exactement à ce que les nouveaux critères cherchaient à documenter.
La scène s'est jouée en avril, dans une salle de travail de la DRAC Hauts-de-France à Tourcoing, lors d'une session d'instruction de candidatures pour la saison suivante. Trois agents traitaient les dossiers. L'un d'eux avait lu la synthèse grand-estienne. En ouvrant le dossier de la compagnie du Pas-de-Calais, il avait noté quelque chose d'inhabituel : le projet de résidence dans une commune de l'Artois incluait une description précise des modalités de présence hors représentations — ateliers avec des associations locales, participation à une fête de quartier, séances de lecture en maison de retraite. La compagnie n'avait pas reçu les nouveaux critères. Elle décrivait une pratique qu'elle avait depuis longtemps.
La discussion entre les trois agents avait duré une heure. Les anciens critères auraient classé le dossier comme résidence standard. Les nouveaux permettaient de distinguer la nature de la présence. Le dossier a été retenu dans la catégorie présence durable avec complicités locales — la première fois que cette distinction était appliquée dans les Hauts-de-France.
L'agent itinérant de Meurthe-et-Moselle a été informé par un message bref. Aurélie Steinbach, elle, ne l'a pas appris directement. Ce n'est pas elle qui avait fait circuler les conventions : c'était la synthèse, puis la journée de formation de Strasbourg, puis un agent qui avait lu.
Néotitulaires : ce que « documenter » veut dire, et pourquoi les syndicats ne s'entendent pas
Quand le délégué SUD Éducation Nord a déposé son recours devant le tribunal administratif de Lille en septembre 2059, l'acte juridique a eu un effet que personne n'avait vraiment cherché : il a contraint les deux syndicats à formuler publiquement ce sur quoi ils divergent depuis 2056, et ce n'est pas la même chose que ce qu'ils avaient cru défendre jusqu'ici.
Le conflit porte officiellement sur les annotations contextuelles dans les rapports d'évaluation des néotitulaires. Mais ce que le recours a mis en lumière, c'est un désaccord plus profond sur ce que documenter les conditions d'exercice devrait produire dans la trajectoire professionnelle d'un enseignant débutant.
Pour le délégué SUD Éducation Nord, la réponse est claire : documenter, c'est protéger. Un néotitulaire affecté dans un établissement difficile sans annotation contextuelle dans son dossier arrive devant une commission de mutation avec un rapport qui ressemble à celui d'un collègue exerçant en conditions ordinaires. L'absence de mention de l'absentéisme chronique des élèves, de la vétusté des équipements, du turnover — là où d'autres académies l'auraient noté — est une omission qui défavorise le titulaire lillois. SUD réclame une harmonisation par le haut : documenter partout, toujours, sous peine d'inégalité réelle.
Le représentant du SNUipp-FSU Lille défend une lecture opposée, et il la soutient avec une gêne visible depuis que la DEPP n'a pas répondu à ses signalements. Documenter le contexte, dit-il, c'est aussi risquer d'enfermer un enseignant dans son terrain. Un rapport qui signale des conditions dégradées peut être lu comme une qualification de l'enseignant autant que comme une description du poste. La protection peut devenir stigmate.
Le tribunal n'arbitrera pas cette philosophie — l'audience au fond est renvoyée au premier trimestre 2060. Mais en attendant, il a déjà produit quelque chose : l'inspection académique de Lille et la DEPP doivent, pour la première fois, écrire noir sur blanc ce qu'elles entendent par « documenter sans qualifier ». Les deux syndicats liront ce document différemment. C'est précisément le problème.
Marie Lecomte, dix ans après les Côtes-d'Armor : ce que l'on garde quand la méthode voyage sans vous
Au siège rennais de RTE, Marie Lecomte a fêté ses dix ans comme correspondante technique de référence pour les énergies marines en 2059 sans que personne ne le note vraiment. Elle avait passé la matinée à répondre à un courriel du collectif des opérateurs atlantiques, qui demandait une révision du calendrier de l'avis définitif de la Commission de régulation de l'énergie sur les cycles vendéens — repoussé de l'automne 2058 au premier trimestre 2059 pour cause de charge administrative.
Lecomte avait répondu en trois lignes. Elle ne siégeait plus dans les groupes de travail CRE depuis deux ans. Elle recevait des demandes de contexte, elle transmettait des notes techniques, et parfois — comme en mai 2057 avec les opérateurs de Saint-Gilles-Croix-de-Vie — elle confirmait par écrit ce que la CRE maintenait de toute façon. Son rôle s'était défini par ce qu'il n'était plus : elle n'arbitrait pas, elle n'instruisait pas, elle documentait.
Ce que 2059 a changé dans sa trajectoire, c'est l'avis définitif rendu par la CRE en février. La Commission a maintenu la durée minimale des cycles itératifs pour les sites atlantiques, en intégrant dans sa motivation une formulation directement issue de la note technique de Lecomte : les anomalies caractéristiques des nœuds énergétiques marins apparaissent dans les premières semaines d'observation, pas à partir de configurations de site. La note n'était pas citée nominalement. La formulation, si.
Lecomte a lu l'avis un mardi matin. Elle a envoyé un message à un ancien collègue de l'équipe bretonne : « Ça tient. » L'avis a été mal reçu par les opérateurs vendéens, qui ont annoncé un recours administratif. Le cadre atlantique, lui, entre dans sa huitième année opérationnelle avec une robustesse que ses cicatrices — cycles abrégés, équipes mixtes facultatives — n'ont pas entamée. Lecomte continuera à répondre aux courriels.
Nadia Ferhat, dix ans de présence : ce que tenir révèle quand on regarde en arrière
Nadia Ferhat n'avait pas prévu de faire un bilan. C'est la Direction des solidarités du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône qui l'avait demandé, en janvier 2059, dans le cadre d'une révision décennale de l'ensemble des dispositifs d'accompagnement de longue durée. Pour la première fois depuis le début du suivi, il ne s'agissait pas d'évaluer si les cinq sites tenaient — ils tenaient, la question avait été posée et reposée depuis 2048 —, mais de comprendre ce que dix ans de fonctionnement avaient produit que personne n'avait formalisé.
Ferhat avait transmis un document de sept pages en mars. Pas un rapport de résultats : une description des dynamiques observées année après année dans les cinq sites, depuis Saint-Mauront jusqu'aux arrondissements les plus récents. Ce qu'elle y décrivait n'était pas mesurable en trajectoires d'insertion. C'était la façon dont la régularité avait remplacé progressivement la méfiance — pas chez tous les participants, pas de façon linéaire —, et la façon dont la rotation des bénévoles avait créé une mémoire collective plus résistante que n'importe quel protocole.
Karim Amara avait lu le document. Il avait ajouté deux lignes dans la marge de sa copie : « Ce qui est décrit ici n'aurait pas existé sans la contrainte des tableaux. On ne savait pas pourquoi on les remplissait. Maintenant on le voit. » Il n'avait pas envoyé la remarque à la Direction. Il l'avait dite à Ferhat lors d'une visite de site en avril, dans le quatorzième arrondissement.
Le sixième site, piloté par les associations de médiation interculturelle, entrait lui dans sa troisième année de fonctionnement avec un financement distinct et un cadre propre. La Direction avait demandé à Ferhat si elle souhaitait participer à son évaluation. Elle avait décliné. Ses cinq sites continuaient.
Oisans : l'acte réglementaire existe, les conducteurs demandent ce qu'il change
Le retournement est daté : février 2058, quand l'acte réglementaire provisoire encadrant le covoiturage informel dans les zones de montagne avait été signé par le ministère délégué aux Transports. Pour les conducteurs qui déclaraient volontairement leurs trajets depuis trois ans dans le massif de l'Oisans, c'était la reconnaissance formelle qu'ils attendaient. Pour Transisère et l'élue de la communauté de communes, c'était le point d'aboutissement d'un dossier porté depuis 2052.
En 2059, ce retournement a produit quelque chose que personne n'avait prévu : une demande de clarification pratique de la part des conducteurs eux-mêmes. Que changeait concrètement la reconnaissance réglementaire à leur situation ? La communication de mai 2057 leur avait dit que la procédure était en cours. Aucun document ne leur avait expliqué ce que le cadre provisoire autorisait qu'il n'autorisait pas avant.
Transisère a organisé deux réunions d'information à Bourg-d'Oisans au printemps, à destination des déclarants réguliers. Le directeur a répondu aux questions avec une précision inhabituelle : l'acte réglementaire reconnaît les données collectées comme base d'une expérimentation formelle, mais ne modifie pas le régime de responsabilité des conducteurs ni les conditions d'assurance. Il ouvre la possibilité d'un futur cadre pérenne ; il ne l'institue pas.
Plusieurs conducteurs ont demandé si cela valait la peine de continuer à déclarer. Le directeur a répondu oui : les données continuaient d'alimenter le groupe de travail interministériel, et leur volume conditionnait la robustesse de tout futur dispositif. L'élue de la communauté de communes a ajouté que la prochaine réunion du groupe, prévue en septembre 2059, porterait précisément sur les conditions de pérennisation. La majorité des conducteurs présents ont dit qu'ils continueraient. Un a dit qu'il allait réfléchir.
OVHcloud : la troisième catégorie de données crée un front intérieur que le document commun n'avait pas prévu
Le document de référence validé conjointement en 2057 par le directeur technique et la direction commerciale d'OVHcloud avait semblé, sur le moment, clore un cycle. Trois catégories de données, trois régimes de contrainte architecturale : le modèle de compartimentage avait enfin ses limites écrites. L'ANSSI avait pris acte. Le prospect hospitalier breton avait signé son avenant en septembre. Le déploiement reprenait.
En 2059, c'est la troisième catégorie — données longitudinales à risque de réidentification — qui a ouvert un nouveau front, et cette fois depuis l'intérieur du modèle.
Le conflit s'est matérialisé en mars, lors d'une réunion du comité de direction à Roubaix. Deux nouveaux prospects avaient transmis des demandes d'hébergement portant sur des données génomiques issues de cohortes de recherche — non plus d'essais thérapeutiques, mais de programmes de biobanque à long terme. La direction commerciale avait classé ces données dans la troisième catégorie et soumis le dossier en procédure standard : nouveau cycle d'audit, mécanisme de révision annuelle, règles de conservation spécifiques.
Le directeur technique avait contesté la classification dès réception. Les données de biobanque à long terme présentaient, selon lui, une quatrième configuration que le document de référence ne couvrait pas : durée de conservation potentiellement illimitée, multiples usages successifs par des équipes distinctes, agrégation avec des données non génomiques dans des protocoles de recherche futurs. Les classer dans la troisième catégorie, c'était appliquer un cadre conçu pour des essais bornés dans le temps à des données structurellement ouvertes.
La direction commerciale a refusé de créer une quatrième catégorie : le document commun avait précisément pour fonction de stabiliser le modèle, et l'ouvrir dix-huit mois après sa validation le viderait de sa portée. L'ANSSI a été informée en mai. Elle a demandé un mémoire technique pour l'automne. Les deux prospects attendent.
Aux enceintes multilatérales, la France et la coalition germano-nordique ne mesurent pas la même chose
La divergence s'est cristallisée lors des discussions préparatoires du Groupe des quatre-vingt-dix-sept, à Genève, au début de l'automne. D'un côté, la délégation française défendait, une fois de plus, la solidité de ses contributions sectorielles : les protocoles atlantiques de RTE, les périmètres d'audit de l'ANSSI, les indicateurs de transition de l'ADEME — trois corpus documentés, reconnus dans leurs enceintes respectives, sans lacune technique identifiable. De l'autre, la coalition germano-nordique posait la même question qu'elle pose depuis deux ans : ces contributions prouvent ce que la France sait faire, pas ce qu'elle s'engage à faire collectivement. Ce n'est pas un reproche de fond sur la qualité des données. C'est un désaccord sur ce qui constitue une preuve d'engagement suffisante dans une enceinte multilatérale.
Le précédent Fensch-Moselle, encore cité dans les couloirs genevois, illustre désormais les deux faces du problème. Il circule comme preuve que la France est capable de documentation conjointe quand les conditions politiques le permettent. Il circule aussi comme contre-exemple : une architecture produite une fois, dans un contexte particulier, que personne n'a su rendre systématique. La Bundesanstalt Rohstoffe l'a formulé sans détour lors d'une session de travail en octobre : un précédent isolé documente une capacité, il ne démontre pas une gouvernance.
Ce que la coalition germano-nordique attend, c'est qu'un engagement formulé par une agence française puisse être opposé à une autre agence française — que les contributions sectorielles soient reliées par un cadre que quelqu'un, au centre, a signé et peut défendre. Le secrétariat général des affaires européennes a transmis en septembre un calendrier de travail aux agences. C'est un geste nouveau dans la forme. Pour Berlin et Stockholm, la question reste entière : un calendrier dit quand produire. Il ne dit pas qui répond si la production n'arrive pas.
Fibrose pulmonaire : quand le calendrier de déploiement crée une médecine à deux vitesses
La salle d'attente du service de pneumologie du CHU de Montpellier n'a pas changé de physionomie depuis que l'ARS Occitanie a annoncé, en mars 2059, l'inscription de l'établissement dans la deuxième vague de déploiement de la thérapie inhalée pour la fibrose pulmonaire idiopathique. Ce qui a changé, c'est le profil des patients qui s'y présentent : certains viennent de Sète, orientés par le référent clinique désigné dans le cadre de l'avenant de 2055, après que leur établissement d'origine n'a pas été retenu dans la première vague faute de plateau technique suffisant.
Cette situation a commencé à produire une tension que ni la Haute Autorité de santé ni l'ARS Occitanie n'avaient explicitement anticipée : les critères d'éligibilité à la thérapie, définis pour l'ensemble du territoire, sont interprétés différemment selon que le médecin prescripteur travaille dans un site de première ou de deuxième vague. Dans un établissement de première vague, la surveillance post-administration est intégrée au protocole depuis deux ans, les équipes ont développé une lecture fine des contre-indications relatives. Dans un établissement de deuxième vague qui reçoit ses premiers patients orientés, les mêmes critères formels couvrent une expérience clinique bien plus courte.
Le résultat concret : plusieurs patients suivis à Sète, orientables selon les textes, ont vu leur inclusion différée de plusieurs mois, le temps que le CHU de Montpellier stabilise ses propres protocoles de surveillance. Ce délai n'est inscrit dans aucun document officiel. Il existe dans les pratiques.
La HAS a inscrit à son ordre du jour d'automne la révision des critères d'accès prioritaire. Ce que les équipes de pneumologie de Montpellier attendent de cette révision, c'est moins une modification des critères eux-mêmes qu'une prise en compte explicite de l'asymétrie que le déploiement progressif a installée dans les faits : le droit formel à la thérapie ne dit rien du délai réel d'accès, et ce silence pèse différemment selon où l'on est soigné.
Sources
Documents de référence sur lesquels la rédaction s'est appuyée pour composer cette édition, les plus sollicités en premier.
- Convention Citoyenne pour le Climat
- Solagro
- GIEC
- RTE
- France Stratégie
- Commission européenne
- Commission de l'intelligence artificielle
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse - DEPP
- DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) - Ministère de l'Éducation nationale
- Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse
- INSEE
- DREES
- CEVIPOF
- RAMSES (IFRI)
- Ministère de la Culture - DEPS